Après la demande du Mincom de rétablir Vision 4, le Cnc somme à son tour Canal+ de couper le signal, révélant un bras de fer inédit entre les deux institutions.
Rebara Habra

Le signal est revenu. Il pourrait repartir. Entre le ministère de la Communication et le Conseil national de la communication (Cnc), le dossier Vision 4 prend désormais les allures d’un bras de fer institutionnel. Au centre de la dispute : le bouquet de Canal+ et, derrière lui, l’application d’une sanction prononcée contre la chaîne de télévision du groupe L’Anecdote.
Tout commence le 29 septembre 2026. Réuni à l’occasion de sa 48e session extraordinaire, le Cnc décide de suspendre Vision 4 pour une durée d’un mois. La sanction intervient dans le contexte de la couverture par la chaîne du procès de l’affaire Martinez Zogo. Le régulateur sanctionne également plusieurs responsables et journalistes du groupe L’Anecdote.
Canal+ retire alors le signal de Vision 4 de son bouquet. Mais le 2 octobre, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, intervient. Dans une correspondance adressée à Canal+ Cameroun, il demande le rétablissement « sans délai » de la chaîne. Le ministère justifie notamment sa démarche par la nécessité de préserver l’équilibre de l’espace médiatique, les emplois et l’activité économique liés au groupe. Le signal est effectivement réactivé quelques jours plus tard.
La réapparition de Vision 4 sur Canal+ ne passe pas inaperçue au Cnc. Dans une lettre datée du 6 octobre 2026, Joseph Chebonkeng Kalabubsu, président du Conseil, s’adresse cette fois au directeur des Affaires publiques Afrique francophone de Canal+ International, à Paris.
Bras de fer
Le ton est ferme. Le Cnc dit avoir découvert « à travers les réseaux sociaux » la réactivation du signal de Vision 4 et considère cette reprise comme contraire à la décision formelle prise à l’encontre de la chaîne.
Le régulateur demande donc « à nouveau, sans délai », le retrait du signal de Vision 4 du bouquet de Canal+. Et prévient Canal+ : à défaut d’exécution, le Conseil se réserve le droit de prendre acte de ce qu’il qualifie de « défiance » et d’engager les mesures réglementaires relevant de sa compétence.
Dans sa correspondance, le président du Cnc prend soin de rappeler la nature de son institution. Il affirme que le Conseil est une « Autorité administrative indépendante de régulation des médias » et qu’il n’est « nullement placé sous la tutelle du ministère de la Communication ». Pour appuyer son argument, Joseph Chebonkeng Kalabubsu établit un parallèle avec l’Arcom ( Autorité chargée de la régulation du secteur audiovisuel ) en France.
Cette mise au point intervient alors que le ministère de la Communication se présente, dans son communiqué officiel, comme le ministère de tutelle et comme le garant de « l’ordre public médiatique et du respect des institutions républicaines ».
Le bras de fer institutionnel intervient par ailleurs alors que le contentieux autour des sanctions du Cnc connaît déjà un développement judiciaire. Le 1er octobre, le Tribunal administratif du Centre a accordé un sursis à exécution concernant certaines sanctions prises antérieurement par le régulateur contre des responsables de Vision 4. Pour l’heure, la question immédiate reste celle du signal. Canal+ se retrouve au milieu d’un face-à-face où deux autorités publiques lui demandent successivement l’inverse.



