Robert Bapooh Lipot : Nous allons aux législatives et municipales

Le secrétaire général de l’Upc annonce que le parti ira aux prochaines élections législatives et municipales. Pour lui, les morceaux du crabe sont plus que jamais collés.

Par Jean De Dieu Bidias

Que représente l’Upc aujourd’hui dans l’Upc politique du Cameroun ?

Il nous arrive parfois d’oublier que l’absolu, c’est le Cameroun. Il nous arrive parfois de croire que nos destins personnels sont au-dessus du Cameroun. Le moment est venu pour nous de prendre en considération la nécessité de concevoir le Cameroun comme un jardin où chacun doit positivement apporter sa contribution à la construction de son avenir. N’oublions jamais que ce pays, nous l’avons reçu en héritage comme un legs, et que le sang a été versé pour que ce pays soit libre et indépendant. Il est donc de notre responsabilité de tout faire pour que la paix règne dans notre pays.

Sous quel signe placez-vous le 68ᵉ anniversaire de l’assassinat de Ruben Um Nyobè ?

L’Union des populations du Cameroun, en commémorant le 68ᵉ anniversaire de Ruben Um Nyobè cette année, a décidé de rendre hommage également à un homme : le président Paul Biya. Cela peut ressembler à un effet d’annonce lorsqu’on n’est pas très porté à vaincre ce qui caractérise – ou semble caractériser – certaines attitudes dans le milieu politique, particulièrement au sein de la classe politique camerounaise : c’est-à-dire la non-reconnaissance des faits et le manque de volonté de rendre un vibrant hommage aux grands acteurs contemporains de notre scène politique. Voilà pourquoi, dans le cadre de cette célébration, nous avons tenu à rendre un hommage appuyé au président Paul Biya. Pourquoi le faisons-nous ? Nous nous sommes référés aux actes posés par le président Paul Biya dans le cadre de sa gouvernance depuis son accession à la magistrature suprême. Des actes allant dans le sens de perpétuer, au niveau de la conscience collective, l’action menée par Ruben Um Nyobè. Des actes majeurs qui honorent également l’action de l’Upc dans le cadre de la lutte pour l’indépendance et la réunification du Cameroun. Nous nous sommes souvenus que, dès son accession à la magistrature suprême et lors de ses premiers discours, le président Paul Biya s’est adressé aux exilés politiques en leur demandant de regagner la mère patrie. Il savait très bien qu’au moins 80 % des membres de la classe des exilés politiques appartenaient à l’Upc – qu’ils soient militants ou sympathisants. Il n’a pas manqué de leur adresser cette invitation, et plusieurs ont regagné le Cameroun. C’est dans ce cadre qu’il y a eu le grand retour des maquisards et des grandes figures de l’Upc exilées, tels que Mayi Matip, Suzanne Kala Lobé, Henri Hogbe Nlend, Woungly Massaga, etc.

Neuf ans après son accession à la magistrature suprême, le président Paul Biya a envoyé une proposition de loi à l’Assemblée nationale qui réhabilitait les grandes figures de notre lutte : Ruben Um Nyobè, Ernest Ouandié, Félix Moumié, Abel Kingué, Osendé Afana, Woungié Ernest, pour faire d’eux les héros de notre   Nation. Voilà la consécration de l’œuvre d’un homme qui a tenu à inscrire dans la perspective de la vision du Cameroun portée par Um Nyobè son propre combat et sa propre gouvernance. Et il ne s’est pas arrêté là. Il a eu le courage d’interpeller la France dans un contexte où beaucoup n’auraient jamais eu ce courage : amener la France à assumer ses responsabilités concernant les crimes et massacres perpétrés par son armée dans le cadre de la lutte pour l’indépendance menée par les citoyens camerounais. Vous avez pu observer que chaque fois qu’un chef d’État français sortait d’audience avec le président Paul Biya, cette question était toujours mise en évidence. Le président Paul Biya posait sur la table la nécessité pour la France d’assumer ses responsabilités vis-à-vis des crimes commis au Cameroun lors de cette triste période coloniale. Il a tenu ferme pour amener les autorités françaises, malgré leurs réticences, à reconnaître leurs actes.

Cela a donné lieu aux déclarations de certains chefs d’État français : en juillet 2015, François Hollande a reconnu que l’armée française avait perpétré des crimes et massacres dans notre pays, notamment l’assassinat de Ruben Um Nyobè. Plus récemment, le Président Emmanuel Macron a franchi le pas de la mise en place d’une commission mixte pluridisciplinaire d’historiens et d’acteurs de la société civile, qui a conduit à la production d’un rapport présenté en janvier 2025 au chef de l’État français et au président Paul Biya. Pour nous, il s’agit ici d’un témoignage et d’une expression de gratitude envers le Président Paul Biya : lui rendre hommage pour cet engagement qu’il a porté avec courage et témérité afin que la justice soit faite et que la grandeur des vaillants fils du Cameroun soit reconnue.

Pensez-vous que ces actions du président Paul Biya soient liées au fait qu’il ait lui-même, dans sa jeunesse, milité ou été très proche des milieux upécistes en France ?

Nous l’avons toujours dit : il y a du Um Nyobè ans l’action politique du président Paul Biya, et ce n’est pas un fait du hasard. Le président Paul Biya a grandi dans un contexte où le mouvement nationaliste avait des racines majeures. On l’oublie souvent, mais les premiers fondateurs de l’Upc venaient en grande partie de la région du Sud. On ne peut pas oublier le rôle de figures comme Charles Assalé, Bouli Léonard, Ngom Nbibé, Manga Mado, ou Nyobé Nkou, qui ont porté la création de l’Upc au plus profond d’eux-mêmes. Historiquement, il existait des liens majeurs entre l’Église presbytérienne américaine et le mouvement indépendantiste upéciste. Le chef de l’État a grandi dans cet espace et a eu des liens très forts avec l’UPC, ce qui a impacté sa gouvernance. Le « Renouveau » apparaît ainsi comme la réincarnation et la mise en pratique du patrimoine de l’Upc, ajusté avec la finesse d’un homme d’État qui sait prendre en compte les réalités du contexte tout en maintenant les idéaux des pères fondateurs.

Au-delà de cet hommage au président de la République, quel est le contenu exact du programme de la Semaine des martyrs ? Où les événements sont-ils organisés ?

La semaine des martyrs s’appuie sur la loi de réhabilitation promulguée le 27 juin 1991, qui donne l’opportunité à l’Upc et à tous les citoyens de célébrer l’œuvre de ces grands hommes. Au programme : visites de sites historiques : Pèlerinages sur les lieux des grands assassinats ; recueillement sur les monuments : Sous notre direction, nous avons réhabilité et érigé des monuments à la mémoire de nos martyrs. A Libé Ligoyé, lieu où Um Nyobè a été assassiné. A Ngambé, où se trouvent des fosses communes abritant plus de 350 militants assassinés. À Ekéité, où repose une fosse commune de plus de 400 militants upécistes. Les militants, sympathisants et l’ensemble de la population camerounaise sont conviés sur ces lieux de mémoire pour y déposer des fleurs et célébrer leurs martyrs à leur juste valeur.

Cette célébration intervient à quelques mois des prochaines échéances électorales (législatives et municipales). Quel est le projet de l’Upc dans cette perspective ?

LUpc a le devoir de faire son grand retour au sein des institutions de la République, notamment à l’Assemblée nationale et à la tête de plusieurs municipalités. Grâce à l’alliance Upc-Rdpc, nous avons saisi le chef de l’État pour que l’Upc siège au Sénat. En respect du combat de notre parti, le chef de l’État a répondu favorablement : l’Upc siège aujourd’hui au Sénat et est représentée au bureau à travers un camarade, le sénateur Leké Bessongoh Akemfack Philippe, qui occupe le poste de secrétaire du bureau. J’interpelle donc tous les upécistes, tous les sympathisants, en leur disant que le moment est venu de faire taire nos égos. Le combat des pères fondateurs transcende nos querelles intestines. Les divergences sont normales dans un parti, mais la discipline exige le rassemblement.

Les portes de la « maison mère » sont grandement ouvertes. Je l’affirme ici : nous ne ferons jamais de chasse aux sorcières. Nous accueillons tous ceux qui souhaitent nous rejoindre pour assurer une participation victorieuse de l’Upc aux prochaines élections municipales et législatives. L’heure est au pardon et au dialogue.

Libé Ligoyé est un lieu historique d’une importance capitale dans la mémoire nationale du Cameroun.

Situé dans le département de la Sanaga-Maritime (région du Littoral), au cœur de la forêt équatoriale près de Boumnyébel, Libé Ligoyé est le lieu exact où Ruben Um Nyobè (surnommé le Mpodol) a été assassiné le 13 septembre 1958 par des soldats de l’armée coloniale française. Après l’interdiction de l’Union des populations du Cameroun par les autorités coloniales en 1955, Ruben Um Nyobè refuse de s’exiler. Il choisit de s’enfoncer dans le maquis de la Sanaga-Maritime pour poursuivre clandestinement la lutte pour la souveraineté et la réunification du Cameroun. Libé Ligoyé était l’un de ses ultimes refuges dans la forêt, où il se cachait avec quelques rares fidèles compagnons de maquis. Sur indication et repérage d’éléments de la patrouille coloniale, un commando surprend le campement. Alors qu’il marchait sans arme, portant à la main un sac de documents personnels et son agenda, Ruben Um Nyobè est abattu dans le dos. Son corps a ensuite été traîné hors de la forêt de Libé Ligoyé jusqu’au carrefour de Boumnyébel pour y être exposé publiquement avant d’être inhumé dans du béton à Éséka. Aujourd’hui, Libé Ligoyé est un site mémoriel et un site de pèlerinage patriotique. Chaque année (notamment lors des commémorations du 13 septembre), des militants, historiens et citoyens s’y rendent pour se recueillir, honorer la mémoire des figures de l’indépendance et saluer le sacrifice suprême du Mpodol.