Ils sont nombreux à prester dans ces lieux de loisirs pour se garantir une belle année académique.
Davila Nkolo (Stagiaire)

Plusieurs étudiants conjuguent beaucoup d’efforts pour financer leur scolarité. À Yaoundé, ils sont nombreux qui prestent dans les cabarets. Vanina, 22 ans, étudiante en Lettres modernes à l’Université de Yaoundé I, niveau 3 a choisi de chanter dans les cabarets pour se faire de l’argent. À moins d’un mois de la rentrée universitaire, elle doit encore réunir 67 000 Fcfa pour régler quelques factures. Il est 22h32, le 8 septembre dernier, au cabaret Le Sao, à Essos. Lorsque « Vanina Love » est annoncée, la jeune femme monte sur scène. Robe noire sobre, sans paillettes. Elle enchaîne son répertoire intéressant devant une salle pleine. Pendant près de deux heures, elle alterne les morceaux et les passages entre les tables. Un petit panier à la main, elle sollicite quelques billets des clients qui n’hésitent pas à l’encourager.
Peu après minuit, Vanina compte ses gains : 8 000 Fcfa de cachet et 3 500 Fcfa de pourboires. Soit 11 500 Fcfa pour la soirée. « Une bonne soirée, c’est quand je touche 15 000 Fcfa. Mais le lundi, c’est généralement plus timide », explique-t-elle. Pour cette étudiante, chaque soirée de travail représente donc une partie de la somme nécessaire pour retourner sur les bancs de l’université. L’objectif est d’atteindre 90 000 Fcfa avant la rentrée prévue le 05 octobre prochain.
Au 9 septembre, son épargne s’élève à 23 000 Fcfa. Son calcul est simple : gagner environ 10 000 Fcfa par soirée lui permettrait de réunir les 67 000 Fcfa manquants en quelques jours de travail. Pour y parvenir, elle prévoit de chanter trois fois par semaine. Mais cette activité n’est pas sans risque. Vanina montre notamment une ordonnance datant du 15 juillet, faisant état d’une laryngite aiguë. Les médicaments lui avaient coûté 12 500 Fcfa.
Vanina n’est pas un cas isolé. Dans certains cabarets de la capitale, des étudiantes travaillent régulièrement comme chanteuses afin de compléter leurs revenus. Un responsable de cabaret rencontré à Essos indique que le cachet habituel des jeunes chanteuses varie entre 8 000 et 10 000 Fcfa par prestation. « Les étudiantes comme Vanina, c’est souvent entre 8 000 et 10 000 Fcfa le cachet. Elles viennent quand elles peuvent. Si l’une ne vient pas, j’en appelle une autre », explique-t-il. Océane, étudiante en deuxième année Géographie, âgée de 20 ans, qui exerce elle aussi dans les cabarets, témoigne : « On est au moins quatre dans mon niveau à chanter. On se change parfois dans les toilettes du cabaret. Après, on révise dans le taxi. C’est notre petit boulot ». « Quand j’aurai payé mes 90 000 Fcfa le 5 octobre, je vais pleurer. Mais je vais continuer à chanter. Parce qu’après les droits, il y a le loyer. Et après, il y a le Master », lâche-t-elle avant de quitter les lieux. À 22 ans, Vanina ne chante donc pas seulement pour le plaisir. Derrière les lumières et la musique des cabarets se dessine ainsi une autre réalité : celle des étudiants qui travaillent la nuit pour pouvoir continuer leurs études le jour.



