Depuis le communiqué publié par la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), à propos de la démonétisation des gammes de pièces de monnaie émises entre 1957 et 1985, une psychose s’est emparée des usagers. Avant même le 1er novembre, date d’entrée en vigueur de la décision, les échanges monétaires entre acteurs deviennent tendus. Certains commerçants, grandes surfaces et microfinances refusent déjà de prendre lesdites pièces. L’expert des questions économiques et financières explique le processus de démonétisation des huit gammes de pièces annoncé par la Beac, en invitant les commerçants à ne pas s’inquiéter.
Michel Enony

Malgré le communiqué de la Beac, de nombreux commerçants et usagers refusent ces pièces de l’ancienne gamme dans leurs transactions quotidiennes. Quel est le statut juridique de ces pièces aujourd’hui, et quels sont les risques pour un commerçant qui refuse de les accepter avant le 1er novembre 2026 ?
Ma réaction s’articule autour d’une approche à double détente qui répond d’abord au deuxième volet de votre question, portant sur les risques auxquels s’exposent les commerçants qui refusent d’accepter, avant le 1er novembre 2026, les pièces de monnaie fabriquées entre 1958 et 1985 ; puis suivra mon analyse du statut juridique actuel des pièces de monnaie dont la démonétisation est projetée pour le 1er novembre 2026, dans 12 jours, à compter de ce lundi 19 octobre 2026.
Refuser de prendre un signe monétaire qui a cours légal et pouvoir libératoire dans la Cemac, selon les textes communautaires et la législation propre à chaque État membre, constitue une infraction. Et puisque nous sommes au Cameroun, précisons qu’au terme des dispositions de l’article 223 de la loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal camerounais, « Est puni d’un emprisonnement de dix (10) jours à trois (03) mois et d’une amende de mille (1 000) à cent mille (100 000) francs ou de l’une de ces deux peines seulement, celui qui refuse la monnaie ayant cours légal dans la République à concurrence de son pouvoir libératoire. »
À compter de ce matin et jusqu’à la fin des 12 prochains jours, juridiquement, les pièces de monnaie encore appelées monnaies divisionnaires ou monnaies métalliques restent et demeurent des signes monétaires en vigueur dans leur zone d’émission, la Cemac, disposant et conservant toujours leur cours légal et pouvoir libératoire jusqu’au 31 octobre 2026 à minuit. Donc, tout refus de cette monnaie lors d’une transaction constitue une infraction qui expose le contrevenant (commerçant, boutiquier, taximan, coiffeuse, esthéticienne, mami makala ou vendeuse de beignets, conducteur de deux-roues, microfinance, barman, papa soya, pousseur, bayam-sellam, etc.) aux sanctions prévues à l’article 223 du Code pénal camerounais, rappelées supra.
La principale source de psychose, c’est la perte de son épargne. Pouvez-vous nous expliquer comment va se passer cet échange à partir de novembre 2026, et pourquoi un usager qui possède, par exemple, 5 000 Fcfa en vieilles pièces ne perdra absolument rien de son pouvoir d’achat ?
J’aurais pu saisir l’occasion de cette tribune pour une autogloriole, puisque, dans une sortie médiatique chez vos confrères de la presse parlée, j’avais indiqué à juste titre que la Beac allait produire un calendrier présentant les grandes étapes de la démonétisation des gammes de monnaies métalliques fabriquées entre 1958 et 1985. Et selon ce texte signé par le gouverneur de la Beac, le 8 octobre 2026, la démonétisation envisagée se déroulera selon le calendrier suivant : du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027 (9 mois) : guichets de la Beac, des banques commerciales et des établissements de microfinance. Échange gratuit contre des pièces des gammes récentes (2006 ou 2024). Du 1er août au 31 octobre 2027 (3 mois) : exclusivement aux guichets de la Beac. Les banques et microfinances n’acceptent plus ces pièces. À partir du 1er novembre 2027 : aucun guichet. Démonétisation définitive. Les anciennes pièces perdront toute valeur légale et marchande.
Pour être plus précis avec votre question, retenons que le petit opérateur économique qui a dans ses bas de laine une épargne de 5 000 Fcfa constituée uniquement de pièces de monnaie fabriquées entre 1958 et 1985 n’a aucune raison de s’inquiéter pour le sort réservé à son épargne au lendemain du 31 octobre 2026.
Il devra simplement se rendre auprès de l’une des 18 banques commerciales en activité au Cameroun, ou à l’un des 6 guichets de la Beac (Yaoundé, Douala, Nkongsamba, Limbé, Bafoussam, Garoua), ou auprès des 400 Emf (Établissements de microfinance en activité au Cameroun), afin de procéder à un échange gratuit de ses pièces de monnaie, de valeur cumulée 5 000 Fcfa, contre les pièces de monnaie qui ont conservé leur cours légal et pouvoir libératoire, notamment la monnaie divisionnaire des gammes 2006 et 2024.
Quel message de prudence adresser aux citoyens pour qu’ils gèrent cette transition sereinement ?
J’invite, par votre support médiatique, tous les opérateurs économiques qui ont recours à la monnaie divisionnaire, à la monnaie métallique ou aux pièces de monnaie, ou qui en utilisent énormément pour le dénouement de leurs transactions quotidiennes, à acquérir un exemplaire de votre journal de ce jour. Ils devront le conserver et y consulter, de temps en temps, le calendrier de démonétisation des pièces de monnaie fabriquées entre 1958 et 1985 que nous avons rappelé ci-dessus. Soit les huit gammes de pièces de monnaie suivantes : 1 Fcfa, 5Fcfa, 10 Fcfa, 25 Fcfa, 50 Fcfa (grosse pièce), 50 Fcfa (petite pièce), 100 Fcfa et 500 Fcfa.
Ce processus va s’étaler sur douze (12) mois, du 1er novembre 2026 au 1er novembre 2027. Mais pour ne prendre aucun risque, je les exhorte à ne pas attendre la dernière minute pour se ruer aux guichets de la Beac. Ils ont neuf mois, du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027, pour aller à la banque, à la microfinance ou au guichet de la Beac de leur choix, procéder aux opérations d’échange gratuit contre les pièces de monnaie qui sont restées en vigueur : celles des gammes 2006 et 2024.
Est-ce qu’il ne faut pas aussi interpeller la communication de la Beac ?
Je préconise aux autorités de la Beac de déployer une communication généralisée et prononcée du calendrier de démonétisation, qui, sans conteste, viendra étouffer toute psychose dans l’espace communautaire et instituer la confiance, en tant qu’ingrédient capital et vital, pour la conduite harmonieuse et sereine des activités dans un espace économique comme le nôtre : la Cemac, dont la Commission fait face à de lourdes pesanteurs d’intendance, pour dire le moins.



