Un jeune chercheur camerounais, spécialisé dans la gouvernance minière, fait l’objet de menaces suite à ses investigations sur certains sites.
Par Josiane Afom
Merlin Ottou, jeune chercheur camerounais de l’Université de Liège, en Belgique, est inquiet pour sa sécurité et son intégrité physique. Spécialisé dans la gouvernance du secteur minier, ses publications mettent en lumière les actes de violence dont les populations des localités minières, expropriées de leurs terres, sont victimes de la part des entreprises minières bénéficiant de la protection de personnalités influentes au sein de l’État.
Ses travaux révèlent également les pratiques de corruption qu’entretiennent les sociétés minières avec divers responsables de l’administration.
Selon nos investigations, Merlin Ottou subit depuis lors des intimidations et des menaces de la part de personnes inconnues exigeant qu’il mette un terme à ses travaux de recherche. Ces personnes n’ont visiblement aucun intérêt à ce que l’envers du décor des sites miniers soit découvert. Ces menaces n’ont pas commencé aujourd’hui. Lors de ses séjours de recherche au Cameroun, il a fait l’objet de plusieurs arrestations effectuées par les militaires qui assurent la sécurité dans les sites miniers de certaines entreprises extractives.
Ce fut le cas à Bétaré-Oya en novembre 2021. L’interdiction de poursuivre ses enquêtes sur les tensions entre les populations revendiquant leurs terres et une entreprise minière appartenant à une personnalité politique lui a été signifiée. Il a finalement été arrêté et dépossédé de son matériel qui a été détruit.
Selon nos sources, le jeune chercheur camerounais a aussi été interpellé, en 2022, et auditionné par un responsable de la sécurité à la suite des enquêtes menées au niveau des aéroports de Yaoundé et douala. Il aurait recueilli des informations sur les trafics d’or et de drogue, impliquant diverses personnes influentes au sein de l’appareil étatique, en complicité avec une compagnie aérienne internationale.
En raison de ses publications, les pressions se sont intensifiées. Merlin Ottou reçoit des appels anonymes de personnes qui se présentent comme des proches des autorités de l’État, des hommes politiques et des responsables de la sécurité. Celles-ci lui donnent des informations très précises sur son identité et sur certains membres de sa famille. Outre des appels d’inconnus, le jeune universitaire déclare avoir subi des menaces à travers des messages audio, de la part de personnes inconnus affirmant le trouver grâce à leurs « réseaux » en Europe. Ces menaces et intimidations ont généré une grande angoisse chez Merlin qui s’inquiète pour sa sécurité et son intégrité physique, ainsi que pour sa famille au Cameroun.
Des données qui dérangent
Au Cameroun, le caractère sensible et l’opacité autour de la question de l’exploitation minière et du commerce de l’or sont une réalité connue. Dans ses recherches, Merlin Ottou met en lumière les pratiques illégales liées au blanchiment de l’argent dans le secteur minier, la falsification des chiffres des volumes d’or déclarés par certaines sociétés minières en complicité avec les personnes qui les protègent au sein de l’État. La publication de telles informations contribue à la dénonciation du déficit de transparence dans le secteur minier, ce qui est vraisemblablement perçu par certains comme une volonté de ternir l’image du régime de Yaoundé…



