Mrc : Tiriane Balbine Noah et les défis de l’après-Kamto

Plébiscitée le 17 octobre 2026 avec 96,89% des voix, la nouvelle présidente du Mouvement pour la renaissance du Cameroun hérite d’un parti à rassembler et d’une bataille électorale décisive à préparer.

Jean De Dieu Bidias

Le plébiscite est sans appel. Le 17 octobre 2026, Tiriane Balbine Noah a été portée à la tête du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) avec 96,89% des suffrages, soit 1 246 voix sur 1 286 votants, contre 29 pour son adversaire, Pierre Emmanuel Binyam. Réunis en convention nationale extraordinaire au siège du parti, au quartier Odza à Yaoundé, les délégués ont choisi majoritairement de confier les rênes de leur formation politique à celle qui en assurait déjà l’intérim depuis la démission de Maurice Kamto, le 08 septembre dernier. Élue pour un mandat de cinq ans renouvelable, la nouvelle présidente prend les commandes d’un parti dont l’histoire récente se confond largement avec celle de son fondateur, Maurice Kamto. 

L’ampleur du score consacre la victoire de celle qui apparaissait comme la candidate de la continuité. Ancienne deuxième vice-présidente nationale, reconduite à ce poste en 2023, Tiriane Balbine Noah était solidement installée dans l’appareil dirigeant. Sa liste s’appuyait sur plusieurs responsables du bureau sortant, dont Me Emmanuel Simh, appelé au poste de premier vice-président, et Christopher Mveh Ndong, candidat à sa propre succession au secrétariat général. Un dispositif qui lui a permis de s’imposer face à Pierre Emmanuel Binyam, dont le retrait annoncé avant la convention avait déjà modifié la physionomie de la compétition. La succession de Maurice Kamto ouvre une séquence inédite pour le Mrc, qui doit désormais démontrer qu’il peut survivre politiquement à celui qui l’a incarné pendant près de 14 années.

Depuis sa création en 2012, le mouvement s’est construit autour de la personnalité de cet universitaire devenu l’une des principales figures de l’opposition camerounaise, qui avait terminé deuxième à la présidentielle de 2018  avec un score de plus 14%. Son autorité, son discours et sa capacité à mobiliser ont largement contribué à donner au Mrc une visibilité nationale et internationale. Cet actif politique met particulièrement sa successeure sous pression. Cette dernière semble en tout cas avoir pris la mesure de la responsabilité. En affirmant, dès son élection, qu’elle ne serait pas « la présidente de la rupture, mais la continuité réincarnée », Tiriane Balbine Noah a clairement affiché son intention de préserver l’héritage de son prédécesseur. Une orientation qui ne la dispense pas de construire son propre leadership. Elle devra gérer la forte personnalité de son prédécesseur qui reste membre du parti et s’assurer qu’il n’y ait pas un bicéphalisme de fait, arbitrer les divergences, imposer une vision et incarner une parole politique capable de mobiliser y compris au sein du cercle des fidèles de Maurice Kamto. Le premier défi est en effet celui de la cohésion, les démissions du 08 septembre de Maurice Kamto et de son premier vice-président, Mamadou Mota, ayant ouvert une période d’incertitude.

La compétition pour la succession de Maurice Kamto a également révélé des divergences, notamment après le retrait de Pierre Emmanuel Binyam, dont l’équipe dénonçait des irrégularités dans le processus électoral et la fiabilité du fichier des délégués. Ces contestations constituent un premier test pour la nouvelle présidente. Au-delà du score obtenu, la femme de 46 ans, originaire de la Lekié, dans la région du Centre, devra convaincre les militants que la nouvelle direction est en mesure de faire vivre le débat interne et de préserver l’unité d’un mouvement appelé à poursuivre son maillage sociologique. Le Mrc reste régulièrement confronté à l’image d’une formation politique dont l’assise serait essentiellement bamiléké. Pour Tiriane Balbine Noah, l’enjeu sera de démontrer, par la composition des instances, le recrutement des militants et les résultats sur le terrain, que le parti s’adresse à toutes les communautés et à toutes les régions du Cameroun. Une ambition qui suppose de renforcer les structures locales, de faire émerger de nouveaux cadres et de porter des revendications susceptibles de fédérer au-delà des bastions traditionnels du mouvement.

L’horizon électoral constitue toutefois son premier grand rendez-vous. Les législatives et les municipales, attendues début 2027, obligent la nouvelle équipe à clarifier rapidement sa stratégie. En 2020, le boycott de ce double scrutin avait privé le Mrc d’élus au Parlement et dans les conseils municipaux, limitant ses possibilités d’action institutionnelle. Cinq ans plus tard, cette stratégie a également pesé sur la trajectoire présidentielle de Maurice Kamto. En 2025, l’absence d’élus l’a privé de la voie de candidature réservée aux formations politiques représentées dans cette institution. Le Mrc s’est alors retrouvé sans son fondateur dans la course à la magistrature suprême. Diplômée en science politique et ancienne enseignante, la nouvelle présidente est consciente que la participation aux prochaines élections est déterminante pour reconquérir la représentation institutionnelle et se donner plus de moyens dans la confrontation du Mrc avec le pouvoir. À Odza, le 17 octobre, les délégués ont choisi la continuité. À Tiriane Balbine Noah de montrer que celle-ci peut s’accompagner d’un renouvellement des pratiques, d’un élargissement de la base militante et d’une stratégie électorale efficace.