Au cours d’un séminaire organisé le 4 novembre 2026 à l’Université de Buea, les participants ont plaidé pour une meilleure couverture médiatique des activités liées aux industries extractives.
Michel Ferdinand

Le déficit devient de plus en plus criard au fil des ans. Ce qui entraîne, regrettent les participants à l’atelier organisé le 4 novembre 2026 à l’Université de Buea, région du Sud-Ouest, un recul dans la sensibilisation du public en matière de gestion, par le Cameroun, de ses ressources pétrolières, gazières et minérales. Il faut donc changer de paradigme, en suscitant une couverture médiatique plus soutenue et un engagement accru auprès de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie). Il s’agit d’une norme internationale qui vise à promouvoir une gestion ouverte et responsable des ressources naturelles.
Le séminaire de formation « sur l’Itie sous le prisme de la Responsabilité sociale des entreprises (Rse) : défis en matière de communication pour les étudiants en journalisme et communication de masse de l’Université de Buea », a rassemblé des acteurs de la société civile, des enseignants et des étudiants des départements de journalisme et communication de masse, ainsi que de géologie de l’université. L’objectif étant de « combler le déficit d’information concernant l’Itie et d’encourager davantage de journalistes à mener des enquêtes et à rendre compte de la gestion des ressources extractives du pays ». Un domaine qui, selon les organisateurs, ne bénéficie pas d’une attention médiatique suffisante.
Porté par Blasius Ngome, ancien étudiant de l’Université de Buea et président du groupe pluri-acteurs (Gpa) chargé de la communication, l’atelier invite « à faire de l’Itie et du secteur extractif des sujets de recherche universitaire, notamment dans le cadre des travaux de fin d’études et de thèse ». Par ailleurs, Blasius Ngome a précisé que les résultats de ses recherches révèlent qu’une part importante des Camerounais ignorent tout de l’Itie, soulignant ainsi la nécessité de fournir aux journalistes et aux acteurs de la société civile des informations précises afin d’améliorer la compréhension du public. « J’ai réalisé un micro-trottoir et constaté qu’environ 85 % des Camerounais ne connaissent pas l’Itie, tandis que 10 % en ont entendu parler. C’est pourquoi nous avons décidé de former les journalistes et les membres de la société civile, avec l’aide d’experts, afin qu’ils puissent rendre compte régulièrement de l’Itie et faire savoir au public que les ressources minières appartiennent aux Camerounais », explique Blasius Ngome, ancien directeur de la communication de la Société nationale de raffinage (Sonara).
Il pense que les bénéfices tirés des ressources naturelles doivent être perçus dans une perspective de développement national, plutôt que comme une distribution directe d’argent aux citoyens. De plus, il plaide pour que les revenus générés par ce secteur soient intégrés au budget national afin de financer un développement qui profite à l’ensemble de la population.
Spécialisation
Quant au doyen de la faculté des sciences sociales et de gestion de l’Université de Buea, Emmanuel Yenshu, il a encouragé les étudiants à s’intéresser au secteur extractif, qu’il a décrit comme un domaine offrant de nombreuses opportunités, tant en matière de recherche que de perspectives professionnelles. Dans sa présentation sur « les défis de la communication pour les étudiants en journalisme et en communication », Nengieh Lizzie Wantchami, cheffe de département, encourage les étudiants à aller au-delà d’une formation journalistique généraliste en développant une expertise dans des domaines spécifiques. La spécialisation pouvant permettre d’ouvrir de nouvelles perspectives de recherche et d’aider les jeunes journalistes à s’insérer durablement dans la vie professionnelle. S’agissant de « la classification Itie en tant qu’institution », l’universitaire et enseignant-chercheur, Andrew Eyoh Edjua, encourage les étudiants et les professionnels des médias à accorder une attention accrue à la responsabilité sociétale des entreprises et à l’obligation de rendre des comptes des institutions exerçant dans le secteur extractif.
Les participants sont davantage informés sur la structure de l’Itie au Cameroun, dirigée par le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze, et assisté du ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) par intérim, Fuh Calistus Gentry. Au plan international, l’implémentation de cette norme est supervisée par un conseil d’administration et un secrétariat international basé à Oslo, en Norvège. L’Itie est mise en œuvre dans un cinquantaine de pays à travers le monde.
L’Itie en chiffres au Cameroun
Michel Ferdinand
En 2023, les principaux chiffres disponibles dans le secteur extractif camerounais relèvent que « les entreprises extractives ont effectué des paiements 1 232,69 milliards Fcfa à l’État, en recul d’une valeur totale de 12,96 % par rapport à 2022 (1 416,22 milliards Fcfa) ». Les experts expliquent que « cette baisse reflète principalement la contraction de la production pétrolière et la baisse des cours internationaux du pétrole ». En la matière, les hydrocarbures affichent 1 172,53 milliards Fcfa, le transport pétrolier (47,99 milliards Fcfa), les mines et carrières (1 2,18 milliards Fcfa). Ce qui équivaut respectivement à une contribution de 95,12 ; 3,89 et 0,99%.
Dans l’intervalle, « les paiements en numéraire concernent principalement l’impôt sur les sociétés (277,18 milliards Fcfa), la taxe spéciale sur les revenus (Tsr, 57,39 milliards Fcfa), les dividendes perçus par Snh (54,30 milliards Fcfa) et les droits de transit (39,36 milliards Fcfa) ». En termes d’état des revenus budgétaires par secteur, on retient que « ces recettes proviennent principalement du sous-secteur des hydrocarbures, qui à lui seul représente 95,3 % des revenus, malgré une baisse par rapport à 2022. Le transport pétrolier a connu une légère progression, tandis que les mines et carrières industrielles affichent une croissance notable, bien que leur part dans l’ensemble reste marginale ».
Parlant de l’évolution des revenus budgétaires par flux, les données au cours de la même année indiquent que « les recettes non fiscales restent majoritaires dans les revenus du secteur extractif (65,6 %, soit 679,9 milliards Fcfa), même si leur part recule par rapport à 2022. Ce recul s’explique surtout par la baisse des transferts directs de la Snh, partiellement compensée par la hausse des dividendes Snh et des droits de transit ». À l’inverse, mentionne-t-on, « les recettes fiscales progressent, atteignant 34,4 % du total (356 milliards Fcfa), tirées par l’Is pétrolier (+33,5 %). Cette dynamique compense en partie le recul de la taxe spéciale sur les revenus et des droits de douane. Les redressements fiscaux et douaniers connaissent une forte hausse, traduisant un effort accru de recouvrement ».
Les chiffres rendus publics intègrent des aspects tels que l’état récapitulatif de la production et des exportations du secteur des hydrocarbures, les principaux instruments fiscaux des contrats de partage de production (Cpp) des hydrocarbures, les principaux instruments fiscaux des contrats de services à risque (Csr), le portefeuille des participations de l’État dans le secteur pétrolier amont au 31 décembre 2023, la couverture par l’exercice de rapprochement des flux en numéraire, la contribution du secteur extractif au Pib national, la contribution du secteur extractif à l’emploi.
Sur la contribution du secteur extractif à l’économie, on constate qu’elle « a reculé dans ses indicateurs majeurs : Pib (4,2 % contre 6,3 % en 2022), recettes budgétaires (22 % contre 25,5 %) et exportations (32 % contre 41 %). En revanche, une légère amélioration est observée au niveau de l’emploi (0,62%) et des investissements (6,4 %) ».
Globalement, dans sa contribution à l’emploi, le secteur extractif « reste fortement masculin, avec 74% d’hommes contre 26% de femmes ». Ce secteur a employé « 2 705 personnes selon les données de l’Ins, soit 0,62 % des emplois recensés dans les entreprises modernes ». Le secteur pétrolier s’en tire avec 1 394 employés (906 hommes, 488 femmes), tandis que le secteur minier enregistre 1 311 employés (1 088 hommes, 223 femmes).


