Taxis : Yaoundé roule au ralenti 

L’opération d’identification numérique des taxis lancée par le maire de la ville paralyse les déplacements des usagers à Yaoundé, où les taxis se font rares.

Rebara Habra

 Le taxi est rare comme le gaz

Le ciel est clément ce jeudi 8 octobre 2026, au lieudit carrefour Emia, à Yaoundé. Il est un peu plus de 13h. À l’arrêt taxi, Audrey scrute la route, téléphone en main. À chaque taxi jaune qui apparaît au loin, elle avance de quelques pas, espérant enfin trouver une place. Mais les véhicules passent sans s’arrêter, ou sont déjà pleins.

La patience dure. Cela fait plus de deux heures qu’elle attend. « Je suis arrivée ici depuis longtemps. Je dois me rendre au centre-ville, mais je ne trouve pas de taxi », souffle-t-elle, visiblement lassée. Autour d’elle, plusieurs autres usagers connaissent la même situation. Impatients, certains tentent leur chance avec les motos-taxis. D’autres vont à pieds. Au carrefour Emia, Audrey n’est pas la seule à patienter. Des groupes de passagers se forment au bord de la chaussée. À chaque arrivée d’un taxi, plusieurs personnes se précipitent. Le véhicule repart aussitôt, laissant derrière lui ceux qui n’ont pas réussi à monter. 

Depuis quelques jours, le déplacement dans plusieurs artères de la capitale politique relève presque du parcours du combattant. Les taxis, habituellement nombreux sur les principaux axes, se font rares. Dans les carrefours et aux abords des marchés, des passagers attendent plus longtemps que d’ordinaire avant de trouver un véhicule.

À l’origine de cette situation, l’opération d’identification numérique des taxis lancée par le maire de la ville. L’initiative vise notamment à permettre une meilleure identification des véhicules et de leurs conducteurs. Mais chez certains taximen, l’opération suscite de l’inquiétude. Craignant d’être interpellés lors des contrôles, plusieurs chauffeurs ont choisi de ne pas prendre le volant.  « Je préfère ne pas travailler. Depuis deux jours que je me suis fait enregistrer jusqu’à aujourd’hui, je n’ai toujours pas reçu de message de la Communauté urbaine pour mon code QR. Et quand vous sortez sans ce code sur votre véhicule, on vous interpelle et ils mettent le véhicule en fourrière. Vous payez 30 000 Fcfa de frais de fourrière. Quand la voiture dort là-bas, c’est plus 5 000 Fcfa», explique Abouna. Il est furieux. La situation est particulièrement pénible pour ceux qui doivent respecter des horaires précis. Travailleurs, élèves, étudiants et commerçants sont contraints de revoir leurs habitudes. Certains se tournent vers les motos-taxis. 

Pour les chauffeurs qui ont décidé de continuer à travailler, la journée est également particulière. Ils doivent composer avec la crainte des contrôles et l’incertitude autour de l’application de l’opération d’identification. En attendant une clarification ou un apaisement de la situation, les usagers restent les premiers à subir les conséquences de cette situation.