Pour la première fois au Cameroun, le ministère du Tourisme et des Loisirs (Mintoul) organise, du 23 au 28 septembre, la Semaine nationale du tourisme sur le thème « Agenda numérique et Intelligence Artificielle pour repenser le tourisme ». Un moment de partage, de découverte et de promotion de la destination Cameroun. Cette célébration, couplée à la Journée mondiale du tourisme, prévoit entre autres une marche sportive, une excursion au Parc de la Mefou, une foire-exposition, une soirée gastronomique ainsi qu’une présentation de solutions d’intelligence artificielle développées par des startups. Dans cette interview, le secrétaire général de ce département ministériel fait le point sur les actions menées par le Mintoul pour la promotion et la valorisation du tourisme au Cameroun, tout en soulignant le rôle de l’IA et du numérique dans cette dynamique.
Loirne Claudia Agnang

Le ministère du Tourisme et des Loisirs organise une semaine nationale du tourisme sur le thème : « Agenda numérique et intelligence artificielle pour repenser le tourisme ». Qu’est-ce qui justifie le choix de ce thème ?
Le Cameroun est souvent présenté comme « l’Afrique en miniature ». Cette expression n’est pas simplement un slogan. Elle traduit une réalité : notre pays dispose d’une extraordinaire diversité de paysages, de cultures, de traditions, de gastronomie, de patrimoine naturel et historique. De l’océan Atlantique aux montagnes, des grandes forêts du Sud aux paysages septentrionaux, notre territoire offre une multitude d’expériences touristiques. Mais aujourd’hui, cette richesse ne suffit plus à elle seule. Dans un monde où le voyageur prépare son séjour sur son téléphone, découvre une destination sur TikTok, Instagram, Facebook ou YouTube, consulte les avis en ligne avant de réserver et utilise désormais des outils d’intelligence artificielle pour rechercher, comparer et organiser ses voyages, la manière dont nous présentons le Cameroun doit évoluer. C’est tout le sens du thème qui nous réunit aujourd’hui « Agenda numérique et intelligence artificielle pour repenser le tourisme ».
Quelle est la place de l’intelligence artificielle (IA) dans l’industrie touristique aujourd’hui ?
Elle peut nous aider à mieux connaître les attentes des visiteurs, à personnaliser leur expérience, à améliorer la communication touristique, à produire des contenus multilingues, à faciliter l’accès à l’information et à rendre nos destinations plus visibles sur les plateformes numériques. Elle peut également accompagner les professionnels dans la conception de campagnes publicitaires plus efficaces, dans l’analyse des comportements des touristes et dans la valorisation de nos différents produits touristiques. Mais nous devons garder une conviction essentielle : la technologie doit rester au service de l’humain, de notre culture et de notre identité. L’intelligence artificielle ne remplacera ni notre hospitalité, ni nos traditions, ni l’authenticité de nos territoires. Elle doit plutôt nous permettre de mieux les faire connaître.
Il y a quelques mois, le ministère a commencé à développer une application sur la réservation des hôtels au Cameroun. Nous sommes partis d’un constat simple : nos plateformes hôtelières ne sont pas accessibles aux grandes plateformes internationales de réservation des hôtels dans le monde. On parle de Booking.com et de tout le reste, qui ont leurs critères, qui ont leurs normes et donc qui supposent aussi des mises à niveau de la part de nos structures, de nos infrastructures. Pour contourner cette situation qui altère un peu la compétitivité de notre destination, nous avons décidé de mettre en place cette plateforme qui existe aujourd’hui en version 2.0, qui n’est pas encore grand public, mais qui est déjà utilisée. Nous l’avons expérimentée pendant l’Omc (Organisation mondiale du commerce), avec succès. Dans cette plateforme, nous avons mis en place un assistant IA. Il permet d’interagir et d’échanger avec toute personne qui veut visiter le Cameroun.
Combien de sites touristiques compte le Cameroun à ce jour ?
Le Cameroun, c’est une catastrophe touristique. Le Cameroun a été tellement gâté par la nature de sorte qu’au Cameroun, on n’a même pas besoin d’aller chercher des sites touristiques artificiels, parce que nous avons déjà un bon nombre de sites touristiques naturels. Nous avons, ici au ministère du Tourisme et des Loisirs, identifié déjà un peu plus de 920 sites touristiques au Cameroun. Et le ministère est en train de travailler dans le processus de mise en valeur et de valorisation de l’ensemble de ces sites touristiques, en misant énormément sur la décentralisation, puisque nous entendons conférer un certain nombre de sites touristiques aux collectivités territoriales décentralisées. Pour ce faire, des actes de reconnaissance ont déjà été pris, mais aussi des actes de transfert sont en train d’être pris. Certains existent déjà pour, je pense, un peu plus de 200 communes, et les processus de transferts effectifs vont intervenir dans les jours à venir.
Il y a de cela quelques années, le Cameroun n’avait qu’un seul hôtel cinq étoiles. Aujourd’hui, le Cameroun en a officiellement quatre, qui renforcent la compétitivité de notre destination. Nous avons d’autres projets qui sont en cours de réalisation, et je crois que dans les prochains jours, vous aurez d’autres réalisations sur des projets cinq étoiles à venir. Aussi, avons-nous, au niveau des hôtels quatre étoiles, fait un grand bond. Le Cameroun vient de recevoir la conférence de l’Omc, qui était un grand défi. On annonçait 4 000 visiteurs pour la ville de Yaoundé. Yaoundé a été capable de loger ces participants. Ça veut dire que le réceptif hôtelier au Cameroun est aujourd’hui à un niveau international, ce qui renforce la compétitivité de la destination.
Bien que dotée d’un ensemble de sites touristiques naturels, la mise en valeur de ces derniers ne suit pas. Comment comprendre cela ?
Vous avez raison de dire que certains de ces sites naturels sont peut-être peu connus du public, ou bien ils sont difficiles d’accès au public. Vous savez, le tourisme se consomme de plusieurs manières. Par conséquent, ce n’est pas toute destination touristique qui doit être aménagée, valorisée, de la manière peut-être la plus moderne que vous puissiez imaginer. Parce que le tourisme est aussi une authenticité, une expérience. Et dans le tourisme, il y a ce qu’on appelle le tourisme de l’extrême, c’est-à-dire, on va découvrir des environnements pour lesquels il faut endurer un certain nombre de réalités pour y accéder ; nous avons le tourisme de niche, le tourisme d’observation. Si nous prenons le tourisme ornithologique, le tourisme des oiseaux, si vous voulez les observer, vous devez aller en forêt dans leur biotope naturel. Si vous changez ce biotope, ces oiseaux disparaissent.
À côté de cette forme de tourisme, évidemment, le ministère, avec l’aide d’un certain nombre de partenaires (collectivités territoriales décentralisées, secteur privé), procède à l’aménagement des sites touristiques. Chaque année, le ministère du Tourisme et des Loisirs transfère 1,2 milliard 200 millions Fcfa aux collectivités territoriales pour procéder à l’aménagement des sites touristiques au plan local. Donc ça, c’est une donnée factuelle. Et nous sommes déjà à peu près à 15 milliards Fcfa de transferts aux Ctd pour l’aménagement des sites touristiques au niveau local.
Pour ce qui est du suivi, le Minepat (ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire) et le Minfi (ministère des Finances) ont une organisation pour un suivi macro de tout ce qui est investissement public en général. Mais au ministère du Tourisme et des Loisirs également, nous avons mis en place une cellule de suivi de l’exécution des ressources transférées aux collectivités territoriales décentralisées. Je pense que dans les prochains jours, on attend de réceptionner, dans la zone du Dja, un certain nombre d’éco-lodges et d’infrastructures qui ont été construits là-bas avec la commune de Mintom.
Qu’en est-il de la promotion de ces sites ?
Pour ce qui est de la promotion et de la valorisation de ces sites, nous publions un certain nombre de contenus physiques et numériques disponibles, que nous mettons à la disposition des uns et des autres pour pouvoir connaître et découvrir nos attractions touristiques, avec les histoires qui vont avec. Parce que le site, aussi, c’est comment il se raconte. Il faut savoir raconter un site touristique. Donc, nous avons beaucoup de documentation aussi qui est fournie chaque année. J’ai parlé de l’Omc. Quand les participants sont arrivés, chacun avait un kit touristique camerounais sur toutes les attractions touristiques du Cameroun. Ce sont des supports qui existent également en version numérique. Il y a quelques années, avec un certain nombre de partenaires médiatiques nationaux, nous avons fait l’ensemble du pays pour créer des contenus audiovisuels des sites touristiques du Cameroun.
Il y a quelques créateurs de contenus touristiques ici dans la salle. Certains vous diront que nous travaillons en partenariat avec eux. Parfois, sans revendiquer quoi que ce soit, sans nous afficher, mais nous les accompagnons dans le travail de promotion et de valorisation de nos différents sites touristiques. Mais aujourd’hui, il faut dire que nous avons trois catégories de sites : les sites touristiques locaux, les sites touristiques régionaux et les sites touristiques nationaux. La responsabilité de la promotion des sites touristiques locaux revient désormais aux collectivités territoriales décentralisées. Il faudrait également que tous les acteurs puissent jouer leur rôle.



