À Yaoundé, un colloque national a réuni femmes, experts et acteurs de terrain autour de la prévention des féminicides et du renforcement de la protection des victimes.
Hawa Ali (Stagiaire)

Pendant plusieurs heures, femmes et hommes issus de différents secteurs ont échangé sur les mécanismes qui favorisent les violences faites aux femmes et sur les moyens de mieux les prévenir. Les discussions se sont articulées autour de cinq panels consacrés notamment à la compréhension des causes des féminicides, la prévention, l’autonomisation et la protection des victimes, ainsi que les réponses judiciaires et sécuritaires.
Les participants ont d’abord cherché à identifier les facteurs susceptibles de conduire aux violences et, dans certains cas, au meurtre d’une femme en raison de son sexe. Les échanges ont également porté sur le rôle de la famille, de la société et des différents acteurs dans la prévention. « Reconnaître et comprendre les causes », « Prévenir, autonomiser et protéger », « Justice et sécurité » ou encore « Alerter, financer et agir » ont constitué les principaux axes des discussions.
Des professionnels et acteurs de terrain ont partagé leurs expériences sur les mécanismes d’alerte, l’accompagnement des victimes et la nécessité d’une réponse coordonnée.
Le témoignage de Molo Adélaïde a particulièrement retenu l’attention. Victime de violences conjugales et menacée de mort par son conjoint, elle a raconté 21 années marquées par différentes formes de violences. « J’ai été violentée par un homme en tenue pendant 21 ans. Je me suis mariée très jeune, j’ai fait six enfants avec cet homme. J’ai subi tout type de violence. Violence physique, monsieur m’a brisé les côtes en 2020, j’ai un certificat. Il a voulu me crever l’œil en 2009. Il m’a fait perdre l’estime de moi-même. J’ai passé 21 ans, je pleurais chaque jour. », témoigne-t-elle.
Pour Caroline Sack-Kendem, présidente d’Awep Cameroun, l’autonomie financière constitue l’un des moyens permettant aux femmes de réduire leur dépendance face aux situations de violence. « Le livrable de ce colloque, c’est la Déclaration conjointe de Yaoundé sur les féminicides, avec 25 recommandations. Nous sommes comptables de l’implémentation », explique-t-elle. Elle insiste également sur la nécessité pour les femmes de disposer de leurs propres ressources. « Donc soyez indépendantes financièrement. C’est ce qui peut vous sauver la vie quand l’homme change. Votre premier mari doit être votre travail », affirme Caroline Sack-Kendem.
À travers ce colloque, Awep Cameroun entend renforcer la réflexion et l’action autour des féminicides. L’objectif est également de favoriser une meilleure prévention, une protection accrue des victimes et une prise en charge adaptée des femmes exposées aux violences. La rencontre s’est achevée par l’adoption de la déclaration conjointe de Yaoundé sur les féminicides, qui comprend des recommandations.



