Marie Elise Ebinembegne E. : la voix des filles sans voix

À travers le slam, elle s’engage pour redonner à la jeune fille sa voix, sa confiance et sa place dans la société.

Rebara Habra

Elle monte sur scène avec ses mots. Pas besoin de grands artifices. Sa voix fait le reste. Devant le public réuni à la salle des convivialités du Musée national de Yaoundé, Marie-Elise Ebinembegne Etoundi, connue sous le nom d’artiste  Elsymphonie, livre son texte. Un texte inspiré d’une histoire réelle, celle de Divine, une jeune fille violée puis tuée à Yaoundé il y a quelques semaines. Une histoire transformée en slam pour ne pas laisser le silence recouvrir une violence de plus.

Pour Marie Elise, le slam est d’abord une affaire de voix. La sienne, mais surtout celle des autres. « Le slam, c’est le seul pouvoir que j’ai », dit-elle. Avec ses textes, elle cherche à aller au-delà de ce qui se voit. Elle raconte les blessures intérieures, les souffrances silencieuses, les choses que certaines filles vivent sans parvenir à les dire.

Étudiante en communication, la jeune artiste ne voit pourtant pas ses études et sa passion comme deux chemins différents. Elle refuse même de parler de véritable conciliation. Pour elle, les deux se nourrissent naturellement. « Le slam, c’est une communication », résume-t-elle. Ses cours, les rencontres, les situations observées au quotidien peuvent devenir matière à création. L’école lui apporte des outils qu’elle peut réinvestir dans son art. Et le slam, en retour, lui permet de mieux comprendre la société qu’elle observe.

Marie Elise ne cache pas ses ambitions. Son rêve d’artiste, dit-elle, elle est déjà en train de le vivre. Pas parce qu’elle estime être arrivée au bout du chemin, mais parce qu’elle avance vers les objectifs qu’elle se fixe.

Chaque jour, elle travaille ses textes. Elle cherche encore à progresser, à se dépasser, à atteindre le niveau artistique qu’elle s’est fixé. La reconnaissance financière compte, mais elle n’est pas son unique boussole. Elle veut surtout apprendre à mieux se connaître, à maîtriser son art et à trouver les moyens de le faire vivre pleinement.

Dans cette quête, elle porte un autre rêve, plus simple et plus grand à la fois : que le slam trouve sa place. « Tant que le slam règne, pour moi, ça me suffit », affirme-t-elle. Artiste slameuse et jeune entrepreneure culturelle, elle a choisi les mots comme instrument. Pour raconter, dénoncer, questionner. Et parfois, simplement, pour parler là où d’autres n’ont plus de voix.