Oapi : Un processus électoral entaché d’irrégularités

Des candidats à certains postes de responsabilité se plaignent de la forte immixtion du directeur général sortant de l’institution intergouvernementale, qui rend opaque le bon déroulement des opérations préélectorales.

Michel Ferdinand

L’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi), institution intergouvernementale de protection de la propriété intellectuelle, dont le siège est basé à Yaoundé, a entamé depuis décembre 2025 le processus devant aboutir à fin 2026 au choix de ses nouveaux dirigeants. Pour ce faire, le Conseil d’administration de l’Oapi a retenu la filiale togolaise du cabinet Africsearch pour conduire le processus de recrutement non seulement d’un nouveau directeur général (Dg) de l’Oapi, mais également d’autres responsables hors catégorie tels que le directeur général adjoint (Dga), le contrôleur financier et l’auditeur interne. Si les étapes du processus électoral sont connues des potentiels candidats en provenance des 17 États membres francophones d’Afrique de l’Ouest, Centrale et de l’Océan indien, la pratique laisse transparaître un déficit de transparence.

A titre d’exemple, le chronogramme de recrutement arrêté prend en compte l’ouverture et le dépouillement officiel des dossiers de candidature au siège de l’Oapi, en présence du président du conseil d’administration (Pca) ou de son représentant, du cabinet de recrutement et des candidats qui le souhaitent. Il se trouve donc qu’ « après le dépouillement officiel des candidatures qui s’est déroulé au siège de l’Oapi les 1er et 2 juillet 2026, certains candidats sont appelés à participer à la seconde phase des entretiens, prévue pour le 12 septembre 2026 à Yaoundé », expliquent les candidats recalés. Reste que dans l’intervalle, « de nombreuses voix s’élèvent pour remettre en cause le processus en cours, au regard de l’opacité et des irrégularités qui l’entourent, et qui, [de leur avis], ne devraient pas exister pour le recrutement à des postes de cette envergure », regrettent-ils. Par ailleurs, ces candidats plaident pour l’intervention du Pca de l’Oapi. « Il est fort étonnant que, lors de cette phase pourtant cruciale pour garantir la transparence du processus, le dépouillement n’ait pas été ouvert de manière à permettre aux candidats, particulièrement ceux résidant hors du Cameroun, d’y assister, jetant ainsi le doute sur la fiabilité des candidatures finalement retenues pour passer à la prochaine phase des tests et auditions ».

Nouveau scandale

Les candidats « indésirables » viennent des pays comme le Bénin, le Sénégal, le Gabon et le Cameroun. Ils reprochent aussi à la « direction générale sortante sa forte implication durant les opérations de dépouillement, marquée par la participation du directeur de cabinet du directeur général actuel, d’une juriste et de la responsable des ressources humaines de l’Oapi, qui ont joué un rôle actif dans la sélection et le traitement informatique des dossiers de candidature ». L’impartialité et l’objectivité du processus sont donc remises en cause.

La troisième inquiétude porte sur ce qu’ils qualifient de « jeu flou du cabinet Africsearch », qui n’a « même pas cru devoir [leur] notifier le rejet de leur dossier et les motifs qui l’entourent ». Bref, les recalés espèrent « qu’on ne s’achemine pas vers un nouveau scandale de recrutement, comme celui récemment survenu à la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), où le cabinet Africsearch avait déjà été épinglé ». A cette allure, on attend de voir si les instances compétentes de l’Oapi rectifieront le tir, en permettant à l’organisation d’avoir des responsables élus conformément à ses textes en vigueur.