Réunies lundi 2 novembre 2026 à Yaoundé, les organisations de défense des droits des femmes ont dénoncé la mutilation de l’avant-projet de loi validé à Ebolowa, passé de 79 à 19 articles avant son arrivée à la primature, et exigé son rétablissement intégral.
Désiré Domo
56 en 2023, 69 en 2024, 74 en 2025, et déjà près de 70 femmes tuées en 2026. Voilà les chiffres recensés lors de la rencontre du 2 novembre 2026 à Yaoundé entre les organisations de lutte contre les violences faites aux femmes, de défense des droits des femmes et des enfants, et la presse. Il s’agit des meurtres ciblés répertoriés sous la qualification de féminicide. Pour les associations, la courbe ne baisse pas. Elle s’élève, au contraire. Et la justice ne suit plus.
Pour la coalition, ces nombres ne sont pas de simples statistiques. Ce sont « des crimes intentionnels dirigés contre les femmes parce qu’elles sont des femmes », martèle la présidente Élise Pierrette Mpoung Meno. Il faut donc, selon elle, un « arsenal répressif et préventif qui soit à la fois pertinent et proportionné à la hauteur du phénomène ».
C’est pour répondre à cette urgence qu’un avant-projet de loi a été préparé il y a plus d’une décennie, d’abord par l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes et l’Association camerounaise des femmes juristes. À l’époque, le gouvernement n’avait pas adhéré au projet.
En 2023, les choses ont changé. La ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Pr Marie Thérèse Abena Ondoa, lance officiellement le processus. Des ateliers se tiennent à Kribi en novembre 2023, puis à Mbankomo en février 2024. Le travail s’achève à Ebolowa, du 3 au 5 février 2026. Primature, barreau, ministères et société civile valident alors le document à l’unanimité.
Mais ce texte validé n’est pas celui qui parvient à la primature. « Ce n’est pas le texte consensuel qui a été transmis aux services du Premier ministre », regrettent les porte-parole des associations. Le document passe de 79 à 19 articles, soit une perte de 60 articles. Les associations parlent d’un « acte de sabotage juridique majeur commis dans les couloirs de l’administration centrale » et d’un « tripatouillage technique » qui a « vidé la loi de sa substance opératoire ».
En perdant ces articles, le texte perd, selon elles, « les mécanismes clés de protection des victimes et les sanctions spécifiques adaptées à la gravité des violences de genre ». Face à ce draft altéré, la société civile s’est mobilisée pour formuler des observations d’urgence. Elle exige le retour immédiat au texte d’Ebolowa, pour éviter la validation d’une loi « cosmétique » à l’égard des femmes.


