Soupçonné d’avoir bloqué le remaniement ministériel et accusé de s’octroyer des pouvoirs excessifs, le directeur du cabinet civil de la présidence de la République sous le feu des critiques.
Jean De Dieu Bidias

Samuel Mvondo Ayolo, ministre directeur du cabinet civil de la présidence de la République depuis 2018, est-il si puissant ? La description qui est faite de l’homme ces dernières semaines, sur les réseaux sociaux comme dans certains salons lambrissés, est celle d’un « proconsul » qui serait parvenu à s’octroyer des pouvoirs sans limites dans les allées du palais de l’Unité, à Yaoundé. Au point, selon des habitués du sérail camerounais, il serait la main noire derrière le blocage du remaniement ministériel annoncé à deux reprises par le chef de l’État : d’abord le 31 décembre 2025, dans son adresse à la nation, puis le 10 février 2026, dans son message à la jeunesse, comme devant intervenir « dans les prochains jours ».
Depuis la fin de la semaine dernière, des voix s’élèvent pour accuser Samuel Mvondo Ayolo d’avoir empêché la signature, par le président de la République, et la publication du décret portant formation d’un nouveau gouvernement, après avoir constaté son éviction et son remplacement par Dieudonné Evou Mekou, l’actuel président de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (Bdeac).
Une obstruction de trop pour ses détracteurs, qui considéraient déjà que l’ancien ambassadeur du Cameroun en France mange à tous les râteliers et se mêle de tout, au point où sa main apparaîtrait désormais derrière nombre de manœuvres de coulisses visant à neutraliser les autres rouages du palais, voire à empiéter sur des prérogatives qui ne sont pas les siennes, notamment celles relevant du domaine du secrétariat général de la présidence de la République.
Pratiques
Une influence qui, si ces accusations étaient avérées, poserait plus largement la question de la concentration du pouvoir autour du cabinet civil et de la place de ses occupants dans l’architecture décisionnelle de la présidence de la République. « Les Camerounais en ont marre, qu’on laisse le président de la République faire son remaniement. Nous en avons tant besoin. Faire fuiter des noms dans l’objectif de griller les personnes pressenties au gouvernement, comme si ceux-ci n’avaient pas les capacités d’assumer de hautes fonctions, relève de pratiques d’une autre époque. Dans tous les pays modernes, les noms des entrants au gouvernement sont connus bien avant le décret. En plus, ce sont aussi des Camerounais qui sont annoncés à différents postes de responsabilité. On les jugera au pied du mur », s’emporte un membre du sérail.
Ce dernier dit saluer la lucidité du président de la République quant au choix de certains profils qui apparaissent dans la liste que beaucoup présentent comme celle du gouvernement proposé à Paul Biya. On y retrouverait, outre Dieudonné Evouna Mekou, économiste chevronné qui a dirigé la Caisse autonome d’amortissement (Caa) et occupé les fonctions de vice-gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), des personnalités comme Barnabé Tang Ahanda, conseiller spécial du Premier ministre, et Augustin Tamba, l’actuel président de l’association des Communes et villes unies du Cameroun (Cvuc). « La République sortirait vraiment de la rue si jamais Evou Mekou est nommé au cabinet civil, comme cela est pressenti. Ce serait le profil parfait au vu de ses états de service, de sa discrétion et de son humilité. Il remplit les conditions d’une telle responsabilité auprès du président de la République », souligne un ponte du régime.
Barnabé Tang Ahanda, digne fils du clan Étoundi du Mfoundi, est un brillant mathématicien, enseignant à l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, ancien inspecteur général au ministère des Travaux publics, entre autres fonctions. Augustin Tamba, qui occupe par ailleurs les fonctions de maire de la commune d’arrondissement de Yaoundé 7, a bâti sa notoriété comme réformateur stratégique dès son arrivée à la tête de l’association Communes et villes unies du Cameroun (Cvuc) en 2020, et laissé une empreinte particulière dans le développement des territoires.
« Un non événement »
Jean De Dieu Bidias

Contacté, un proche collaborateur du directeur du cabinet civil de la présidence commence par déclarer que cette campagne qui agite aussi bien les médias classiques que les réseaux sociaux est un « non événement ».
Notre source affirme ensuite qu’« il n’existe aucune affaire liée à un quelconque remaniement au cabinet civil ». À l’en croire, « le ministre travaille intensément au service de la nation et du président de la République et il n’a jamais été aussi serein. Être ministre Dcc, être à côté du président de la République, exige d’avoir un parcours granitique », explique-t-il.
Pour ce fonctionnaire, les bruits autour du blocage du remaniement relèvent de l’agitation. « Le Dcc quitte toujours le palais au petit matin. Rien ne peut le détourner de sa délicate mission », appuie notre source.
Au surplus, ce mem de l’entourage du ministre Mvondo Ayolo lance, péremptoire : « pensez-vous qu’une personne, quelle qu’elle soit, peut bloquer un remaniement ministériel au Cameroun ? C’est le président qui décide et lui seul », argumente-t-il. Avant de conclure : « Il convient plutôt de braquer vos projecteurs sur ceux qui sont derrière ce bashing contre le ministre directeur du Cabinet civil. Quels sont leurs visées et jusqu’ou peuvent-ils allés ».
Depuis l’annonce du remaniement ministériel par le chef de l’État , en décembre 2025, plusieurs gouvernement dits de la rumeur ont circulé sur la toile. Dans bien de cas, il s’est souvent agi de « griller » des personnalités qui seraient sur orbite pour être oints du très convoité décret présidentiel.



