Mrc : Il était une fois, Maurice Kamto et Mamadou Mota

Se disant victimes de persécution, le président et le premier vice-président annoncent avoir renoncé à leurs fonctions « dans l’intérêt supérieur du parti, de ses militants, des sympathisants et du peuple du changement ».

Jean De Dieu Bidias

Mrc. Maurice Kamto et Mamadou Mota quittent le directoire.

Les deux leaders ont pris le soin de publier simultanément, en début d’après-midi du 08 septembre 2026, les communiqués annonçant leur démission de leurs fonctions de président et de premier vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) sur leurs réseaux sociaux. Quelques heures plus tard, un communiqué du secrétaire général adjoint du parti, Roger Justin Noah, est venu confirmer l’information. Une page se tourne à la tête du Mrc, avec le départ simultané de deux de ses principales figures, dans une séquence politique où les questions de leadership et de contrôle de son appareil dessinent un avenir en pointillés pour le parti. Maurice Kamto et Mamadou Mota renoncent à leurs postes pour « ne servir d’instrument à personne pour entraver l’avenir du Mrc », a commenté le vice-président. Maurice Kamto, pour sa part, assure avoir pris cette décision « dans l’intérêt supérieur du parti, de ses nombreux militants et sympathisants, et du peuple du changement en général ». Derrière ces formulations, le choix des deux dirigeants fait échos à la thèse selon laquelle le parti est confronté à des pressions et à des manœuvres susceptibles, selon ses responsables, de perturber son fonctionnement et sa préparation des prochaines échéances électorales.

Le prochain président du parti sera connu à l’issue d’une nouvelle convention du Mrc convoquée pour le 10 octobre prochain, selon le communiqué du secrétaire général adjoint mentionné supra, qui annonce par ailleurs un appel à candidatures pour les besoins de la cause. En attendant, Tiriane Balbine Nadège Noah, deuxième vice-présidente du parti depuis 2018, va assurer l’intérim à la tête du Mrc. Cette période de transition est un vrai challenge pour la femme de 46 ans, dans la mesure où le parti devra à la fois préserver sa cohésion interne, préparer les prochaines élections municipales et législatives et consolider sa ligne politique après le retrait de celui qui aura le plus incarné le Mrc la figure la plus emblématique depuis sa création en 2012. La démission de Maurice Kamto et Mamadou Mota, qui constitue un véritable séisme pour le parti, intervient moins de trois semaines après que le ministre de l’Administration territoriale (Minat), Paul Atanga Nji, a fait savoir, dans un document servant de réponse à une requête de l’ancien trésorier national adjoint du Mrc, Okala Ebode, qu’il n’avait pas pris acte des résolutions de la convention du Mrc du 21 décembre 2025 ayant officialisé le retour de Maurice Kamto à la tête du parti, après la parenthèse Manidem.

Le parti avait alors dénoncé une manœuvre de déstabilisation de trop. « Le Mrc traverse une période marquée par des manœuvres visant à l’affaiblir, à semer la confusion dans ses rangs, et ainsi dérailler notre préparation sereine des prochaines élections municipales et législatives. L’un des objectifs est d’asseoir dans l’opinion l’illusion d’une large victoire à venir du Rdpc sur tapis vert. Cela n’arrivera pas », écrivait Roger Justin Noah. Et d’ajouter : « en attendant les développements à suivre dans les prochains jours, le parti tient à informer les militantes et les militants, les sympathisants, les électeurs et l’ensemble des Camerounais que le Mrc ne laissera pas le groupe qui contrôle le pouvoir dans notre pays continuer impunément à provoquer les Camerounais ». Il appelait enfin « toutes les structures du parti à travers le pays et la diaspora » à « poursuivre sereinement la préparation des élections législatives et municipales à venir », convaincu que « politiquement le régime-Rdpc a une peur panique du Mrc ».

Cette passe d’armes avec le pouvoir donne une dimension supplémentaire au retrait de Maurice Kamto et de Mamadou Mota. Au-delà de la succession à la tête du parti, c’est la capacité du Mrc à maintenir son organisation, sa stratégie électorale et son rapport de force avec le pouvoir qui se retrouve en jeu. Si Mamadou Mota a été clair en précisant qu’il retourne à la base pour servir le parti comme militant à Gavalyam, dans la fédération communale de Tokombere, dans l’Extrême-Nord, Maurice Kamto, qui n’annonce pas non plus son départ du parti, est resté flou sur son avenir politique.

Tiriane Balbine Noah : La renaissance au féminin

Deuxième vice-présidente du Mrc depuis 2018, elle est propulsée à la tête du parti à titre intérimaire.

Michel Enony

Ses photos font le tour des réseaux sociaux depuis hier. Tiriane Balbine Noah est présidente par intérim du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), à 46 ans. À six mois des élections législatives et municipales, elle a la charge de gérer les affaires courantes du parti. Ceci, en attendant le 10 octobre 2026, date de la Convention nationale du parti, pour l’élection du nouveau président et nouveaux vice-présidents.

Rien ne destinait cette consultante en marketing à prendre les rênes (de manière provisoire) du parti d’opposition en pleine crise, pour la 2e fois. Pourtant, c’est le cas. Elle a été de toutes les turbulences du parti d’Odza. En janvier 2019, l’incarcération de Maurice Kamto et Mamadou Mota propulse Tiriane Balbine Noah à la présidence par intérim du Mouvement. Elle hérite d’un parti décapité, sous pression, et doit maintenir la cohésion. Elle l’assume, incarnant ce qu’elle appelle elle-même une « résistance pacifique ». Dans une interview accordée à Lebledparle à cette époque, elle résume sa mission : « Nous avons une organisation qui doit continuer de fonctionner… Je continue de maintenir les troupes ». Le régime, croit-elle, n’avait pas anticipé que le parti puisse survivre sans ses leaders. Elle a une au occasion de prouver le contraire.

Pour elle, la politique est un milieu hostile où il faut s’armer de courage : « La scène politique est tellement difficile. Elle est extrêmement compétitive… et extrêmement violente ». Mais elle appelle les femmes à s’engager sérieusement, car « ce sont les femmes qui font le nombre, le chiffre dans les partis politiques ». À travers son association Femmes Main dans la Main, elle incarne ce leadership féminin qu’elle prône, alliant engagement politique et action sociale.

À l’approche des échéances électorales, Tiriane Balbine Noah occupe une place stratégique. Son rôle dépasse le simple titre de nouvelle présidente par intérim du parti. Elle est la voix qui rassure, la figure qui accueille. En juin 2025, elle présentait huit conseillers municipaux et deux députés suppléants ralliés à son parti, déclarant : « Le Mrc est une maison ouverte à l’image de son président qui a toujours les bras ouverts ». Son parcours, sa constance et son franc-parler en font, à n’en pas douter, l’un des piliers de l’avenir du Mrc.

Regard : Tout, sauf Maurice Kamto

Jean De Dieu Bidias

Depuis 2012, Maurice Kamto semble occuper une place singulière dans le logiciel du pouvoir camerounais, celle de l’adversaire qu’il faut contenir, encadrer, voire empêcher d’avancer. La naissance du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) est tumultueuse. Mais le parti finit par s’installer dans le paysage politique et, en 2018, rien ne peut juridiquement empêcher son président de briguer la magistrature suprême. Le Mrc est alors en règle avec la loi. Kamto obtient officiellement 14% des suffrages. Une performance suffisamment significative pour changer la perception de son poids politique. Mais, l’homme commet aussi une faute stratégique. En 2020, il décide de ne pas engager le Mrc dans les élections législatives. Le parti se prive ainsi d’une représentation parlementaire et, par ricochet, d’un ancrage institutionnel qui lui fera cruellement défaut. C’est précisément cette absence des institutions qui sera ensuite utilisée comme verrou juridique. Faute de députés ou de conseillers municipaux, le Mrc ne peut présenter de candidat à la présidentielle de 2025. Le piège s’est refermé.

Depuis, tout semble se jouer autour d’une même équation : tout, sauf Kamto. En 2025, sa candidature présidentielle est écartée du jeu électoral. Et maintenant que bruissent les rumeurs d’une possible candidature de Maurice Kamto en tant que tête Mrc aux législatives dans le Mfoundi, cœur politique du Cameroun, de nouvelles manœuvres sont dénoncées pour empêcher que cette hypothèse ne devienne réalité. Il faut pourtant se demander ce qui, dans Maurice Kamto, provoque une telle crispation. Son électorat ? Sa capacité à transformer une candidature en enjeu national ? Son aptitude à cristalliser le vote de ceux qui veulent l’alternance ? Ou simplement le fait qu’il ait démontré, en 2018, qu’un opposant pouvait franchir la barrière électorale et s’imposer dans le débat national ?

Le paradoxe est saisissant. Le Rdpc revendique depuis plus de trois décennies son attachement au multipartisme, à la démocratie et au pluralisme. Mais si, à chaque étape, les règles sont utilisées pour réduire l’espace politique du principal opposant, le pluralisme finit par ressembler à une compétition dont certains auraient le droit de participer… à condition de ne jamais menacer le « vainqueur naturel ». Or, empêcher un adversaire de concourir en utilisant les leviers du pouvoir ne saurait être une victoire de la démocratie.