Sortis des moules de l’Association Apash-Cam, ils ont reçu leurs parchemins à Yaoundé le 14 août 2026.
Guy Martial Tchinda

Le Cameroun s’enrichit de 18 nouveaux enseignants spécialisés en éducation inclusive. Ces professionnels, outillés dans le cadre du programme de formation de l’Association des parents et amis solidaires des personnes handicapées du Cameroun (Apash-Cam), ont reçu leurs parchemins de fin de formation le 14 août 2026 à Yaoundé. Avec les nouvelles compétences acquises, ils pourront désormais mieux gérer les classes inclusives et surtout l’éducation des personnes à besoins spécifiques.
« Cette formation va me permettre de mieux socialiser les enfants à besoins spécifiques, de les inclure et de faire en sorte que leurs camarades ne soient plus, pour eux, un problème. Elle permet également de sensibiliser toute la communauté éducative, les acteurs et tous les parents afin qu’ils comprennent que ces enfants sont des personnes à part entière. Ils doivent être avec nous, vivre avec les autres et s’épanouir, puisque la politique éducative camerounaise prescrit l’éducation pour tous. Personne ne doit être en reste : il faut sensibiliser les parents pour qu’ils fassent sortir de chez eux tous ces enfants qu’ils pensent être une charge, afin que la société accomplisse en eux le miracle de l’éducation », explique Boris Tekeu, éducateur inclusif en service à l’Ecole publique d’application inclusive d’Oyom-Abang dans l’arrondissement de Yaoundé 7ᵉ.
Cette cohorte porte à 152 le nombre d’enseignants spécialisés formés par Apash-Cam depuis 2017. « Cette année est particulière en raison de la forte participation des membres de la communauté musulmane, des femmes comme des hommes, qui vont également faciliter l’apprentissage et sensibiliser cette communauté dans les mosquées et dans les familles. Nous remercions le gouvernement camerounais qui nous accompagne », s’est réjoui Philippe Dongmo, le président d’Apash-Cam.
Du côté du ministère des Enseignements secondaires, l’on fonde beaucoup d’espoir en ces formations. « Chaque acteur de la société doit être un partenaire de l’inclusion dans nos établissements scolaires, et davantage les parents que les enseignants eux-mêmes. Apash-Cam, qui forme en éducation inclusive, permet désormais à chacun de ces acteurs d’accompagner les élèves présentant des handicaps, surtout sensoriels, afin qu’ils participent à leur manière à l’éducation », a déclaré Nama Essomba, le délégué départemental pour le Mfoundi. « Le ministère des Enseignements secondaires est, quant à lui, résolument engagé dans cette approche inclusive et vient de transformer certains de ses établissements en structures inclusives à savoir : le Lycée technique inclusif de Yaoundé 3, le Lycée bilingue d’Ekounou et le Lycée bilingue de Nkol-Eton. Tous les enfants ont droit à l’éducation », a-t-il ajouté.
Mais il faut préciser qu’en dépit des efforts d’Apash-Cam et d’autres acteurs dans la formation des enseignants spécialisés, le Cameroun peine toujours à couvrir l’ensemble de ses besoins dans ce domaine. En conséquence, de nombreux établissements ou salles de classe n’en sont pas encore pourvus.
Nidelle Dongmo Tabontsa :
90 % des participants sont des instituteurs
La directrice de la formation de l’Association des parents et amis solidaires des personnes handicapées du Cameroun (Apash-Cam) parle du contenu du programme d’enseignement dispensé à la huitième cohorte d’enseignants formés par cette organisation.
Guy Martial Tchinda

L’Association des parents et amis solidaires des personnes handicapées du Cameroun (Apash-Cam) a procédé, le 14 août 2026 à Yaoundé, à la remise des parchemins de fin de formation à la huitième promotion des enseignants spécialisés formés en éducation inclusive. Pouvez-vous nous présenter le contenu des enseignements dispensés durant cette session ?
En fait, la formation s’est articulée autour de cinq modules principaux : la psychologie de l’enfant en situation de handicap, l’éducation inclusive, les techniques de la langue des signes française, la lecture et l’écriture en braille, ainsi que la législation relative au handicap. La remise des parchemins d’aujourd’hui (14 août 2026, ndlr) marque la fin officielle de la session, après les soutenances des apprenants qui se sont tenues le 12 août.
Quels sont les profils des participants et quel est l’objectif principal visé par ce programme ?
Pour cette session, 90 % des participants sont des instituteurs, accompagnés de quelques entrepreneurs et parents d’élèves. L’objectif principal est de rendre notre société véritablement inclusive pour que chacun puisse communiquer avec les autres, que ce soit au sein des établissements scolaires, des hôpitaux ou dans l’espace public, sans que le handicap ne constitue une barrière.
Quel bilan faites-vous au terme de cette session ?
Au total, 18 personnes, venues de différentes régions et villes comme Douala, Foumban, Foumbot ou Bamenda, ont été formées cette année. Il ne s’agit pas d’un coup d’essai, mais d’une démarche pérenne qui en est déjà à sa huitième édition.
Éducation inclusive : Le Cameroun toujours loin du compte
Guy Martial Tchinda
Le 13 avril 2010, le président de la République du Cameroun promulgue une loi portant protection et promotion des personnes handicapées. Cet instrument juridique, dont le décret d’application a été signé le 26 juillet 2018 par le Premier ministre, fait de l’éducation des personnes handicapées une obligation pour l’État. « L’État prend des mesures particulières pour garantir l’accès de ces dernières à l’éducation et à la formation professionnelle. Ces mesures comprennent : la prise en charge matérielle et financière ; l’appui pédagogique », lit-on.
Plus tard, l’État transforme 70 écoles publiques en écoles inclusives, avant de porter leur nombre à 720. Problème, ces établissements, qui ne sont pas déjà suffisants pour couvrir les besoins, ne disposent pas tous d’enseignants spécialisés à même d’organiser et de tenir une classe inclusive. Ce qui crée une inégalité dans l’accès aux enseignements entre les personnes handicapées et les autres.
De même, l’éloignement de certaines personnes handicapées des écoles mieux loties ne leur permet pas toujours d’y aller. Le coût de la scolarité pour les parents qui sollicitent les écoles privées constitue également une barrière. Il existe encore des écoles qui exigent des parents d’enfants handicapés qu’ils paient le double de la scolarité pour que leur progéniture y soit acceptée, ou encore des enseignants qui exigent des paiements supplémentaires pour s’occuper des enfants handicapés.
En outre, l’accessibilité limitée aux infrastructures, l’insuffisance ou l’absence de matériels didactiques et pédagogiques adaptés sont autant des freins qui ajoutent à la frustration des élèves handicapés déjà marginalisés et stigmatisés par un entourage pas toujours inclusif.
Lors de la célébration de la campagne de sensibilisation des familles et communautés sur l’éducation inclusive le 29 mai 2026 à Yaoundé, Vivian Asheri Kilo, la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Éducation de Base, avait invité les parents à la saisir immédiatement si l’on refusait d’accepter leur enfant dans une école du fait de son handicap. Mais l’État gagnerait plutôt à créer davantage d’écoles inclusives et à les doter des bonnes conditions d’enseignement inclusif pour garantir que l’enfant qui y arrive puisse être bien traité, malgré son handicap, un pied d’égalité avec les autres élèves.



