
Depuis quelques jours, plusieurs quartiers et carrefours de la capitale politique sont au bord de l’asphyxie. Entre l’insuffisance de la collecte des déchets et l’incivisme de certains habitants, les populations vivent au rythme d’une insalubrité qui ne cesse de gagner du terrain.
Rebara Habra
À la descente du lieudit « Montée Shell Nsimeyong », dans l’arrondissement de Yaoundé 3e, ce 5 août 2026, un jeune homme, visiblement jovial, tient sa compagne par la main. Entre éclats de rire et taquineries, il est difficile, à distance, de deviner l’objet de leurs échanges. Mais la parenthèse de bonne humeur se referme brutalement. « C’est quoi ça encore ? Yaoundé et la saleté ! Bientôt, il n’ aura même plus de route ici. Et ces odeurs, tous les jours… », fulmine-t-il en se bouchant le nez de la main gauche. Devant lui, une montagne d’immondices déborde sur la voie publique. Des sacs plastiques
éventrés, des restes de repas en décomposition, des cartons détrempés et toutes sortes de détritus s’entassent en monticules. L’odeur est suffocante. Les mouches virevoltent.
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À quelques mètres de ce dépotoir à ciel ouvert, une commerçante poursuit pourtant ses activités. Sur son étal, pastèques, oranges, pommes et papayes attirent les clients. Les odeurs nauséabondes ne semblent plus l’incommoder. Comme nombre d’habitants du quartier, elle dépose elle aussi ses déchets à cet endroit. « On jette parce qu’on ne sait plus où déposer », explique-t-elle. Dans les caniveaux, les ordures empêchent désormais l’écoulement normal des eaux. À chaque pluie, le même scénario se répète : stagnation des eaux, inondations et risques accrus de maladies liées à l’insalubrité.
Pour les riverains, la responsabilité est partagée. Ils dénoncent la rareté des passages des camions de collecte, mais pointent également les comportements inciviques qui transforment certains coins de rue en décharges sauvages. « Honnêtement, les camions passent ici par chance. C’est seulement lorsque la situation devient critique qu’ils arrivent. Parfois, nous sommes obligés de brûler les déchets ou de prendre des râteaux pour dégager la voie », témoigne un menuisier.
Collecte
À Ngoa-Ekellé, quartier estudiantin par excellence, le constat est tout aussi alarmant. La collecte peine à couvrir efficacement certains secteurs. Résultat : les dépôts sauvages prolifèrent. Une véritable montagne d’ordures fait désormais office de frontière entre le lycée de Ngoa-Ekellé et la brigade de gendarmerie de Melen. Aux odeurs de décomposition s’ajoute un autre fléau : l’incivisme. Derrière les amas de déchets, certains usagers ont installé des toilettes à ciel ouvert. Au moindre besoin, l’endroit leur sert de latrines improvisées.
À Ekounou, les ordures sont devenues un point de repère. « Ici, c’est l’entrée Poubelle. Ce nom existe depuis des années », lance une coiffeuse. Selon elle, cette appellation est née d’une évidence; les déchets n’ont jamais quitté les lieux. « Même si Hysacam passe tous les jours, vous trouverez toujours ce bac à ordures plein. Ça ne nous gêne plus. Nous sommes habitués. Regardez, il y a des boutiques tout autour », raconte-t-elle, résignée. Même exaspération au marché Mvog Atangana Mballa, dans la commune d’arrondissement de Yaoundé 4e. Les commerçants dénoncent des enlèvements de déchets trop espacés et redoutent les conséquences sanitaires de cette insalubrité persistante. « Nous vivons au milieu des ordures. Les odeurs sont insupportables. Comme vous pouvez le constater, nous vendons pratiquement dessus. On en entasse chaque jour. Voilà pourquoi elles reviennent sans cesse », déplore Amandine.
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Crise
La crise des ordures continue ainsi de défier les pouvoirs publics. Malgré les campagnes de sensibilisation et les opérations d’assainissement, les montagnes de déchets gardent la peau dure. Le 23 janvier 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, relançait l’opération « Yaoundé ville propre », avec la remise de 700 brouettes, 700 pelles, 700 balais et 700 râteaux aux sept communes d’arrondissement de la capitale. Trois jours plus tard, la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, rétrocédait deux balayeuses mécaniques aux communes de Yaoundé Ier et de Yaoundé 5e.
Deux initiatives. Deux cérémonies. Deux discours. Pourtant, sur le terrain, le décor n’a guère changé. Les ordures continuent de coloniser les quartiers, les carrefours et les grandes artères de la ville. Pour de nombreux observateurs, cette succession d’actions dispersées ressemble davantage à une cacophonie institutionnelle qu’à une véritable stratégie de sortie de crise.
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