Gecam : 65% d’entreprises sous groupe électrogène

Outre les mauvais investissements dans le secteur énergétique, le patronat a déploré l’impact des routes, de la fiscalité, de la non-gouvernance, au cours de sa rentrée économique.

Blaise Djouokep

 Le gouvernement interpellé !

Les chiffres avancés par le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) au cours de sa rentrée économique sur la situation que traversent les entreprises installées au Cameroun sont alarmants. « Selon les enquêtes d’entreprises de la Banque mondiale, 65% d’entreprises camerounaises s’appuient sur un groupe électrogène pour maintenir leurs activités (…). Générer sa propre énergie coûte entre deux et sept fois plus cher que l’énergie fournie par Socadel », regrette Célestin Tawamba, président du Gecam au cours de sa prise de parole. Une situation qui crée des manques-à-gagner, favorisés par une mauvaise gouvernance globale.

Concernant la gouvernance, Célestin Tawamba relève qu’ « à fin mars 2026, les dépenses d’investissement de l’État s’établissaient à 45 milliards Fcfa, contre 175,5 milliards un an plus tôt. Une chute de 74,4%, qui ramène le taux d’exécution des crédits d’investissement à 2,2%, au terme d’un trimestre entier. Comment comprendre que le fruit de certains de nos emprunts dorme dans les caisses de la Caisse autonome d’amortissement (Caa), alors même que tout est à construire ? », s’interroge-t-il, non sans appeler le gouvernement à prendre des décisions permettant d’appliquer les politiques publiques.

La situation des crédits bancaires n’est pas plus reluisante. Le patronat s’est également dit préoccupé par le financement de l’économie nationale, regrettant que l’accès au financement demeure, pour les entreprises et plus encore pour les Pme, l’un des principaux freins à l’investissement et à l’emploi. Illustration : « Au premier trimestre 2026, les banques camerounaises ont distribué 1 337 milliards Fcfa de crédits nouveaux, contre 1 887 milliards un an plus tôt : près de 550 milliards de moins en douze mois. Et pourtant, le nombre de dossiers a augmenté. Plus de demandes, beaucoup moins d’argent », constate Célestin Tawamba, qui ajoute que dans le même temps, le taux débiteur moyen est passé de 8,26% à 9,03%, alors que le crédit se rétrécit et se renchérit.

Le budget n’est pas en reste. Les recettes internes non pétrolières doivent passer de 13,2% à 13,9% du produit intérieur brut (Bip) sous l’effet des seules mesures nouvelles. Ce qui aura pour conséquence, pour le Gecam, « davantage de fiscalité sur les entreprises formelles et d’endettement non concessionnel ».

Fiscalité

Les conséquences sur les entreprises sont immédiates : investissements reportés faute de visibilité, projets suspendus dans l’attente d’une décision qui ne vient pas, confiance qui s’érode et qui coûtera plus chère à reconstruire qu’elle n’aurait coûté à préserver. « Le coût de la non-décision dépasse aujourd’hui celui de l’action. Plus encore, pendant que l’investissement s’arrête, les recettes ne s’arrêtent jamais. L’objectif assi    gné à l’administration fiscale passe de 3 200 milliards Fcfa en 2025 à 3 600 milliards en 2026. Une progression de 12,5%, demandée à une économie qui croît de 3,5% », lâche-t-il. L’impact du mauvais état des infrastructures routières et ferroviaires sur le quotidien des Camerounais est préoccupant. « Les coûts de transport ont progressé de 11,5% en 2023 puis de 12,3% en 2024. Sur le corridor ferroviaire Douala-Ngaoundéré, les dysfonctionnements du réseau génèrent, pour les marchandises destinées au Nord Cameroun, au Tchad et à la République centrafricaine, un surcoût logistique estimé entre 15 et 20% », renseigne-t-il.

Pour le patronat, « la refonte du Code général des impôts n’est plus une réforme parmi d’autres. C’est la condition de toutes les autres ». Au-delà de la révision générale du Code général des impôts, les chefs d’entreprise souhaitent véritablement une pause fiscale. « Il faut l’entendre comme ne pas avoir de nouvelles mesures. Chaque fois qu’il y a une nouvelle mesure, l’entreprise est obligée de s’adapter. Et le coût de l’incertitude, c’est le manque d’investissement. Si je ne sais pas à quoi m’attendre dans la loi de finances, si chaque année je m’attends à une nouvelle modification, je n’investis pas », analyse le président du Gecam, qui appelle aussi au patriotisme économique afin de protéger les investisseurs camerounais face à la concurrence étrangère.