La cérémonie de présentation de l’accord tripartite entre la Sonara, Dangote Industries Limited et MRS Holding s’est tenue le 29 octobre 2026 au Hilton de Yaoundé.
Ulrich Enyegue

Privée de son unité de production depuis l’incendie du 31 mai 2019, la Société nationale de raffinage (Sonara) se tourne vers le Nigeria pour alimenter le marché camerounais en produits pétroliers. D’une durée de 30 mois, ce partenariat stratégique a pour objectifs de sécuriser l’approvisionnement national, d’optimiser les coûts d’achat en évitant les intermédiaires, d’améliorer la qualité des carburants et de réduire la fraude. Le contrat commercial, signé à Lagos le 22 octobre dernier, couvre 50 % de la quote-part de la Sonara dans l’approvisionnement du marché national, estimée à 80 %.
Dans son discours de circonstance, le directeur général de la Sonara, Bako Harouna, précise que l’entreprise conserve une marge de manœuvre. « On n’a pas tout remis dans le contrat, car on ne peut pas mettre tous les œufs dans un même panier », déclare-t-il. Il insiste également sur le caractère habituel de ce type d’accord au sein de la société. « Ce type de contrat commercial n’est pas nouveau à la Sonara. Il faut bien que les gens le sachent. Ce n’est pas un contrat nouveau. La Sonara, avait l’habitude de signer des contrats commerciaux de ce type, avec le même schéma. Donc, ce n’est pas Bako Harouna qui innove », affirme-t-il.
Qualité
À sa suite, la directrice commerciale de la Sonara, Erica Nsoh Sirri, met l’accent sur la qualité des produits, les coûts d’achat et la logistique. « Ce contrat tripartite vise à donner au Cameroun les produits de meilleure qualité », déclare-t-elle. La raffinerie Dangote fournit des produits conformes aux spécifications Afri-5 pour l’essence et le gasoil. La responsable rappelle les difficultés rencontrées sur le marché national en 2025 et 2026. « Aujourd’hui, la Sonara est même en contentieux avec un des traders dont nous avons refoulé le navire à cause de la qualité du produit », révèle-t-elle. Pour elle, le partenariat doit contribuer à assainir le marché grâce à un meilleur contrôle des cargaisons. Elle souligne également la proximité du Nigeria, situé à environ un jour de navigation de Limbé, qui permet d’optimiser le coût du fret. « Les prix d’achat sont les prix de la raffinerie, donc il n’y a pas de prix d’intermédiation au niveau d’achat », précise-t-elle. MRS Holding assure le transport maritime et prend en charge les risques liés à l’assurance, à la qualité et à la quantité des produits jusqu’à leur livraison à Limbé. « Tous ces risques-là sont portés par MRS jusqu’à Limbé. C’est donc ça la quintessence de ce contrat », conclut Erica Nsoh Sirri. En attendant la reconstruction complète de la raffinerie de Limbé, Dangote offre au Cameroun une bouffée d’oxygène pétrolière. Reste à savoir si le prix à la pompe sera aussi allégé.
Erica Nsoh Sirri : L'État veut que la Sonara reste vivante
La directrice commerciale de la Sonara, Erica Nsoh Sirri, détaille les contours de cet accord tripartite et lève le voile sur ses multiples retombées stratégiques, financières et logistiques.
Ulrich Enyegue

Quels avantages financiers la Sonara tire-t-elle de ce partenariat tripartite avec Dangote et MRS Holding ?
Ce nouveau partenariat va permettre de réduire le coût d’accès aux produits pétroliers et d’améliorer notre marge de fonctionnement. Il facilitera également l’émission des lettres de crédit. MRS émettra une lettre de crédit à Dangote, tandis que la Sonara émettra une lettre de crédit back-to-back en faveur de MRS, y compris après la livraison des produits. Or, Dangote exige que les lettres de crédit soient émises avant le chargement des cargaisons. C’est donc un élément capital de ce contrat.
Pourquoi la Sonara ne s’approvisionne-t-elle pas directement auprès de Dangote, sans passer par MRS Holding ?
La Sonara peut acheter directement auprès de Dangote. Cependant, pour le faire, elle doit disposer de la capacité financière nécessaire. Dès que sa situation financière s’améliorera, elle pourra émettre directement des lettres de crédit avant le chargement des cargaisons. En attendant, nous avons besoin d’un partenaire capable de nous accompagner face aux difficultés financières que nous rencontrons. Le risque est de confirmer une cargaison auprès de Dangote sans pouvoir émettre la lettre de crédit nécessaire à son chargement. Si la Sonara confirme une cargaison sans pouvoir garantir son financement, le chargement peut être retardé ou ne pas avoir lieu. Or, un tel retard peut perturber le programme de production de la raffinerie. Dans ce cas, la Sonara pourrait être tenue responsable des conséquences de cette perturbation. C’est précisément ce risque que nous cherchons à atténuer grâce à MRS. Cette entreprise dispose de la capacité financière nécessaire pour émettre la lettre de crédit auprès de Dangote. La Sonara émet ensuite une lettre de crédit back-to-back en faveur de MRS. Ce mécanisme nous permet de sécuriser les approvisionnements tout en limitant les risques financiers.
Comment ce partenariat permettra-t-il de garantir la qualité des produits pétroliers livrés au Cameroun ?
Le navire charge directement auprès de Dangote pour le compte de la Sonara, avec les documents établis au nom de cette dernière, avant d’acheminer les produits à Limbé. Cette organisation nous offre une meilleure maîtrise de la qualité des cargaisons. Les produits de Dangote répondent aux spécifications Afri-5 pour l’essence et le gasoil. Ça veut dire que ce sont les produits qui sont consommés partout en Europe et aux États-Unis. Sur le marché international, certains traders procèdent souvent à des opérations de blending, qui consistent à mélanger différents produits pour obtenir les caractéristiques recherchées. Mais lorsque ces opérations sont mal maîtrisées, la qualité finale peut ne pas être conforme aux exigences attendues. Des produits peuvent ainsi arriver au Cameroun avec des caractéristiques dégradées. Nous avons connu de graves difficultés à ce sujet en 2025. La Sonara a dû refouler plusieurs navires. L’un des traders nous a même assignés en justice, et l’affaire est actuellement examinée devant les tribunaux à Londres. Avec Dangote, on est sûre que ce sera de bonne qualité parce c’est l’une des plus grandes raffineries au monde.
Le financement accordé à la Sonara est passé de 83,5 millions à 193 millions d’euros. Qu’est-ce que cela change concrètement pour l’entreprise ?
Cette augmentation du financement va nous permettre d’accroître les volumes de produits pétroliers que nous pouvons acheter. Avec 83,5 millions d’euros, soit environ 54,7 milliards de Fcfa, nous ne pouvions couvrir que 35 % de nos besoins. Avec 193 millions d’euros, soit environ 126,5 milliards de Fcfa, notre capacité d’approvisionnement va augmenter. Le gouvernement est dans sa mission d’aider la Sonara à être viable. En prenant ce prêt parce que c’est un prêt rétrocéder de l’État à la Sonara. C’est parce que l’État veut que la Sonara reste vivante malgré qu’elle n’est pas en production. L’État a dit qu’on ne réduit pas le personnel, on maintient les emplois, on protège les emplois, on entretient les installations. Pour cela, on vous trouve des moyens. C’est pour ça qu’ils avaient trouvé 83,5 millions d’euros après l’incendie. Aujourd’hui, ce financement est monté à 193 millions d’euros.



