Au moment où l’on espérait enfin un apaisement après des mois de tensions internes, un document signé par Jean Nkuete vient semer le trouble et la confusion au sein de la base militante.
Wamba Sop

À qui profite l’instabilité chronique qui règne en maître au sein de la Section Océan Sud II du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc) à Kribi 2e ? Au moment précis où cet organe local du parti au flambeau ardent aspirait à la sérénité, où les militants pensaient que la page des querelles de positionnement était définitivement tournée, un nouvel élément vient semer la discorde et installer le désordre. Il s’agit d’une correspondance signée le 06 octobre 2026 par le Secrétaire Général du Comité Central, relative au « sommier politique validé ». La note N°043/Rdpc/Cc/Sg/Cab, adressée au président de section, le sénateur Questeur Grégoire Mba Mba, indique « confirmer le sommier politique de la Section Rdpc Océan Sud II, validé par lettre n°173/L/Cc/Sg/Rdpc/Sg/Cab du 27 juin 2023 ». Selon ce texte, ledit sommier serait constitué de 13 sous-sections aux dénominations nouvelles : Kribi 2 Atlantic 1 à 4, Kribi 2 Centre 1 à 5 et Kribi 2 Continental 1 à 4. Or, cette correspondance suscite une vive curiosité et de sérieux doutes quant à son authenticité ou au motif de son existence. Car, 15 jours plus tôt, le même Jean Nkuete signait exactement le contraire.
En effet, le 22 septembre 2026, dans sa note N°163/L/Rdpc/Cc/Sg/Cab ayant pour objet « interdiction de nouveaux éclatements des Sous-sections dans la section Rdpc Océan Sud II », le secrétaire général écrivait au président de section : « Les Opérations de Renouvellement des Bureaux des Organes de Base de 2021 avaient déterminé le sommier politique de la Section Rdpc Océan Sud II. J’ai donc l’honneur de vous rappeler, conformément aux directives de la correspondance que je vous avais adressée le 19 août 2022, que la configuration des Sous-Sections, des Comités de Base et des Cellules, issue de ces opérations reste inchangée ». Dans les salons feutrés de Kribi et ailleurs, ces deux documents diamétralement opposés alimentent toutes les conversations. « En 14 jours, on est passé de « reste inchangée » et « interdiction de nouveaux éclatements » à la validation d’un découpage en 13 sous-sections baptisées Atlantic, Centre et Continental. « C’est un rétropédalage total. C’est un non-sens juridique », s’indigne un observateur averti de la scène politique locale.
De surcroît, le document du 6 octobre 2026, de l’avis d’un juriste, ne repose sur aucune base légale, car il ne respecte pas le canon du principe administratif. « Normalement, si l’on entend modifier ou abroger un sommier, il faut un article 2 qui dispose que le présent document vient abroger, modifier, compléter ou remplacer le précédent. Or rien de tel n’y est mentionné. Où est l’article 2 qui vient clarifier le lien entre 2021, 2023 et 2026 ? », s’interroge un militant sur les réseaux sociaux, où le sujet est devenu viral. Un autre internaute renchérit : « Le sommier politique de la Section Océan Sud II est issu des opérations de renouvellement des organes de base de 2021, organisées sur le plan national. Des élections ont été tenues dans chaque cellule, chaque comité de base, chaque sous-section, sous le contrôle des délégations du comité central. Les procès-verbaux ont été centralisés, validés à Yaoundé et entérinés par la lettre circulaire du président national, Paul Biya, qui fixe le sommier national. Une fois validé, ce sommier repose sur un socle unique. On ne peut le détacher. C’est pour cela que le Secrétaire général lui-même a dû à plusieurs reprises adresser des lettres d’application pour rappeler que le sommier de 2021 demeure la référence intangible », conclut-il.
Le jeu trouble de Jean Nkueté
Wamba Sop

Les récents événements prenant source à Yaoundé en direction de Kribi 2 peuvent se traduire comme une volonté délibérée du secrétariat général du comité central d’alimenter ou de maintenir la flamme qui consume la deuxième section balnéaire du Sud. Qui a intérêt à ce que la section Rdpc Océan Sud II, l’une des plus importantes du Sud, ne s’apaise jamais ? Car, depuis les opérations de renouvellement des organes de base de 2021 au Cameroun, Kribi 2 est quasiment le seul démembrement à connaître des soubresauts intempestifs. Pour mémoire, la circulaire du président national du Rdpc, Paul Biya, signée le 8 juillet 2021, lançait le processus de renouvellement des bureaux des organes de base du parti et de ses organisations spécialisées, afin de renouveler les équipes locales en service depuis janvier 2016. L’opération a été suivie d’une note d’application détaillée publiée par le Secrétaire Général le 22 juillet 2021. Le 11 octobre 2021, Patrice Melom, Président de la commission électorale de section à Kribi 2, après avoir publié les résultats des élections devant un parterre de militants mobilisés, a conjointement signé avec le chargé de mission Jean Bertrand Mbarga Etoundi le procès-verbal et le rapport de l’élection.
Lequel mentionne avec précision que le sommier politique de Kribi 2 est constitué de sept sous-sections : Kribi urbain 4, présidée par Mendouga Boniface ; Kribi urbain 5, Nkembe Charles ; Kribi urbain 6, Nzie François ; Kribi rural Nord 6, Piado Lucien Célestin ; Kribi urbain 7, Matea Faustin ; Kribi urbain 8, Miembouri Bokaly ; Kribi urbain 9, Mbiasalime Jean Claude. C’est en 2022 qu’une opération d’éclatement de ce sommier a été initiée par le Président de Section. C’est ici que commence le jeu trouble du comité central. Car, par correspondance datée du 19 août 2022, Jean Nkuete marque son refus de valider ces éclatements : «… Le sommier issu des opérations de 2021 reste inchangé », martèle-t-il. Le 27 juin 2023, contre toute attente, il marque son accord et valide le nouveau sommier que lui présente de nouveau le patron de la section, alors qu’il avait opposé son refus un an plus tôt. Le 22 septembre 2026, il opère une volte-face et interdit ce qu’il a validé en juin 2023, précisant que la configuration issue de 2021 reste inchangée. Et paradoxalement, 15 jours plus tard, le 6 octobre 2026, il matérialise son accord par une nouvelle lettre.
Au regard de ce qui précède, trois hypothèses prospèrent : soit le secrétaire général du comité central est manipulé par des tiers, soit le dernier document est un faux et il lui appartient de produire un démenti rapide pour rétablir l’ordre, soit il en est pleinement conscient et s’attelle à installer la confusion afin que la section demeure captive des factions qui bataillent pour le leadership. Au demeurant, Kribi n’en a nul besoin. La Section se doit de fonctionner dans le calme, la stabilité et la discipline prônée par Paul Biya, en cette veille d’importantes échéances électorales locales. On ne saurait détacher le sommier de 2021 parce que c’est celui qui a été savamment consolidé et dont rapport a été fait au Président National. Kribi a besoin de militants qui contribuent à soutenir la dynamique en cours, et non pas de papiers qui divisent.



