Du Vaal International School : Faux pas capillaire ou dérive discriminatoire ? 

Une vidéo virale dénonçant une présumée discrimination raciale au sujet de la coupe de cheveux d’un élève enflamme les réseaux sociaux. 

Lorine Claudia Agnang

La plaignante et son fils 

La colère l’a mise hors d’elle. Elle qui avait pourtant juré de ne jamais exposer son enfant sur la toile s’y résout enfin, poussée à bout par ce qu’elle qualifie de discrimination à l’égard de son fils, scolarisé à Du Vaal International School. Connue sous le pseudonyme « La Renaissance 71 », cette créatrice de contenu TikTok explique : « Voici la deuxième semaine d’école… Mercredi… mon enfant vient de rentrer. Il dit qu’on a demandé qu’il se rase les cheveux. » L’enfant arbore une coupe french crop : court sur le dessus, dégradé sur les côtés. Rien d’extravagant pour la mère, qui ne comprend pas la consigne. D’autant plus que, dans cet établissement à vocation internationale, d’autres élèves ne se voient pas imposer le crâne rasé.

« Que leur apprenez-vous là-bas, à l’école ? Que la meilleure apparence, c’est le crâne rasé, lisse ? Et les cheveux que Dieu a laissés pousser, c’était pour en faire quoi ? Pourquoi dites-vous que les cheveux africains sont sales ? Ce qui est choquant, c’est qu’il y a des métisses et des blancs. On les laisse assumer leurs cheveux. Mais quand il s’agit de mon enfant, on lui dit de raser ses cheveux parce qu’il est noir », s’indigne-t-elle dans une capsule vidéo. La séquence fait mouche et se répand rapidement. Sous la publication, plus de 7 200 commentaires s’affrontent, oscillant entre soutien inconditionnel à une « cause noble » et réquisitoire contre la démarche du parent.

Rapidement, la vague déborde de TikTok pour submerger Facebook. Pages, comptes personnels et groupes relaient le sujet. Une publication montre côte à côte deux élèves de l’établissement : le fils de la plaignante avec sa fameuse coupe litigieuse, et un camarade de peau blanche affichant une chevelure bouclée. Pour l’auteur du post, le constat est sans appel : deux poids, deux mesures. Dans la section des commentaires, les internautes se lâchent : « Quelle mascarade en milieu scolaire ! Laissez nos enfants s’épanouir » ; « Où est le règlement intérieur de cet établissement ? Cela aiderait à clore le débat » ; « L’administration de cette école a une mentalité de colon » ; ou encore « École privée égale règlement privé ». La majorité des commentaires vise le collège et pointe un traitement préférentiel teinté de discrimination.

Pourtant, un autre son de cloche se fait entendre. Plusieurs internautes estiment que Du Vaal International School fait l’objet d’un acharnement malveillant. « Cette école est en train de bouffer une tontine [subir un acharnement, Ndlr] depuis deux jours, entre la fameuse visite d’un pseudo-influenceur ivoirien et maintenant cette histoire. C’est vraiment incroyable qu’on se retrouve à ce niveau de bêtises pour un établissement qui a un tel parcours dans la communauté éducative », observe un usager. D’autres, moins tièdes envers la mère de famille, l’invitent carrément à fonder son propre établissement pour y coiffer son fils à sa guise.

Face à la tempête médiatique, la direction de Du Vaal a tenu à préciser sa ligne de conduite. « Au Collège Du Vaal, la règle relative à la coiffure s’applique à tous les élèves du secondaire, sans distinction d’origine, de couleur de peau ou de statut. Elle existe depuis la création de Du Vaal et prévoit que les cheveux soient maintenus à une hauteur maximale d’environ 1 cm tout autour de la tête. Cette règle répond à des objectifs éducatifs liés à la discipline, à la sobriété dans la présentation et au respect des règles communes. Elle n’est donc aucunement dirigée contre votre enfant ou une quelconque communauté », réplique l’établissement dans une mise au point.

Et l’administration de conclure : « Les élèves présentant un certificat médical justifiant une contre-indication sont exemptés de cette règle. De même, les élèves étrangers accueillis temporairement dans le cadre de notre Students Exchange Programme avec des établissements européens et américains ne sont pas soumis à nos règles internes relatives à la coiffure. ». 

Réaction

La Coach Blonde : Ce que vous faites subir aux élèves donne à l’école une image de purgatoire

 

 

 

Je crois qu’après quatre siècles d’esclavage et un siècle de colonisation, l’homme noir n’a jamais vraiment guéri des blessures laissées par ces grands crimes humains. Il porte encore en lui les stigmates du « petit homme noir » face à la grandeur imaginaire du « Blanc supérieur ». La question serait aujourd’hui : faut-il blâmer quelqu’un ? Mais qui ? L’homme qui n’a pas encore guéri ou celui qui refuse de guérir, tant le sentiment d’infériorité raciale le trouble encore ? Je ne vais pas épiloguer sur cette enseignante qui coupe les cheveux d’un enfant sous prétexte qu’on ne doit pas les garder longs en classe. Pourquoi les enfants ne peuvent-ils pas se coiffer comme ils le souhaitent ? Je ne comprends pas vraiment cette obligation d’avoir les cheveux rasés, encore moins le rapport entre les cheveux et l’intelligence. Mais je vous le dis : c’est dans un esprit de punition que cela est imposé aux élèves. Dans nos pratiques éducatives, même ce qui devrait contribuer à la fierté de l’homme noir devient un prétexte à la flagellation, comme si la souffrance avait fini par s’inscrire dans notre culture comme une condition de l’éducation.

Un enfant qui vient à l’école avec de jolies tresses, propres et soignées, je trouve ça beau. Un garçon qui veut garder ses cheveux devrait avoir le droit de les garder : leur longueur ne détermine ni sa réussite ni son échec. Dans certains établissements européens, les élèves peuvent même venir maquillés. Un enfant qui rencontre des difficultés à l’école peut avoir un trouble d’apprentissage, un problème d’adaptation ou encore des difficultés sociales. Son apparence ne suffit pas à expliquer ce qu’il traverse. Aucun sociologue ne saurait déduire le quotient intellectuel d’un enfant de son apparence physique ou de sa coiffure. Ce que vous faites subir aux élèves donne à l’école une image de purgatoire. Si seulement cette rigueur pouvait leur garantir un emploi, au vu de toute la discipline imposée !

L’école est un lieu d’apprentissage. Elle devrait aussi être un endroit où les enfants développent un rapport sain avec leur corps. En matière d’apparence, je pense que les règles devraient se limiter à l’hygiène et aux exigences de sécurité. Concernant l’enseignante de Duval, la différence de traitement que je dénonce me semble refléter ce joug de la soumission qui pèse encore sur beaucoup d’entre nous : cette idée qu’une personne noire devrait se contenter d’une liberté restreinte, tandis qu’un enfant métis aurait droit à davantage d’indulgence du fait de son ascendance blanche. Cette hiérarchie imaginaire, il faut aussi apprendre à la déconstruire. On ne peut pas changer les gens qui refusent de remettre en question leurs convictions. Mais avec Anatomie du succès, je vous invite à interroger ces croyances et à vous délivrer de ce genre de chaînes.