Identification des taxis de Yaoundé : La procédure met les chauffeurs en rogne

Bloqués depuis lundi, 05 octobre 2026 à l’hôtel de Ville, des chauffeurs dénoncent les conditions d’obtention du numéro d’identification apposé sur la portière et la mise en fourrière de leurs véhicules.

Ulrich Enyegue

Taximen mécontents

Obono, chauffeur de taxi, est à l’hôtel de Ville de Yaoundé depuis mardi 06 octobre 2026. Il n’a toujours pas son numéro de portière. Interpellé le matin même pour ce défaut d’identification, le conducteur ne cache pas son exaspération face aux interminables files formées sur l’esplanade : « c’est inadmissible que depuis mardi, on soit là en train de suivre des rangs ». Ses documents de bord sont pourtant à jour, mais cette nouvelle exigence vient paralyser son activité. « Moi, je vous parle en particulier de mon cas. J’ai l’assurance, j’ai l’impôt. Et là, on me demande maintenant le numéro de portière », s’indigne-t-il. La numérisation de la procédure ajoute une difficulté supplémentaire pour le transporteur. « Quand j’arrive ici, je suis la procédure puis on me dit d’attendre, qu’on va m’envoyer ça par message WhatsApp », poursuit Obono, avant de pointer du doigt une limite de ce système numérique : « je vous prends un cas simple : si je n’ai pas de téléphone Android, je fais comment ? Le message va passer par où ? ». 

Le cas d’Obono s’ajoute à des centaines d’autres. Ngaya Ascadirou, un autre taximan présent dans les rangs, pointe du doigt l’organisation de la procédure et les lenteurs aux guichets : « Il y a plus de 10 000 personnes ici. Pour servir une seule personne, ça prend 40 minutes, une heure de temps ». Le conducteur décrit ensuite le traitement des dossiers par les agents. « Il y a des gens qui viennent en tenue par derrière avec trois, quatre, cinq dossiers », relate-t-il. « Vous êtes là. On ne fait que vous dire de reculer », s’indigne le chauffeur d’un ton exaspéré. Toujours dans les rangs, Jean Jacques Awouma confirme ce contournement des files d’attente en décrivant un système tarifé. « Certains donnent de l’argent pour que leur dossier soit traité plus vite. Vous êtes là, juste devant, mais on ne vous sert pas. Pourtant, vous voyez clairement des dossiers venir de derrière et être traités en priorité », dénonce-t-il. 

Face à ces pratiques de favoritisme, Ngaya Ascadirou accuse les présidents de syndicats. « Ceux qui se disent syndicalistes des taxis sont de connivence avec les autorités, comme le super maire, le commissaire central. Ils s’organisent pour escroquer les taxis ». À bout de patience, Obono formule une requête : « je demande à l’État de chercher à décentraliser. C’est inadmissible que je sorte de Yaoundé 4e pour venir ici, alors que j’aurais pu le faire à la mairie de mon arrondissement ». Pendant que les chauffeurs patientent à l’hôtel de Ville, les contrôles se poursuivent dans les rues de Yaoundé. Tout taxi intercepté sans numéro de portière est conduit en fourrière. Pour récupérer son véhicule, le chauffeur doit s’acquitter de 30 000 Fcfa. Et là, il ne faut pas attendre de message WhatsApp.