Le leadership charismatique du président Xi Jinping, associé à la puissance confirmée de la Chine sont autant de garanties de la réussite de l’initiative.
Par Etienne Tayo Demanou

Le 1er septembre 2026, le président Xi Jinping a pris une part active à Bichkek en Kirghizstan, à la 26e réunion du Conseil des chefs d’État de l’Organisation de la coopération de Shanghai (Ocs). Ce sommet marque le premier anniversaire du lancement le 1er septembre 2025 lors du sommet de Tianjin de l’Initiative pour la gouvernance mondiale (Igm). Le contexte est aussi celui de la guerre d’Iran déclenchée par le couple américano-israélien et qui s’inscrit malencontreusement dans un jeu géostratégique qui pourrait à court ou moyen terme déboucher sur une guerre mondiale avec des conséquences incalculables.
Ce retour aux attitudes belliqueuses dans les relations internationales remet au goût du jour et avec acuité, la problématique de la transformation de la gouvernance mondiale qui irrigue l’initiative portée par la Chine. Le programme de la Chine n’est pas juste une manœuvre de positionnement mais une offre tendant à mettre en place « un système de gouvernance mondiale plus équitable, plus efficace et plus inclusif et de bâtir ensemble une communauté d’avenir partagée pour l’humanité», comme le soulignait déjà le président Xi Jinping au lancement de l’initiative lors du sommet de l’Ocs à Tianjin en 2025. Un programme qui a une portée historique palpable, une justification valable, une urgence et une nécessité confirmées. Pour parvenir à sa formulation, il a fallu passer au crible de la critique constructive, le système actuel de la gouvernance mondiale dont les fondements essentiels sont : un système internationale centré sur l’Organisation des nations unies (Onu) ; l’ordre internationale fondé sur le droit international ; les mécanismes de coopération multilatérales.
Pour la Chine, le système actuel de gouvernance mondiale, qui est perfectible, est confronté à un certain nombre de problèmes structurels que sont : la représentativité, la légitimité, l’adaptabilité des règles et l’efficacité même de la gouvernance. Le nœud du problème se trouve effectivement dans l’inadaptabilité et s’exprime en ces termes : « le décalage entre l’évolution des rapports de force internationaux et la répartition des pouvoirs au sein de la gouvernance mondiale entraine un problème de représentativité ». Et pour illustrer cela, il est rappelé que : « selon les calculs fondés sur la parité du pouvoir d’achat, le Sud global représente désormais plus de 60% de l’économie mondiale et contribue à hauteur de 80% à la croissance économique mondiale ». Et pourtant il continue d’être sous représenté au sein des institutions internationales. Et parlant de représentation, il est rappelé qu’elle n’est pas la simple participation aux réunions mais l’évolution des pouvoirs de gouvernance en fonction des transformations des rapports de force internationaux. Le Sud global revendique les droits correspondants en matière de participation à l’agenda, d’élaboration des règles et de voix institutionnelles car, l’unilatéralisme et l’application sélective des règles internationales contribuent à affaiblir l’autorité des institutions et leur crédibilité.
La réforme attendue permettra de répondre aisément aux questions suivantes qui se posent à la gouvernance actuelle du monde : qui participe à l’élaboration des règles ? Peuvent- elles être appliquées de manière égale et uniforme ? Sont-elles capables de répondre en temps utile aux bouveaux enjeux de la gouvernance ? La résistance à adresser objectivement cette problématique et l’absence de renforcement des capacités du système normatif à s’adapter aux évolutions de notre époque, font que des pans entiers des domaines de la gouvernance mondiale issus de l’évolution technologique posent des problèmes auxquels on ne parvient pas à apporter des réponses. Ainsi, le développement rapide de l’intelligence artificielle, du cyberespace, de l’économie numérique et de l’espace extra-atmosphérique fait émerger de nombreuses questions qui ne disposent pas encore des normes mondiales suffisamment mûres. Finalement, l’inefficacité du système se traduit dans la contradiction entre l’expansion continue des mécanismes de gouvernance et l’insuffisance des résultats concrets de la gouvernance mondiale.
Ce que l’initiative propose
Dans sa démarche visant à offrir toutes les chances de réussite à l’initiative pour la gouvernance mondiale, la Chine a publié successivement le document conceptuel ainsi que le livre blanc intitulé : « construire un système de gouvernance mondiale plus juste, plus équitable : les conceptions, initiatives et actions de la Chine ». Il expose ses objectifs, ses orientations et ses actions concrètes en matière de gouvernance mondiale et contribuant à dégager un consensus plus large au sein de la communauté internationale.
Dans les grandes transformations de la gouvernance mondiale qu’elle veut promouvoir, l’initiative chinoise met l’accent sur 5 lignes directrices : défendre l’égalité souveraine ; respecter l’État de droit international ; pratiquer le multilatéralisme ; placer l’être humain au cœur de l’action ; privilégier l’orientation vers l’action. Ces grandes transformations permettront de relever les défis suivants : s’appuyer sur l’égalité souveraine et le multilatéralisme pour répondre au déficit de représentativité ; souligner que tous les pays, grands ou petits, forts ou faibles, riches ou pauvres, doivent participer, décider et bénéficier sur un même pied d’égalité de la gouvernance mondiale ; appeler à renforcer la représentativité et le droit à la parole des pays en développement. Ce qui à terme, permettra de traduire plus pleinement le principe de l’égalité souveraine dans la pratique de la gouvernance mondiale.
L’initiative de la gouvernance mondiale insiste sur la nécessité de défendre les buts et principes de la charte des Nations unies, de garantir l’application égale et uniforme du droit international et des règles internationales, tout en préconisant l’élaboration des règles internationales dans les domaines émergents sur la base d’un large consensus. Et de préciser que l’initiative cherche « à préserver et perfectionner le système » et non à faire table rase. En s’appuyant ainsi sur la primauté de l’être humain et l’orientation vers l’action, l’initiative nous permettra de passer d’une gouvernance privilégiant la « mise en place des mécanismes » à une gouvernance axée sur la « résolution des problèmes ». Autrement dit, comment se mettre au service de l’être humain et privilégier l’action pour obtenir des résultats concrets.
Un rayonnement diplomatique garanti
Un an après son lancement, l’initiative pour la gouvernance mondiale est passée d’une proposition chinoise à une pratique internationale révélant chaque jour davantage sa vitalité et sa force de mobilisation. Au cours de cette année, forte d’une vision et animée par le sens des responsabilités, la Chine s’est appuyée sur des concepts directeurs, a placé l’unité au cœur de son action et fait de l’action sa réponse, travaillant avec toutes les parties à réduire le déficit de gouvernance mondiale, à renforcer la confiance de la communauté internationale dans le multiculturalisme et à promouvoir la construction d’un système de gouvernance mondiale plus juste et équitable.
Le président Xi Jinping qui fait bénéficier son leadership à l’initiative, n’a manqué à aucune occasion pour la porter à la face du monde et dans tous les fora. Ainsi, en janvier 2026, lors de la cérémonie de remise des lettres de créance par 18 ambassadeurs en Chine, le président Xi « a exposé sa réflexion sur la réforme et le perfectionnement de la gouvernance mondiale. Il a ainsi affirmé que la Chine se tiendrait toujours du coté juste de l’histoire, qu’elle placerait les préoccupations des peuples au cœur de son action et qu’elle œuvrerait à promouvoir, avec tous les pays, la construction d’une communauté d’avenir partagée pour l’humanité ». Tout au long de l’année, et dans un mix marketing bien maîtrisé, le Président chinois a contribué à faire mieux connaître et comprendre les propositions chinoises de la transformation de la gouvernance mondiale.
L’initiative pour la gouvernance mondiale a été inscrite de façon systématique dans les déclarations conjointes publiées par la Chine. Et désormais, ces formules et de nombreux dirigeants du monde visitant la Chine. On peut avoir ces morceaux choisis : « le multilatéralisme constitue la pierre angulaire de la sécurité et de la stabilité du monde et l’initiative pour la gouvernance mondiale proposé par le président Xi Jinping revêt une grande importance » ou encore : « cette initiative majeure contribuera à construire un système de gouvernance internationale plus juste et plus équitable et permettra aux pays du Sud global d’en bénéficier ».
Que ce soit dans les fora internationaux, les célébrations internes à la Chine, ou encore dans ses rencontres en tête à tête avec d’autres chefs d’État du monde, le Président Xi suggère, inspire, oriente et martèle. Il a ainsi orienté la coopération des BRIC’S en soulignant qu’il fallait « réformer et perfectionner le système de gouvernance mondiale, mobiliser pleinement les ressources de toutes les parties et mieux relever les défis communs auxquels l’humanité est confrontée ». L’année 2026 a été marquée en Chine par 3 repères historiques : 105e anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois ; le 55e anniversaire du rétablissement de la République populaire de Chine dans son siège légitime aux Nations Unies et la première année de mise en œuvre du 15e plan quinquennal. Lors de ces célébrations, le Président Xi en a profité pour « vendre » l’Igm. Plus récemment encore, lors du sommet de l’Ocs, le président Xi a magnifié la bonne démarche de cette organisation régionale qui a « trouvé la bonne voie de coexistence caractérisée par la non alliance, la non confrontation et la non hostilité envers les tierces parties et d’encourager les pays à construire leur foyer commun ».
Le marketing du président Xi Jinping gagne chaque jour les cœurs des autres États du monde. Depuis son lancement, l’initiative a reçu le soutien et l’adhésion de près de 160 pays et organisations internationales. Des groupes d’amis de la gouvernance mondiale ont été créé à New-York, Genève et Vienne réunissant désormais plus de 60 pays. A ce jour, ces pays ont pu dégager 5 grands consensus portant notamment sur « la promotion de la démocratisation des relations internationales ; la défense des buts et principes de la charte des Nations Unies, la préservation du rôle central de l’Onu, la réduction progressive du fossé Nord-Sud et la recherche des solutions aux problèmes concrets ». Le 28 mai 2026, une réunion du Groupe des amis de la gouvernance mondiale s’est tenue au siège des nations Unies à New-York. Dans le discours qu’il a délivré à cette occasion, le Ministre Wang Yi a défini 9 axes principaux pour réformer et améliorer la gouvernance mondiale. Certainement convaincu par la pertinence de la démarche chinoise, le Secrétaire Général de l’Onu, Antonio Guterres « estime que l’Igm est riche de contenu et que ses principes fondamentaux correspondent largement aux convictions défendues par les Nations unies, répondent avec force à l’appel pressant de la communauté internationale en faveur de la réforme et du perfectionnement du système de gouvernance mondiale ». Y a-t-il meilleur soutien à cette initiative ?
*PhD. Analyste politique



