Rebara Habra
Tenus en mai 2025 à Yaoundé, les états généraux sur la gestion des ressources en déchets urbains avaient constitué un moment charnière dans la réflexion nationale sur l’assainissement des villes et la valorisation économique des déchets. Face à la dégradation persistante du cadre de vie urbain, aux coûts croissants de la collecte et aux difficultés récurrentes de financement, les participants (pouvoirs publics, collectivités territoriales décentralisées, partenaires techniques, opérateurs privés et société civile) avaient élaboré une feuille de route articulée autour de plusieurs axes structurants. Sur le plan du financement, les États généraux avaient recommandé la création d’un compte d’affectation spéciale destiné à cantonner les ressources issues des droits d’accises et des subventions directes de l’État, afin de sécuriser le paiement des opérateurs.
Ils avaient également préconisé une refonte du dispositif de financement du service des déchets, pour mieux l’aligner sur les réalités de production et impliquer davantage les acteurs sectoriels et les maires dans la maturation des contrats. L’accès aux guichets de financement climat (crédit carbone, Fonds vert climat, Feicom ou partenaires au développement) devait, par ailleurs, soutenir les projets de valorisation portés par l’État et les communes. En matière de gouvernance, les assises de Yaoundé avaient insisté sur la nécessité de réviser certains textes, notamment le code de la décentralisation, afin d’attribuer aux communes d’arrondissement les compétences en collecte, tri et valorisation des déchets. Le renforcement des sanctions en matière d’hygiène et de salubrité, ainsi que la mise en place dès 2026 d’un système statistique national sur les ressources en déchets urbains, figuraient aussi parmi les priorités.
À cela s’ajoutait l’inscription, dans le Bip 2026, de crédits destinés à l’élaboration ou à la révision des plans communaux de gestion des déchets solides municipaux. Les infrastructures constituaient un autre pilier majeur. Les États généraux avaient acté le démarrage, dès 2025, de la construction de plateformes de regroupement des déchets à Douala et Yaoundé, l’élimination progressive des bacs le long des axes routiers et la mise en œuvre, avec l’appui des bailleurs, d’un programme de construction de centres de transfert et de traitement.
L’identification et la sécurisation des réserves foncières pour ces infrastructures avaient également été jugées indispensables. Sous l’angle de l’économie circulaire, la transformation de la feuille de route en un document de politique nationale sur les ressources en déchets, l’ouverture de filières de formation spécialisées et l’encouragement au tri sélectif dans les ménages devaient favoriser l’émergence d’une véritable industrie du recyclage.
Enfin, les États généraux avaient mis l’accent sur la professionnalisation de la pré-collecte et la participation citoyenne, à travers le découpage des communes en zones, l’encadrement des associations de pré-collecte et l’organisation régulière de journées de propreté. Autant de résolutions ambitieuses, dont la mise en œuvre conditionne aujourd’hui l’amélioration durable de la salubrité urbaine au Cameroun.



