Alors que les trésors publics se tournent de plus en plus vers le marché régional pour financer leurs déficits, le coût moyen des ressources levées sur cet espace a flambé, atteignant jusqu’à 8,53% à fin juillet dernier.
Jean De Dieu Bidias

Pour financer leurs déficits et leurs besoins de trésorerie, les États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) puisent de plus en plus dans le même réservoir du marché régional des titres publics. Mais cette ressource a un prix, et celui-ci commence à peser. Les statistiques mensuelles de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), publiées le 26 août 2026, montrent que le coût moyen des financements levés par les six États de la communauté a atteint 8,53% en juillet dernier, après 8,29% le mois précédent. L’encours des titres publics s’élevait parallèlement à 10 560,8 milliards Fcfa, en hausse de 3,34 % sur un mois. La moyenne masque toutefois une différence majeure selon la maturité des emprunts. Les bons du Trésor assimilables (Bta), destinés au financement à court terme, ressortent à un rendement moyen de 6,83%, tandis que les obligations du Trésor assimilables (Ota), qui permettent aux États de mobiliser des ressources sur des maturités plus longues, atteignent, elles, 10,60%. Autrement dit, pour obtenir de l’argent sur une durée plus longue, les Trésors publics doivent consentir une rémunération à deux chiffres aux investisseurs.
Ce différentiel est important. Il traduit le risque associé à la durée, mais aussi la nécessité pour les émetteurs de proposer des conditions suffisamment attractives pour convaincre les investisseurs. Dans une région où les besoins de financement restent élevés, la question n’est plus seulement de savoir si les États parviennent à lever les montants recherchés. Il faut également regarder à quel prix ils les obtiennent. Le marché, pour autant, ne donne pas encore le signal d’un désengagement massif des investisseurs. Bien au contraire. Entre juin et juillet derniers, le taux de souscription global aux émissions est passé de 72,44% à 76,23%. La participation des spécialistes en valeurs du Trésor (Svt), qui sont les intermédiaires entre les États émetteurs et les investisseurs est, elle aussi, remontée de 20,13% à 22,05%. En clair, les investisseurs continuent de répondre aux sollicitations des États, attirés par le coût moyen de la ressource qui augmente. À fin juillet, les spécialistes en valeurs du Trésor détenaient 6 800,5 milliards Fcfa, soit 64,4% de l’encours global.
Dépendance
Les investisseurs institutionnels en détenaient 2 153,5 milliards, soit 20,4%, tandis que les établissements de crédit non-Svt représentaient 11,3%. Les personnes physiques se taillent la portion congrue avec seulement 3,6% de souscription aux titres publics. Cette concentration fait des banques et des investisseurs institutionnels des acteurs déterminants du financement des budgets publics. Elle signifie aussi qu’une hausse durable des rendements peut finir par renchérir le coût du service de la dette pour les États, tout en renforçant l’exposition du système financier à leurs signatures souveraines. Le niveau de l’encours est lui-même révélateur de cette dépendance. 10 560,8 milliards Fcfa de titres publics circulaient sur le marché régional à fin juillet. Mais, cet encours ne représente pas l’intégralité de la dette publique des six pays. Il correspond aux financements mobilisés via le marché régional des valeurs du Trésor.
Autre évolution à surveiller : l’activité du marché secondaire s’est renforcée en juillet. Les opérations d’achat-vente de titres sont passées de 2 570,5 à 3 316 milliards Fcfa, tandis que les pensions livrées interbancaires ont progressé de 6 352 à 7 707,2 milliards. Cette progression témoigne d’une circulation plus importante des titres et d’une activité accrue autour de leur financement. Le véritable sujet pour les finances publiques de la Cemac se situe aujourd’hui dans l’équation volume-prix. Les États empruntent plus, mais ils doivent aussi rémunérer davantage ceux qui leur prêtent. Le marché permet de financer en partie les déficits, mais chaque point supplémentaire sur les taux se traduit, à terme, par des charges financières plus lourdes.



