Stanislas Joël Mvondo Ayissi : Le principal problème reste financier

Le sous-directeur de l’environnement et du développement durable à la Communauté urbaine de Yaoundé explique les raisons de la recrudescence des déchets ménagers dans la capitale. Il attribue le relâchement observé ces derniers jours au non-paiement intégral des décomptes liés aux prestations réalisées par les entreprises chargées de la collecte.

Rebara Habra

Depuis quelques jours, plusieurs quartiers de Yaoundé connaissent une recrudescence des dépôts d’ordures. Qu’est-ce qui explique ce retour en force des déchets dans la capitale ?

La situation actuelle est liée à l’un des maillons du système de gestion des déchets. Avant d’aller plus loin, il est important de rappeler que ce système repose sur plusieurs éléments essentiels. Le premier concerne le mécanisme de gestion. Sans un dispositif clairement défini et structuré, il est difficile de garantir un service de qualité. Ce mécanisme englobe l’ensemble des opérations nécessaires à la collecte, au transport et au traitement des déchets. Mais aucun mécanisme ne peut fonctionner sans son carburant : les ressources financières. La situation que connaît aujourd’hui le pays ne concerne pas uniquement la Communauté urbaine de Yaoundé ; elle est nationale. Les tensions sur les finances publiques ont des répercussions sur les collectivités territoriales décentralisées, notamment sur la Communauté urbaine de Yaoundé. Cette situation entraîne une baisse de l’efficacité du dispositif mis en place.

Cette baisse touche principalement les opérateurs de collecte, notamment Hysacam et Thychlof. Ces entreprises disposent d’un parc automobile important dont le fonctionnement nécessite des moyens financiers conséquents. Pour assurer un service de qualité, elles doivent supporter quotidiennement des charges liées au carburant, à la maintenance, aux réparations des véhicules et à l’ensemble des dépenses d’exploitation. Or, les dépenses publiques sont encadrées par des procédures administratives : les prestations sont généralement réglées après service fait. Cependant, la collecte des déchets est une activité qui ne supporte ni retard ni interruption de paiement. Dès que les camions cessent de circuler pendant quelques jours, les déchets s’accumulent rapidement dans les quartiers, comme nous le constatons actuellement.

Le deuxième élément concerne les différents acteurs impliqués dans la gestion des déchets. On distingue trois grandes catégories : les producteurs de déchets, les pouvoirs publics chargés de la gestion du service et les acteurs privés, notamment les entreprises de collecte, les Ong, les associations de précollecte ainsi que les structures spécialisées dans le recyclage et la valorisation. Pour que le système fonctionne efficacement, les interventions de tous ces acteurs doivent être cohérentes. Chacun doit connaître précisément son rôle dans le dispositif.

Dans le dispositif actuel de gestion des déchets, quelles sont les responsabilités respectives de la Communauté urbaine de Yaoundé et des communes d’arrondissement ?

Aujourd’hui, la Communauté urbaine de Yaoundé est responsable de la collecte, du transport et du traitement des déchets. Les communes d’arrondissement, quant à elles, assurent les opérations de proximité, notamment la précollecte. Il est donc essentiel que les Ong, les Pme et les autres structures intervenant dans ce domaine soient identifiées et encadrées par les communes d’arrondissement. Celles-ci sont les mieux placées pour coordonner les actions menées sur leur territoire.

De son côté, la Communauté urbaine assure la coordination à l’échelle de la ville. En collaboration avec les communes d’arrondissement, elle veille à la cohérence entre les activités des opérateurs de précollecte et celles des entreprises de collecte, afin de garantir un service efficace et de qualité. Aujourd’hui, nous constatons toutefois que, dans certains arrondissements, des opérateurs de pré-collecte exercent sans être identifiés par les communes d’arrondissement. C’est une difficulté qui peut contribuer aux problèmes que nous connaissons actuellement.

Mais la situation actuelle est davantage liée aux acteurs qui ont la responsabilité globale du service. Nous avons des acteurs techniques au niveau du gouvernement, notamment le ministère de l’Habitat et du Développement urbain, le ministère de l’Environnement, ainsi qu’un acteur essentiel qu’est le ministère des Finances, notamment sur la question des paiements. Si les ressources financières ne sont pas mises à disposition dans les délais, ces entreprises, malgré leur bonne volonté et le mécanisme existant, ne pourront pas être pleinement efficaces sur le terrain. C’est précisément ce que nous vivons aujourd’hui.

La question de la contractualisation des deux entreprises en charge de la collecte des déchets est-elle définitivement réglée ?

Sur le plan contractuel, la question des entreprises de collecte ne se pose plus. Hysacam et Thychlof disposent de contrats valides, signés et entrés en vigueur depuis 2025. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous n’avons pas connu les mêmes difficultés en 2025. La situation actuelle est liée au fait que les prestations réalisées depuis cette période ont fait l’objet de décomptes qui ne sont pas encore totalement réglés. L’insuffisance de trésorerie qui en découle empêche ces entreprises de déployer l’ensemble de leurs moyens pour assurer un service optimal.

Il faut également rappeler que les infrastructures constituent un élément important dans la gestion des déchets. Les engins de collecte ne volent pas ; ils circulent sur des routes. Lorsque le réseau routier est dégradé, un camion qui devrait effectuer un trajet entre un point de collecte et la décharge en 20 ou 30 minutes peut mettre une heure, voire deux heures. Dans ces conditions, toute l’organisation prévue autour des rotations des camions est perturbée. Il est donc important que chacun comprenne que la gestion des déchets est un métier spécifique qui mérite d’être reconnu à sa juste valeur. Aujourd’hui encore, certains Yaoundéens considèrent les agents de ces entreprises, voire les agents municipaux qui assurent ce service, comme des travailleurs de moindre importance.

Pourtant, partout dans le monde, ces acteurs jouent un rôle essentiel. Il est nécessaire de mieux communiquer sur leur importance et de reconnaître le mérite de ceux qui travaillent chaque jour à maintenir la propreté de nos villes. 

Les contrats signés entre la Communauté urbaine de Yaoundé et les entreprises de collecte définissent-ils clairement les responsabilités de chaque acteur ?

Oui. Dans ces contrats, les rôles sont clairement définis. Pour Hysacam, il est prévu la collecte des déchets dans les zones qui lui ont été attribuées, la ville ayant été divisée en plusieurs lots. Hysacam intervient sur trois lots, tandis que Thychlof intervient sur un lot. Il n’y a donc pas de chevauchement ni de confusion dans les responsabilités. Chacun connaît son périmètre d’intervention. C’est pourquoi je dis que, sur le plan contractuel, il n’y a plus de problème concernant les prestations en cours d’exécution. La principale difficulté reste le paiement des décomptes, qui ne suit pas le rythme des
prestations réalisées.

Au regard de la situation actuelle, quels sont les principaux facteurs qui perturbent la régularité de la
collecte des déchets ?

Aujourd’hui, le principal problème reste financier. Comme je l’ai indiqué, ces entreprises ont commencé leurs activités en 2025 et tous les décomptes émis ne sont pas encore entièrement payés. La situation financière de la Communauté urbaine n’est pas isolée. En tant qu’entité publique, elle subit également les contraintes liées aux finances publiques nationales. Malgré les efforts déployés pour assurer la coordination entre les différents acteurs du système, l’absence de financement régulier finit par affecter le fonctionnement du mécanisme.