Dans une correspondance du 14 octobre 2026, le ministre de l’Éducation de Base interdit l’usage des chatbots chez les élèves et dans les établissements scolaires.
Michel Enony

Chez Josseline M., pas de téléphone avant l’obtention du baccalauréat. Même à la maison, pour les recherches ou les devoirs, le contrôle est strict. « Aujourd’hui, avec les outils d’intelligence artificielle, c’est facile de tricher. C’est pourquoi je leur (ses enfants, ndlr) interdis formellement d’en avoir », explique l’institutrice, mère de trois enfants. Les deux derniers sont à l’école primaire, tandis que l’aîné est au secondaire.
Dans une correspondance du 14 octobre 2026, adressée aux délégués régionaux, le ministre de l’Éducation de Base, Laurent Serge Etoundi Ngoa, a tranché. Il est interdit dans les établissements scolaires publics et privés l’usage de ChatGPT et autres Intelligences artificielles (IA) génératives. « C’est une bonne décision, sinon on risque d’avoir toute une génération d’élèves plongée dans les automatismes et de plus en plus cancres », se réjouit Paulin, parent d’élève.
Les experts en sciences cognitives alertent, eux, sur le « déchargement cognitif. » Ils montrent que résoudre des exercices avec une machine fait perdre les compétences de lecture, d’écriture et de raisonnement. Pour le ministre, la technologie ne remplace pas la réflexion : il faut d’abord apprendre à réfléchir par soi-même.
Aux enseignants, il recommande de concevoir des exercices de classe et des devoirs qui amènent l’élève à mobiliser ses propres efforts et aptitudes, à travers des activités telles que « l’écriture manuscrite, le dénombrement, le dessin, les explications orales et les travaux pratiques afin de vérifier la compréhension des élèves par le questionnement oral et accorder davantage de poids aux travaux réalisés en classe sous supervision qu’aux devoirs à domicile dans l’évaluation des progrès », insiste-t-il.
Si l’interdiction s’applique en classe, difficile de contrôler à la maison. La circulaire mise donc sur les parents, appelés à ranger les écrans loin des enfants pendant les devoirs. Pour contrer le phénomène, au sein de la cellule familiale, il est nécessaire selon lui de « sensibiliser les parents afin qu’ils s’abstiennent d’utiliser les applications d’IA pour faire les devoirs à la place de leurs enfants, et les encourager à tenir les téléphones portables à l’écart pendant le temps des devoirs. » Ceci afin de préserver la réflexion humaine, face à l’automatisation précoce.
Fabrice Makem : La première étape serait de clarifier les usages autorisés
Expert et formateur en Éducation aux médias et à l’information (Emi), il propose d’amener les jeunes à comprendre les limites de l’IA, plutôt qu’une interdiction systématique.
Michel Enony

La note du ministre de l’Éducation de Base interdit l’usage des outils d’intelligence artificielle (IA). Quelle lecture faites-vous de cette décision ?
Je pense qu’il faut d’abord comprendre les préoccupations qui peuvent motiver une telle décision. L’école doit protéger les apprentissages, préserver l’effort intellectuel des élèves et garantir l’intégrité du travail scolaire. Avec l’IA, il existe effectivement des risques de dépendance, de tricherie, de diffusion de fausses informations et d’affaiblissement de certaines compétences, notamment la rédaction et le raisonnement.
Cependant, je pense qu’une interdiction générale mérite d’être interrogée. À mon sens, l’enjeu n’est pas simplement d’autoriser ou d’interdire, mais de déterminer dans quelles conditions son utilisation est pertinente, responsable et compatible avec les objectifs pédagogiques.
Il faut donc distinguer l’utilisation de l’IA pour contourner l’apprentissage de son utilisation comme outil d’accompagnement. La décision ministérielle peut être l’occasion d’ouvrir un véritable débat sur la place de l’IA dans notre système éducatif, en associant les enseignants, les parents, les élèves, les spécialistes du numérique éducatif et même la société civile.
Cette interdiction peut-elle pousser à la défiance ?
Oui, parce qu’une interdiction qui n’est pas accompagnée d’explications, de dialogue et d’alternatives pédagogiques risque de produire l’effet inverse de celui recherché. Les élèves continueront probablement à rencontrer ces outils en dehors de l’école, parfois sans accompagnement ni repères pour les utiliser correctement. C’est là que se situe le risque de défiance : lorsque les pratiques réelles des jeunes sont très éloignées des règles de l’institution, le dialogue devient plus difficile. Le véritable enjeu ici est de passer d’une logique de prohibition systématique à une logique d’éducation et de responsabilisation.
Comment encadrer l’usage de l’IA dans nos établissements scolaires ?
Je pense qu’il faut construire un cadre d’utilisation progressif, réaliste et adapté à nos établissements. La première étape serait de clarifier les usages autorisés, les usages interdits et les situations dans lesquelles l’Ia peut être utilisée sous la supervision d’un enseignant.
Ensuite, il faut former les enseignants. On ne peut pas demander aux éducateurs d’encadrer efficacement un outil qu’ils ne connaissent pas suffisamment. Cette formation doit porter sur les possibilités de l’IA, mais aussi sur ses erreurs, les biais, les risques liés aux données personnelles, les droits d’auteur et les questions d’intégrité académique.
Quel rôle peut jouer l’Éducation aux médias et à l’information dans ce contexte ?
L’Éducation aux médias et à l’information, ou Emi, a un rôle fondamental à jouer, car elle permet de développer l’esprit critique et l’autonomie des apprenants face à l’information et aux technologies numériques. Avec l’intelligence artificielle, cette mission devient encore plus importante.
Les compétences en Emi doivent donc apprendre à questionner ce qu’on reçoit, à vérifier les sources, à confronter les informations, à repérer les biais et à comprendre que l’IA peut produire des erreurs ou des contenus trompeurs.
Pour moi, l’Emi ne consiste pas à apprendre aux jeunes à utiliser tous les outils numériques, mais à leur donner les capacités de comprendre, d’évaluer et d’utiliser ces outils avec discernement
Non à l’Ia au primaire !
Par Arnaud Kuipo
C’est l’une, sinon la grande révolution de ce siècle : l’intelligence artificielle (IA). Elle s’invite dans tous les domaines de la vie : gastronomie, culture, politique, économie, éducation, etc. Aucun ne lui échappe. En effet, plusieurs définitions existent sur l’IA. Le Larousse la voit comme l’ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine. Dans le même sens, le Parlement européen, apprend-on, la définit comme tout outil utilisé par une machine capable de reproduire des comportements liés aux humains, tels que le raisonnement, la planification et la créativité.
Au ministère de l’Education de Base (Minedub), on ne veut pas de l’IA. Le ministre Laurent Serge Etoundi Ngoa l’a dit dans une correspondance adressée à ses collaborateurs, les délégués régionaux. Il s’appuie d’ailleurs sur les « orientations de l’Unesco recommandant un âge minimum de 13 ans pour l’utilisation des outils d’IA générative en classe ». Cette décision ministérielle est à saluer au regard des risques qu’elle fait courir à ses utilisateurs. A la maison, les parents se doivent de ne pas verser dans la facilité offerte par l’intelligence artificielle. Ils se doivent d’accompagner leurs enfants autrement dans la réalisation de leurs devoirs de classe. Idem en classe où cet outil doit être clairement encadré lors de la dispensation des leçons.
A ce bas âge, il est clair que les encadreurs (enseignants et parents) de nos tout-petits se doivent de les laisser raisonner par eux-mêmes. Et ce n’est pas leur faire du mal puisqu’avant l’essor de ces outils technologiques, les élèves s’acquittaient normalement de leurs devoirs scolaires.
Seulement, au regard de son utilité certaine dans la vie de tous les jours, une réflexion profonde sur son usage n’est pas à exclure. Elle pourrait fixer les conditions dans lesquelles l’IA peut être utile chez nos tout-petits en classe ou à la maison.



