À Bonamoussadi, une querelle sentimentale bascule dans une affaire d’armes, plaçant une comptable de 40 ans au cœur d’une procédure judiciaire aux contours flous.
Jean De Dieu Bidias

À Bonamoussadi, dans l’arrondissement de Douala 5e, Charlie Mandise Guezebaze avait une vie plutôt ordinaire. À 40 ans, cette comptable mariée, mais en séparation de corps, vivait seule et travaillait depuis plusieurs années. Rien, dans son quotidien, ne la prédisposait à se retrouver un jour au centre d’une affaire impliquant les forces de sécurité et des armes présentées comme liées au conflit dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. En septembre 2025, elle fait la connaissance d’un homme. Une relation sentimentale s’installe. Le nouveau compagnon lui rend régulièrement visite à son domicile de Bonamoussadi. Le 21 juin 2026, Charlie Mandise Guezebaze quitte le Cameroun pour un déplacement professionnel en Belgique. Avant de partir, elle remet les clés de son logement à un collègue de confiance. L’objectif est simplement de permettre à ce dernier de passer de temps en temps à la maison et de veiller sur les lieux pendant son absence. Le logement qui se trouve dans un secteur régulièrement exposé aux inondations, abrite ses effets personnels, ses diplômes et plusieurs documents administratifs auxquels elle tient particulièrement. Puis vient le 03 juillet. Alors que Charlie Mandise est toujours à l’étranger, son compagnon se rend à son domicile.
Il y trouve le collègue chargé de surveiller la maison. Une présence qu’il ne comprend pas et qui, selon l’entourage de la comptable, aurait immédiatement éveillé ses soupçons. Convaincu d’avoir découvert une liaison, il s’en serait pris physiquement au collègue avant de proférer des menaces et de quitter les lieux. Trois jours plus tard, le 06 juillet, le domicile de Charlie Mandise est perquisitionné. Les forces de l’ordre auraient y découvert des armes à feu. L’affaire change alors brutalement de dimension. Selon les éléments rapportés à la famille, un lien aurait été établi entre ces armes et des groupes armés actifs dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, théâtre depuis fin 2016 d’un conflit qui oppose les forces de défense et de sécurité camerounaises à des groupes séparatistes. Pour les proches de Charlie Mandise, l’enchaînement des événements est troublant. Ils soupçonnent son ancien compagnon d’avoir exploité l’incident du 03 juillet pour lui porter un coup dont les conséquences dépassent largement le cadre de la querelle sentimentale. Mais cette hypothèse demeure, à ce stade, celle de la famille. Le 09 juillet, un mandat d’arrêt est délivré contre Charlie Mandise Guezebaze. La comptable se retrouve alors recherchée dans une affaire dont elle conteste catégoriquement les accusations.
Elle nie tout lien avec les armes découvertes à son domicile et avec un quelconque groupe armé. Dans sa famille, l’incompréhension domine. « Notre fille est une comptable qui a un travail connu. Comment aurait-elle pu faire cela ? », s’interrogent ses proches. Pour eux, il est difficile de dissocier cette affaire de la scène de jalousie survenue quelques jours auparavant. Une querelle qui, en l’espace de moins d’une semaine, aurait quitté le terrain de l’intime pour entrer dans celui, autrement plus lourd, de la sécurité et de la justice. D’après une proche, Charlie Mandise vit désormais avec la crainte d’une interpellation et des conséquences que pourraient avoir les accusations portées contre elle. Dans son entourage, on redoute notamment que la découverte des armes ne suffise à l’associer à des activités des groupes armés, alors qu’elle affirme n’avoir aucun rapport avec ceux-ci. Mais, derrière le récit familial, subsistent plusieurs zones d’ombre. Dans quelles circonstances exactes les armes ont-elles été découvertes ? Qui les avait placées dans le logement ? Comment leur éventuel lien avec les groupes armés du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a-t-il été établi ? Et surtout, quel rôle, s’il en a eu un, le compagnon de Charlie Mandise Guezebaze aurait-il joué dans le déclenchement de la procédure ?
Autant de questions auxquelles les éléments actuellement disponibles ne permettent pas encore d’apporter une réponse définitive. Entre-temps, pour une femme dont la vie semblait jusque-là suivre un cours ordinaire, une histoire sentimentale aura suffi à faire basculer le quotidien dans une affaire aux ramifications autrement plus graves.



