Face à l’explosion du coût des subventions provoquée par la crise au Moyen-Orient, le gouvernement envisage une augmentation graduelle des prix à la pompe.
Jean De Dieu Bidias

Le Cameroun pourrait de nouveau ajuster les prix des carburants à la hausse. Cette perspective se dessine dans le rapport sur l’économie camerounaise en 2025, présenté le mardi 25 août 2026, à Yaoundé par le ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (Minepat), dans un contexte de forte pression sur les finances publiques consécutive au conflit déclenché le 28 février dernier entre les États-Unis et Israël contre l’Iran. Le choc énergétique et logistique qui en découle contraint le gouvernement à arbitrer entre protection du pouvoir d’achat et préservation des équilibres budgétaires. En effet, le blocus du détroit d’Ormuz, intervenu dès le 04 mars, a perturbé le transit de 20 à 25% du pétrole mondial et propulsé le cours du Brent de 72 à plus de 110 dollars le baril. Pour le Cameroun, importateur net de produits pétroliers, la facture sera lourde, à côté du soutien des prix à la pompe (subventions), qui déjà coûte 270 milliards Fcfa au cours du seul premier trimestre 2026. Le gouvernement évoque également la détérioration du compte courant, la hausse du fret maritime sur les intrants et le durcissement des conditions financières.
Trois scénarios ont ainsi été examinés. Le maintien intégral des prix actuels à la pompe protégerait davantage les ménages, avec une hausse de 0,86% de leur consommation réelle. Mais la charge des subventions atteindrait alors 0,7% du Pib en 2026, tandis que les dépenses d’investissement reculeraient de 6,46% dès cette année. Sur la période 2026-2028, la contraction de l’investissement total pourrait atteindre jusqu’à 15,2%, avec un déficit budgétaire appelé à se creuser davantage. Une option difficilement soutenable socialement et à laquelle le Fonds monétaire international (Fmi) reste opposé. À l’opposé, la répercussion intégrale du choc sur les consommateurs permettrait d’annuler le coût budgétaire direct. Le prix à payer serait toutefois élevé pour les ménages, dont la consommation réelle enregistrerait une perte cumulée de 5,61% entre 2026 et 2028. Le gouvernement privilégie donc une voie intermédiaire. Qualifiée de « la plus équilibrée entre protection sociale et soutenabilité budgétaire », elle consisterait à transmettre partiellement le choc aux consommateurs.
La charge des subventions serait ainsi ramenée à 0,35 % du Pib, notamment grâce à une hausse graduelle des prix des carburants, encadrée par un corridor de variation pour éviter une flambée brutale du coût de la vie. Cette réforme serait accompagnée de transferts temporaires au profit des ménages pauvres et à faibles revenus, d’appuis aux secteurs les plus exposés (transport, construction, commerce et agriculture), ainsi que de la mobilisation de financements extérieurs concessionnels. Le rapport recommande également de « sanctuariser les projets d’investissement public à fort effet multiplicateur », afin que la réponse à la crise énergétique ne se traduise pas par l’abandon des projets structurants. À plus long terme, Yaoundé mise sur la reconstruction de la Sonara et la mise en service de la raffinerie C-Star, portée par la Société nationale des hydrocarbures (Snh) et des partenaires privés, pour réduire sa dépendance aux produits raffinés importés.
S’y ajoutent la diversification énergétique, la production locale d’intrants agricoles et la constitution de stocks stratégiques. Malgré ces risques, le gouvernement table encore sur une croissance de 3,5% en 2026, 3,6% en 2027 et 4,8% en 2028. Mais la hausse des coûts de transport et des produits importés pourrait raviver l’inflation, rendant d’autant plus sensible toute décision d’augmenter les prix à la pompe.



