Si elle se situe à 3,2 %, le récent Baromètre économique semestriel publié par la Banque mondiale indique également que la pauvreté a stagné autour de 28% l’année dernière au Cameroun.
Michel Enony

Le rapport du Baromètre économique de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), publié par la Banque mondiale (Bm), dresse un tableau contrasté de l’économie camerounaise. Si le pays reste la première économie de la zone, sa croissance a nettement ralenti en 2025, passant à 3,2 %, contre 3,5 % en 2024. Un coup d’arrêt qui intervient dans un contexte politique et social tendu.
Le document pointe plusieurs facteurs explicatifs. En tête de liste, « les troubles post-électoraux et les mesures de confinement ont freiné l’activité économique, en particulier les services ». Ces événements ont eu un impact direct sur les recettes fiscales. Le rapport précise que « le déficit budgétaire est passé de 1,5% du Pib (Produit intérieur brut) en 2024 à 2,2% en 2025, principalement en raison de la baisse des recettes pétrolières et des revenus non pétroliers, associée aux troubles post-électoraux et aux confinements ». À cela, s’ajoutent des difficultés structurelles. La production pétrolière décline, et « les baisses continues de la production d’huile et des exportations de grumes, conjuguées à l’augmentation des importations, ont creusé le déficit du compte courant, qui est passé de 3,4% du Pib en 2024 à 4,2% en 2025 ».
La pauvreté reste, elle, « inchangée à un peu plus de 28% ». Le nombre de personnes vivant avec moins de 3 dollars par jour est passé de 7,1 millions en 2021 à plus de 8,4 millions en 2025. Une situation alarmante que le rapport attribue à « une faible croissance économique, une inflation persistante, une faible création d’emplois et des chocs récurrents ».
Autre ombre au tableau : le service de la dette. « Le service de la dette du Cameroun a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie et représentait en 2025 un tiers des dépenses totales, soit plus du triple du chiffre de 2013 ». La conséquence directe, c’est que « les dépenses sociales ne représenteront que 17,9% du budget en 2026 ». Une contrainte qui limite les marges de manœuvre pour lutter contre la pauvreté.
Risques
Le diagnostic de la Banque mondiale est sans appel. « La progression vers le statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure est freinée par une productivité structurellement faible, des déficits d’infrastructures, des problèmes de gouvernance et des chocs externes répétés. » La création d’emplois « est à la traîne par rapport à la croissance de la population active » et le capital humain est à la traîne par rapport aux pays comparables.
Malgré ce sombre tableau, le rapport esquisse quelques perspectives positives. La croissance du Pib réel « devrait augmenter lentement, mais rester modérée à court terme », avec une moyenne de « 3,7% » entre 2026 et 2028. Cette progression serait tirée par « un meilleur accès à l’énergie pour les entreprises » grâce au « raccordement du nouveau barrage de Nachtigal aux zones industrielles de Douala », qui devrait « atténuer les pénuries d’électricité et stimuler la fabrication, la construction et les services ».
Le déficit budgétaire et le ratio dette/Pib devraient « légèrement diminuer à moyen terme », portés par « l’augmentation du recouvrement des impôts ». Le budget 2026 affiche par ailleurs des priorités sociales, avec « 50 milliards Fcfa à un fonds spécial destiné à autonomiser économiquement les femmes et à développer l’emploi des jeunes ».
Mais les risques restent élevés : « Volatilité des prix des produits de base, persistance de la crise sécuritaire, insuffisance de l’appui des bailleurs de fonds, pénuries d’énergie, conflits prolongés au Moyen-Orient et insécurité alimentaire ». Autant de menaces qui pèsent sur une reprise encore fragile.



