L’ex ministre ivoirien de la Jeunesse s’est ouvert au public lors d’une conférence le 8 avril à Yaoundé.

Par Cyril Essissima
Accueilli à Yaoundé tel un prophète loin de chez lui, l’ancien ministre ivoirien de la Jeunesse, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Charles Blé Goudé, a tenu sa parole vis-à-vis des Camerounais. « Comme je l’avais promis quand j’étais encore à la Cpi, lorsqu’on m’avait posé la question et que j’avais répondu que le jour où je mettrai les pieds en Afrique, ma première prise de parole face à un public dans un pays africain autre que la Côte d’Ivoire, ce serait au Cameroun », a-t-il déclaré tout sourire, le 8 avril dernier lors d’une conférence publique dans la capitale Camerounaise.
Deux thèmes ont meublé la rencontre à savoir « défis et perspectives de la démocratie en Afrique » et « la justice internationale et l’Afrique ». Après la leçon du philosophe Nkolo Foé sur le premier thème, l’auditoire brûlait littéralement d’impatience pour écouter la vedette du jour. Opiniâtre au sujet de la justice internationale et de l’Afrique, c’est d’expérience que Charles Blé Goudé partagé ses huit ans passés dans les geôles de la Cour pénale internationale (Cpi). « Vous avez lu le traité de Rome pour certains, vous avez entendu parler de la Cpi pour d’autres. Moi, je l’ai vu, je l’ai vécu », s’est-il lancé à bâton rompu, acclamé en cela par ses nombreux admirateurs dans le public.
Double vitesse
Son idée est que l’institution d’une justice internationale naît d’une bonne intention, celle de « juger tous ceux qui se rendaient coupables de crime contre l’humanité, de crime de guerre ou de génocide dans le monde ». Mais la pratique lui pose problème parce qu’elle est à double vitesse en ceci que cette juridiction est complaisante quand il faut juger les crimes commis par les dirigeants de pays puissants du monde. C’est la raison pour laquelle, fort de ce qu’il a vécu, il « félicite le Cameroun » de n’avoir pas ratifié le statut de Rome, contrairement à de nombreux pays d’Afrique. Blé Goudé en déduit alors qu’« avant c’était l’esclavage forcé. Maintenant c’est l’esclavage volontaire ».

Pour lui, la solution est toute simple : « Il faut que les Africains cessent d’être devant le mur des lamentations. Notre passé douloureux doit être le moteur pour que nos enfants aient un avenir meilleur (…). Pour qu’on compte avec toi dans le concert des nations, tu dois d’abord toi-même compter et compter sur toi. C’est pourquoi je ne suis pas d’accord avec ceux qui veulent quitter un tuteur pour un autre tuteur. Pourquoi l’Afrique ne peut pas se développer avec ses propres paradigmes ? Pourquoi chercher un pôle et ne pas chercher à être le pôle aussi ? »
Durant ses années tumultueuses, Charles Blé Goudé est presque passé par toutes les situations, acculé jusque dans ses derniers retranchements. Deux ans d’exil au Ghana, mandat d’arrêt international de la Cpi, interdiction de voyage de l’Onu, mandat d’arrêt international du gouvernement ivoirien, 14 mois d’isolement en Côte d’Ivoire, huit ans à la Cpi, comptes bancaires gelés, déchéances de ses droits civils et politiques, interdiction de lui délivrer un passeport ivoirien, etc. « Je n’étais un réfugié, j’étais un fugitif », soutient-il.
Avant ce récit, Blé Goudé a été reçu en audience à Yaoundé par le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji.
En 2019, il fonde le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep), un parti politique d’obédience social-démocrate de Côte d’Ivoire. Ce n’est que le 26 novembre 2022 qu’il regagne la Côte d’Ivoire, après autorisation du président Alassane Ouattara. Malgré toutes ces années au cachot, le moral de cet ancien lieutenant de Laurent Gbagbo n’a pas été entamé. D’ailleurs il remercie ceux qui l’ont envoyé à la Cpi. Son livre « De l’enfer, je reviendrai », publié le 23 novembre 2016 en dit long sur sa témérité.



