Entre la capitale régionale du Sud et la localité d’Ambam, il faut affronter de profonds nids-de-poule sur 10 km.
Hermine Mekou, de retour de Meyo centre

Sorti de Meyo centre vendredi 23 octobre 2026 vers 8h, l’usager de la route s’inquiète déjà la longue file de véhicules perceptible. Entre des camions chargés de vivres, des moto-taxis et autres voitures de transport, il se dessine déjà les signaux d’un parcours du combattant. Tout ce beau monde ou presque est à l’arrêt. En cause, le mauvais état de la route. Un champ de piège, entend-on à côté. Par conséquent, il faut attendre.
Long de seulement 10 kilomètres, le tronçon de route Ebolowa – Meyo centre est pourtant stratégique. Il relie le chef-lieu de la région du Sud à la route qui mène à Ma’an, Nyabizan et au barrage hydroélectrique de Memve’ele. C’est aussi une voie pour les agriculteurs du département de la Mvila dans la Vallée du Ntem. Reste que, aujourd’hui, le bitume qui y existait avant a disparu à certains endroits, laissant place à de nids-de-poule béants, remplis d’eau boueuse en cette saison pluvieuse. Il y en a qui atteignent 30 ou 40 cm de profondeur.
Au lieu-dit carrefour Meyo centre, la rencontre avec le prénommé Jean-Bernard, chauffeur de camion-benne qui fait la navette entre Ebolowa et Ma’an, renseigne sur les difficultés rencontrées. « C’est un calvaire. Avant, on faisait Ebolowa – Meyo centre en 20 minutes. Maintenant, il faut 45 minutes, voire une heure. J’ai changé deux pneus cette semaine seulement. Les amortisseurs, n’en parlons pas. On travaille à perte. Le peu qu’on gagne, on le laisse chez le mécanicien », regrette-t-il. Non loin, son voisin Simon, conducteur de taxi-brousse, rumine la même colère: « Les clients ne veulent plus monter. Ils ont peur. Quand il pleut, on ne sait même plus où est la route, où est le trou. On a déjà eu des voitures qui ont fait des tonneaux ici. Le soir, c’est encore plus dangereux. Il n’y a pas de signalisation ». Pour les moto-taxis, le danger est quotidien. « On doit slalomer, et parfois on tombe avec les clients », confie un jeune conducteur de moto.
Pour les populations qui vivent le long de la route, le calvaire est double. « Pour aller vendre mon manioc à Ebolowa, le transport est passé de 1000 à 1500 Fcfa Les chauffeurs disent que c’est à cause du mauvais état de la route. Nos produits pourrissent au village, parce que les voitures ne veulent plus venir nous transporter». Les élèves qui vont au Lycée d’Ebolowa, eux, arrivent en retard, car il faut rouler doucement. Les malades qui doivent être évacués perdent un temps précieux dans les trous. « Quand une femme doit accoucher, on a peur. L’ambulance met trop de temps », témoigne un chef de quartier.
Si les usagers apprécient le projet de construction de la grande route Ebolowa – Akom II – Kribi annoncé par le ministère des Travaux publics (Mintp), ils plaident pour que ce petit tronçon, plus dégradé, soit traité en urgence. « On ne veut plus du bricolage avec de la terre qu’on met dans les trous. Après deux pluies, ça s’ouvre encore plus grand. Si le même travail qui s’effectue déjà sur la route d’Akom 2 peut également nous rejoindre ici, ce sera pour nous un soulagement. Il faut refaire ce tronçon », martèle un riverain.
En attendant, chaque jour, Ebolowa – Meyo centre continue de martyriser les véhicules et d’éprouver la patience de toute une région.



