Avec un atelier capable de produire jusqu’à 3 600 paires de chaussures par jour, le ministère de la Défense veut réduire sa dépendance extérieure dans l’approvisionnement des forces de défense.
Rebara Habra
De l’intérieur, s’échappe le vrombissement des machines. Dans un hangar de près de 1 730 m² de surface bâtie, des machines attendent de prendre officiellement service. Les premiers essais techniques ont été concluants. Sur le site, le projet prend progressivement forme. L’armée camerounaise s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la fabrication locale de ses équipements.
Baptisé « Atelier Maître bottier et chaussures », ce nouvel outil industriel s’inscrit dans une ambition plus large du ministère de la Défense. Celle de réduire la dépendance extérieure dans l’approvisionnement des forces de défense et se donner les moyens de répondre, sur place, à une partie de leurs besoins logistiques. Un choix qui intervient dans un contexte sécuritaire marqué par la multiplication des menaces sur le territoire national et un engagement opérationnel croissant des forces.
Présentée au ministre délégué à la présidence chargé de la Défense par le lieutenant-colonel Nkoa, chef de la réserve centrale de l’armée et de la gendarmerie, lors de sa visite du site, le 5 novembre 2026, la fiche technique du projet donne la mesure des ambitions affichées. Implanté dans la continuité de l’Atelier central de confection, sur une superficie totale d’environ 4 850 m², le complexe dispose de deux lignes de fabrication. À plein régime, celles-ci pourraient produire jusqu’à 3 600 paires de chaussures par jour, avec un effectif prévisionnel de 450 personnels répartis en trois bordées.
Production
Derrière cette capacité annoncée se trouve une chaîne de fabrication qui doit intégrer l’essentiel des étapes du métier. De la réception des matières premières à la coupe, en passant par la préparation, la piqûre, le montage, le semelage, les finitions et le contrôle qualité, chaque opération est appelée à être réalisée au sein de l’atelier. Le conditionnement viendra clore le processus.
L’objectif n’est pas seulement de fabriquer des chaussures en quantité. Il s’agit surtout de produire des modèles adaptés aux réalités du terrain camerounais. Le projet est conduit par deux entreprises camerounaises, avec l’accompagnement de partenaires chinois. Une collaboration qui doit notamment permettre le transfert de technologie et la formation d’une expertise locale. À terme, le ministère de la Défense entend disposer de compétences nationales capables d’assurer non seulement la production, mais également la maintenance et la pérennité de l’outil industriel.
Sur le plan des infrastructures, le chantier affiche un taux d’exécution de 95 %. Un premier stock de cuir, destiné à la fabrication de 10 000 paires de chaussures-échantillons, est également disponible. Au-delà de la fourniture des chaussures aux militaires, l’atelier porte une ambition industrielle plus large. L’enjeu est donc autant logistique qu’économique et technologique : réduire certaines importations, développer des compétences locales et inscrire progressivement le Cameroun dans une dynamique de production de ses propres équipements de défense.


