Admis au First School Leaving Certificate Examination (FSLC), lors de la session 2026, ces élèves du sous-système anglophone n’ont plus la possibilité de poursuivre leurs études secondaires faute d’établissements secondaires publics bilingues dans la localité.
Sébastian Chi Elvido
Le 10 septembre 2026, trois jours après la rentrée scolaire 2026-2027 au Cameroun, Idriss Adamou, jeune élève admis au First School Leaving Certificate Examination lors de la session 2026 à Mandjou, un arrondissement du Lom-et-Djerem, région de l’Est, n’a pas encore repris le chemin de l’école. « Je ne sais pas où m’inscrire parce qu’il n’y a pas de lycée bilingue à Mandjou, et mes parents n’ont pas les moyens de m’inscrire et de financer le coût de la scolarité à Bertoua », déplore le jeune élève.
Selon les statistiques de l’Inspection d’arrondissement de l’Éducation de Base de Mandjou, lors de la session 2026 des examens officiels, 174 garçons et 175 filles se sont inscrits et ont composé le FSLC, pour un total de 349 candidats, contre 219 en 2025, soit une augmentation de 130 candidats. Sur ce nombre, 156 garçons et 170 filles ont été admis, pour un total de 326, soit un taux général de réussite de 93,41 %, dont 89,66 % chez les garçons et 97,14 % chez les filles. Malgré ce bon taux de réussite, tous les élèves admis ne savent plus à quel saint se vouer.
En effet, à la veille de la rentrée scolaire 2026-2027, les parents dont les enfants ont choisi le sous-système anglophone dans cet arrondissement sont dans l’embarras. La suite des études pour les élèves ayant obtenu le First School Leaving Certificate, premier diplôme du sous-système anglophone, demeure incertaine. « Jusqu’à aujourd’hui, je ne sais toujours pas où je vais continuer mes études. Il n’y a pas de lycée bilingue à Mandjou », regrette Franklin Amadad, jeune élève lui aussi admis au FSLC.
Une situation qui complique et compromet l’avenir de plusieurs élèves de l’arrondissement de Mandjou, classé parmi les zones d’éducation prioritaire, où les difficultés économiques continuent de peser sur la scolarisation de nombreuses familles et sur les enfants.
Pour Roger Rémy Zokoya, inspecteur d’arrondissement de l’éducation de base de Mandjou, « il est urgent et réaliste de procéder à la transformation immédiate du Lycée de Mandjou en lycée bilingue ou de créer un collège bilingue d’enseignement secondaire et éventuellement le transformer en lycée bilingue afin d’offrir une continuité pédagogique accessible à tous ».
Évariste Mbélé Messe : Mandjou traverse une crise éducative aussi silencieuse que destructrice
Acteur de la société civile, il décrypte et alerte sur les conséquences désastreuses de la carte scolaire de l’arrondissement de Mandjou sur l’avenir des enfants.
Sébastian Chi Elvido

Quelle lecture faites-vous de l’absence des établissements publics secondaires bilingues à Mandjou ?
L’arrondissement de Mandjou est une terre de diversité culturelle, mais il est en train de traverser une crise éducative aussi silencieuse que destructrice. Au cœur du problème se trouve un paradoxe saisissant : une formidable dynamique d’intégration du bilinguisme au niveau de l’enseignement primaire se heurte, dès le passage au secondaire, à l’absence totale d’offre publique bilingue.
L’arrondissement a affiché un brillant taux de réussite de 93 % au FSLC et de 75 % au Common Entrance Examination, comptabilisant au moins 328 diplômés du primaire anglophone. Cet engouement témoigne d’une adhésion profonde des populations locales, et tout particulièrement de la forte communauté mbororo, au sous-système éducatif anglo-saxon, perçu à juste titre comme un levier d’émancipation, d’intégration et d’opportunités.
Cette réussite remarquable du primaire dissimule une première anomalie structurelle, car sur les 13 écoles primaires bilingues que compte Mandjou, une seule relève du secteur public : l’École primaire publique bilingue de Mandjou, qui forme à elle seule plus du tiers des admis. Mais le véritable drame de la carte scolaire de Mandjou commence là où s’arrête le primaire, car cet arrondissement, qui génère plus de 300 certifiés anglophones chaque année, ne dispose d’aucun lycée ni collège bilingue public.
Quelles peuvent être les conséquences d’une telle situation sur la scolarisation des enfants ?
Les conséquences sont désastreuses. Pour ces jeunes, l’absence d’offre publique au secondaire se traduit par un arrêt brutal de la scolarité, l’abandon précoce et le décrochage. Chez les jeunes garçons, l’horizon se réduit souvent au métier risqué de conducteur de taxi-moto ; chez les jeunes filles, l’interruption des études ouvre prématurément la voie aux mariages précoces et à la délinquance juvénile.
Il existe cependant des pistes de solution. Il ne s’agit plus seulement d’un ajustement administratif de la carte scolaire, mais d’un devoir de justice sociale et de cohésion nationale. L’État ne peut continuer d’encourager le bilinguisme national d’un côté, tout en abandonnant sa prise en charge publique de l’autre, dans des localités périphériques comme Mandjou. Il est donc urgent de créer un collège d’enseignement secondaire bilingue pour permettre aux élèves de poursuivre leur cycle scolaire.
L’Est, jusqu’à quand zone d’éducation prioritaire ?
Par Arnaud Kuipo
Nous sommes rendus à la deuxième semaine de l’année scolaire 2026/2027. Et voici que les rapports de terrain font état du fait que tous les élèves n’ont pas pu débuter l’année scolaire comme leurs pairs d’autres parties du pays. La faute à l’absence d’établissement secondaire public. C’est le cas à Mandjou, dans le région de l’Est. Il est clair que ce que vivent ces enfants et parents du sous-système anglophone est un problème grave pour plusieurs raisons quand on sait que plusieurs parents d’expression francophone optent pour le sous-système anglophone pour la scolarisation de leurs enfants. De plus, la crise dans le NoSo (Nord-Ouest et Sud-Ouest) a provoqué un grand déplacement des populations dans diverses localités du pays. Mandjou probablement. C’est donc une situation qui devrait amener l’État à doter Mandjou d’un lycée ou collège d’enseignement secondaire (Ces) bilingue.
Est-on conscient des risques auxquels on expose les enfants appelés à se séparer de leurs parents pour une localité où ils pourront poursuivre leurs études ? D’ailleurs, le coût de la vie étant de plus en plus cher, tous les parents n’ont pas la possibilité de s’offrir ce luxe. Qu’adviendra-t-il donc de la scolarisation de ces enfants ?
Il est temps pour les pouvoirs publics de sortir véritablement la région de l’Est de la zone d’éducation prioritaire. Cela passe par la dotation d’une telle localité d’une infrastructure comme un lycée ou Ces bilingue. Ce dernier sera un grand atout pour la communauté mbororo qui y est installée. Et participera d’une politique sincère d’inclusion de tous les Camerounais.
Mais au fait, ce problème de la carte scolaire de l’arrondissement de Mandjou remet au goût du jour les revendications des enseignants. Précisément, celle de la tenue d’un Forum national de l’éducation (Fne). Ce grand rendez-vous devrait être l’occasion de poser les problèmes du système éducatif au Cameroun. Seulement le Fne tarde à se tenir.



