Nord-Ouest et Sud-Ouest : La colombe reprend son envol

Le Premier ministre a lancé lundi à Buea le dialogue communautaire, préconisé par le chef de l’État, pour une sortie définitive de crise dans ces régions.

Wamba Sop

Lors du lancement du dialogue communautaire, le Premier ministre (Pm) a annoncé la création d’un fonds pour la paix destiné à soutenir cette initiative dans la région du Sud-Ouest.

Le chef du gouvernement a fait cette annonce lundi 28 septembre à Buea, lors d’une réunion avec les parties prenantes de la région du Sud-Ouest, afin de promouvoir l’initiative du chef de l’État en faveur du dialogue communautaire et du rétablissement d’une paix totale dans les régions anglophones en proie à la crise depuis 10 ans.

La rencontre a rassemblé des autorités administratives, locales et traditionnelles ainsi que des représentants de la société civile venus des six départements de la région du Sud-Ouest. Les échanges ont porté sur le chemin parcouru, les lacunes existantes et les opportunités à optimiser.

Cette réunion de haut niveau a duré plus de six heures. Le Premier ministre a précisé que le Fonds pour la paix du Sud-Ouest financera les initiatives locales de paix.

Ce fonds, a-t-il expliqué, mobilisera le soutien des élites et des autres forces vives de la région, en complément de l’aide apportée par d’autres institutions, afin de couvrir les coûts financiers nécessaires à l’instauration de la paix.

Citant l’un des messages du président de la République, Paul Biya, Dion Ngute a souligné les grands espoirs que le chef de l’État place dans le dialogue communautaire, une démarche qu’il a confiée aux acteurs locaux.

« Nous voulons mettre fin aux meurtres injustifiés et aux enlèvements contre rançon. Nous avons décidé de vouloir passer un Noël en paix cette année. Nous avons décidé que les dix années d’épreuves et de chaos que nous avons traversées dans le Sud-Ouest doivent cesser », a déclaré le chef du gouvernement.

École 

Et d’ajouter : « Nous avons décidé d’une même voix que nous voulons que tous nos enfants aillent à l’école », a-t-il affirmé, soulignant que cet engagement était synonyme de paix et de sécurité au sein des communautés.

Le chef du gouvernement a chargé les préfets de lancer le dialogue communautaire à l’échelle départementale, en rassemblant les voix locales.

Le gouverneur du Sud-Ouest, Bernard Okalia Bilai, a rappelé que son appel à la paix n’avait pas été entendu à l’époque. Il a évoqué les attaques, tant virtuelles que physiques, dont il a fait l’objet. Avec le recul de dix années, il a reconnu que beaucoup de choses s’étaient passées et que le dialogue communautaire était aujourd’hui incontournable. Sa présentation a mis en lumière les atrocités commises par les terroristes dans les zones de crise, suscitant une vive émotion. Le gouverneur a remercié le Premier ministre pour sa visite, la qualifiant d’étape décisive vers la réconciliation de la région — une zone stratégique qui est aussi la terre d’origine du chef du gouvernement.

Il s’est dit optimiste quant au rétablissement complet de la région grâce au soutien du Premier ministre. Le gouverneur a affirmé que la crise pourrait prendre fin si les parents incitaient leurs enfants à déposer les armes ou si les communautés cessaient d’offrir leur protection aux jeunes armés.

 

 

Des progrès réels, mais contrariés

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Dion Ngute a expliqué que la nature du conflit avait fondamentalement changé. Il s’est félicité de la reprise quasi totale des transports interurbains, de la vie nocturne et de la scolarité dans les zones urbaines de la région, après des années marquées par une paralysie des déplacements et la fermeture quasi générale des écoles.

« Nous sommes tous ici des acteurs de la paix », a-t-il souligné, tout en reconnaissant que « le développement de la région en pâtit ».

Le Premier ministre a évoqué le cas de la route reliant Ekondo Titi à Mundemba, pour laquelle le marché a pourtant été attribué. Il a déploré que seul le transport à moto soit possible sur cet axe, les travaux n’ayant pas encore débuté en raison de la crainte- fondée ou non – d’attaques par des hommes armés.

Il a également cité l’exemple d’une usine à Limbé dont les Chinois refusent d’entreprendre la construction. « Notre objectif est la paix », a-t-il déclaré, exhortant les parties prenantes présentes à engager des pourparlers avec les séparatistes armés afin de rétablir la paix et de sauver l’économie de la région. Faute de quoi, a-t-il prévenu, le processus de paix prendra beaucoup plus de temps à aboutir.

25 combattants séparatistes déposent les armes

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Vingt-cinq combattants séparatistes opérant à Akwaya, dans le département de la Manyu (région du Sud-Ouest), se sont présentés lundi 28 septembre à Buea devant le Premier ministre et chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute. Ils se sont rendus et ont présenté leurs excuses pour les atrocités commises durant le conflit armé qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Cette présentation a eu lieu dans le cadre de l’initiative de dialogue communautaire pour le Sud-Ouest, organisée par le gouverneur Bernard Okalia Bilai.

L’événement a rassemblé des acteurs locaux issus des six départements de la région, notamment des autorités administratives, des maires, des responsables politiques, des chefs traditionnels, des représentants du clergé et de la société civile. En les accueillant, Dion Ngute a assuré que l’État tendait la main aux combattants qui se repentent et se présentent volontairement. Il a insisté sur la nécessité d’efforts collectifs pour vider les repaires des combattants séparatistes et orienter ces derniers vers les centres de Désarmement, démobilisation et réintégration (Ddr).

Le Premier ministre a souligné que les parties prenantes devaient offrir une porte de sortie aux combattants séparatistes en les incitant à déposer les armes. « Nous affirmons que sans la paix, rien d’autre n’est possible ! Il est grand temps de mettre un terme à ce conflit, car nous sommes les seuls à pouvoir le faire », a déclaré le chef du gouvernement.

Le Premier ministre a assuré que le gouvernement était prêt à accueillir ceux qui se rendraient.

Il a offert aux repentis une aide symbolique de 25 000 francs chacun, destinée à l’acquisition du nécessaire pour entamer leur nouvelle vie au Centre de désarmement, de démobilisation et de réintégration.

En rappel, en 10 ans, la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest a fait environ 6000 morts et des centaines de milliers de réfugiés et déplacés.