Touboro : 750 militants du Rdpc passent à l’Undp

Le parti de Bello Bouba Maigari est décidé à faire basculer ce bastion du parti au pouvoir dans son escarcelle, à l’issue des législatives et municipales de début 2027.

Jean De Dieu Bidias

Mercato payant pour l’Undp.

La moisson est abondante pour l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) à Touboro, dans le département du Mayo-Rey, région du Nord. La section locale que dirige Célestin Yandal a accueilli dans ses rangs, le 19 septembre 2026, 749 désormais ex-militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Tous sont issus de la localité de Mayo-Laddé, un village situé à environ 18 km de Touboro, qui compte plus de 6 000 âmes et dispose de deux bureaux de vote d’environ 500 électeurs chacun. Ce ralliement collectif n’est pas anodin. Mayo-Laddé, rappelle Célestin Yandal, qui est par ailleurs maire de Touboro, était encore considéré comme un bastion indiscutable du Rdpc depuis plusieurs décennies. Mais lors de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, le village avait voté à plus de 90% pour Issa Tchiroma Bakary, l’ancien ministre de Paul Biya arrivé deuxième à ce scrutin avec un score de plus de 33%. « Ce choix leur a valu des menaces de la part de leurs camarades restés fidèles au Rdpc », apprend-on. Effet boomerang : cette démarche maladroite a plutôt radicalisé ces dizaines d’ex-camarades qui ne veulent désormais plus entendre parler du parti du Rdpc.

Dans une correspondance adressée au président de section Rdpc de Touboro, correspondance lue lors d’un meeting de l’Undp samedi dernier, ces militants expliquent les mobiles de cette démission collective. Après avoir fait preuve d’une rare loyauté vis-à-vis du parti au pouvoir, ils disent n’avoir rien reçu en retour. « Depuis la nuit des temps, nous (…) avons milité corps et âme dans votre parti politique, le Rdpc, espérant avoir un changement meilleur. Mais, malheureusement, nous sommes toujours déçus de constater : promesses non réalisées ; manque des points d’eau ; détournement massif de nos biens (plaque solaire, centre de santé etc.,), répressions faites par le Rdpc sur la population », a déroulé Denis Ateswé, porte-parole du groupe démissionnaire. Deux jours avant le meeting en marge duquel ils ont publiquement fait allégeance à l’Undp, la section locale du Rdpc avait pourtant essayé de les ramener dans les rangs. Sans succès. Sous une pluie battante, les désormais anciens militants du parti au pouvoir ont confirmé leur choix. « Nous ne pouvons pas avoir voté contre le Rdpc à la présidentielle et faire machine arrière en votant pour lui aux élections locales », clament-ils. Le mercato politique, à Touboro, semble donc avoir déjà commencé avant même le coup d’envoi officiel des prochaines échéances électorales.

Président du Sénat

Le département du Mayo-Rey, territorialement le plus vaste du Cameroun avec 36 529 km2, compte quatre communes. Celle de Touboro est contrôlée depuis 2013 par l’Undp. Rey Bouba, le chef-lieu du département, qui abrite par ailleurs le très célèbre sultanat éponyme dont le souverain actuel n’est autre que l’actuel président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, est contrôlée par le Rdpc, de même que celles de Tcholliré et Madingrin. Avec ce renfort de près de 750 militants, l’Undp entend transformer l’essai. Chauffé à blanc, le parti de Bello Bouba Maigari va aux prochaines élections avec l’ambition non seulement de garder Touboro dans son escarcelle, mais aussi de rafler deux des trois municipalités encore sous contrôle Rdpc et de remporter des sièges à l’Assemblée nationale (le Mayo-Rey en compte trois).  « Les gens sont fatigués du Rdpc. Tel que nous travaillons avec les mécontentements qui se font ressentir partout, nous allons prendre les communes de Madingrin et Tcholliré et remporter les législatives », promet Célestin Yandal.

Le ralliement de Mayo-Laddé vient donner à l’Undp un argument de campagne supplémentaire à quelques mois des élections municipales et législatives annoncées pour début 2027. De bastion imprenable du Rdpc hier, le village entend s’afficher comme un bastion confirmé de l’Undp. « Mayo-Laddé, un village, un peuple, un choix : Undp », proclament déjà les nouveaux militants.