Soupçonné d’être au cœur de l’affaire présumée de séquestration et de trafic d’enfants, la résidence de l’homme de « dieu », recherché, a été détruite par des populations en colère.
Rebara Habra

La chapelle de l’église de réveil « Mercy of God Ministries », au quartier Ngousso, ne ressemble plus qu’à un amas de débris. Des pans de murs se sont effondrés, laissant des pièces ouvertes sur l’extérieur. À même le sol, des morceaux de bois et des briques jonchent la cour du temple démoli. Quelques vêtements et effets personnels des anciens occupants traînent encore parmi les gravats.
Au-dessus de ce sanctuaire se trouve la résidence du pasteur nigérian, le maître-prophète E. K. Samuel, cité depuis plusieurs jours dans l’affaire présumée de séquestration d’enfants qui fait parler dans la capitale politique. Le bâtiment, de type R+1, qui servait de demeure à l’homme de « dieu », a été détruit par des populations riveraines.
Le mardi 8 septembre 2026, une foule de jeunes rôdait encore autour de la bâtisse. Les traces de la colère sont visibles sur les lieux. Des curieux s’approchent de la propriété et observent ce qu’il reste de la résidence. Toutes les portes ont été arrachées. Les fenêtres brisées. Aussi. Plus loin, un pan de clôture gît au sol.
Dans ce décor, une question revient : où est passé le pasteur ? Marceline, enseignante, affirme avoir aperçu le prophète dimanche dernier. « Il était dans sa voiture blanche, avec un cache-nez. Je le connais très bien. J’habitais dans la maison où il séquestrait les enfants. Quand j’ai commencé à dénoncer ses forfaits, il a acheté la maison qui appartenait à une femme qui vit à Bafoussam. Et j’ai été chassée par un huissier », raconte-t-elle.
Selon l’enseignante, un certain Wanzi occupait auparavant la résidence. « C’était le représentant de ce pasteur au Cameroun. Quand il est décédé, le pasteur a aménagé dans cette maison et acheté tout l’espace autour. On ne dormait pas la nuit. Quand il allait aux toilettes, des jeunes garçons le suivaient à tour de rôle. Il avait toujours une petite boîte en main contenant un produit qu’il versait partout dans la maison », affirme-t-elle.
Marceline poursuit son récit et porte de nouvelles accusations contre le pasteur. « Le pasteur-là tuait les gens là-bas. Il mettait chaque soir une musique bizarre qui faisait beaucoup de bruit. Tous les enfants qui étaient dans cette maison avaient l’air perdus, anormaux », témoigne-t-elle. L’enseignante évoque également un différend judiciaire qui aurait opposé le pasteur à certains riverains. « Il y a quelques années, nous étions en justice parce qu’il a tenté de kidnapper deux de nos élèves. Il avait menacé de me tuer après cette affaire. Il m’avait présenté une grosse blessure au pied, en indiquant que c’était Dieu qui lui avait infligé cette blessure », rapporte-t-elle.
Ces déclarations, qui mettent en cause le religieux, restent à établir par les investigations des autorités compétentes. Dans le quartier, les regards se tournent désormais vers une autre adresse. Selon plusieurs indiscrétions, le pasteur aurait une seconde chapelle au quartier Manguier. Une information qui reste, elle aussi, à vérifier.



