Dr Fabilou : « L’exclusion de Maurice Kamto de la présidentielle ne marque pas la fin de son influence politique »

Tout en considérant que l’exclusion du candidat du Manidem altère la substance démocratique du scrutin d’octobre 2025, le politologue à l’Université de Ngaoundéré lui suggère néanmoins trois options pour continuer de peser sur la scène politique nationale camerounaise.


Par Cyril Essissima


 

Sur 82 candidatures, 13 ont été retenues par le Conseil électoral d’Elecam. Quel est votre regard sur cette liste, en termes de poids individuel des candidats ?

La liste des 13 candidatures retenues par le Conseil électoral d’Elecam pour la présidentielle du 12 octobre 2025 révèle un paysage politique profondément fragmenté. Si elle semble témoigner d’un certain dynamisme démocratique au premier regard, elle dissimule en réalité une série de fragilités structurelles. En dehors de quelques figures connues du grand public (telles que Cabral Libii, leader du Pcrn et troisième à la présidentielle de 2018, Akere Muna, avocat international et ancien bâtonnier, ou encore Paul Biya, président sortant et figure tutélaire du régime depuis plus de quarante ans) la majorité des candidats apparaissent comme des acteurs peu enracinés dans les dynamiques sociopolitiques du pays.

Nombre d’entre eux ne disposent ni d’un appareil partisan robuste ni d’une base militante significative au niveau territorial. Cette carence en structuration, souvent observable dans les partis dits « satellites » ou « accompagnateurs » (cf. Bayart, 1990), questionne leur capacité réelle à mobiliser, convaincre ou gouverner. Elle trahit une personnalisation excessive des candidatures au détriment d’un travail politique de fond. Dans ce sens, l’abondance de candidatures ne saurait être confondue avec un véritable pluralisme politique, qui supposerait des visions alternatives bien définies, des programmes articulés et des mécanismes de régulation équitables (Fombad, 2021).

En effet, cette inflation de candidatures — dont plusieurs relèvent plus du témoignage personnel ou du geste protestataire que d’une stratégie de conquête du pouvoir — accentue la dilution de l’opposition et contribue paradoxalement au maintien du statu quo. Certains analystes n’hésitent pas à y voir une instrumentalisation du multipartisme, permettant de créer un effet de dispersion favorable au candidat du pouvoir, surtout dans un contexte de scrutin majoritaire à un tour (Nyamnjoh, 2005).

Ainsi, cette liste traduit moins une ouverture démocratique réelle qu’une pluralité de façade, orchestrée dans un champ politique verrouillé et faiblement compétitif. Elle illustre une démocratie d’apparence, où la diversité des candidatures masque difficilement l’asymétrie des moyens, l’inégalité des traitements et la faible crédibilité de l’arbitrage électoral. Cette situation rappelle le constat de Jean-François Bayart sur les « politiques du ventre » : des systèmes politiques où la compétition électorale reste subordonnée à la reproduction des élites dominantes et à la patrimonialisation de l’État.

Dr Fabilou, politologue.

 

C’est une liste ultra masculine avec une seule femme dans la course. Quelle analyse ?

Sous-représentation des femmes à la présidentielle camerounaise : un symptôme d’exclusion systémique

La présence d’une seule femme parmi les 13 candidatures retenues pour la présidentielle de 2025 constitue un signal alarmant sur l’état de la participation politique féminine au Cameroun. Loin d’être une anomalie conjoncturelle, cette quasi-absence s’inscrit dans une dynamique structurelle de marginalisation des femmes dans les sphères décisionnelles, malgré les discours récurrents sur la parité et l’égalité des chances. Elle met en lumière un plafond de verre encore solidement installé dans les pratiques politiques camerounaises.

Plusieurs facteurs explicatifs peuvent être invoqués. En premier lieu, le patriarcat institutionnel, solidement ancré dans les structures sociopolitiques et les partis politiques, continue de reléguer les femmes à des fonctions subalternes, souvent cantonnées à des rôles de mobilisation ou d’appui logistique, sans accès aux postes de décision ou d’investiture (cf. Eboussi Boulaga, 1997). Cette exclusion est souvent renforcée par des stéréotypes culturels qui associent le leadership politique à des attributs masculins, nourrissant ainsi une division sexuée du pouvoir.

En second lieu, l’accès inégal aux ressources constitue un frein majeur. Les femmes engagées en politique disposent généralement de moins de moyens financiers, de réseaux de soutien ou de visibilité médiatique que leurs homologues masculins. Or, dans un système électoral fortement monétisé et médiatisé, ces ressources sont décisives pour faire valoir une candidature crédible (cf. UN Women, 2022). La faible médiatisation des parcours politiques féminins contribue également à leur invisibilisation dans l’espace public, nourrissant un cercle vicieux d’exclusion et de découragement.

Par ailleurs, l’absence de dispositifs institutionnels de discrimination positive (comme des quotas contraignants) fragilise les dynamiques d’émancipation politique. Malgré l’engagement du Cameroun à divers instruments juridiques internationaux — tels que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) — les textes nationaux restent peu contraignants en matière de parité, et leur mise en œuvre est souvent formelle voire cosmétique (CEDAW, 2019).

Enfin, la responsabilité incombe aussi aux partis politiques, principaux pourvoyeurs de candidatures. Très peu de formations promeuvent activement l’ascension des femmes dans leurs hiérarchies. Les investitures féminines sont souvent symboliques ou tactiques, utilisées comme levier de communication sans réelle volonté de leur assurer un accès égal à la compétition électorale (cf. Gender Links, 2020).

En somme, cette sous-représentation féminine dans la course présidentielle n’est pas simplement un problème quantitatif. Elle constitue un déficit de démocratie, qui révèle le retard préoccupant du Cameroun en matière d’inclusivité et de justice de genre. Elle interroge la sincérité des engagements politiques à féminiser le pouvoir, et appelle à une réforme structurelle des conditions d’accès à la compétition politique, dans une perspective réellement égalitaire.

 

70 dossiers ont été rejetés dont plusieurs candidats indépendants. Cela traduit-il une impréparation de certains ?

Le rejet massif des candidatures : symptôme d’une démocratisation formelle et d’un déficit de pédagogie électorale

Le rejet de 70 dossiers sur les 82 candidatures déposées pour la présidentielle d’octobre 2025 ne peut être interprété comme un simple détail technique. Il s’agit d’un indicateur fort d’impréparation, de précipitation et parfois même de méconnaissance des exigences juridiques et administratives imposées par la loi électorale. Une telle proportion de rejets (près de 85%) suggère que nombre de postulants se sont engagés dans la course présidentielle sans disposer ni des moyens matériels nécessaires ni de la maîtrise des procédures encadrant le processus (cf. Loi n°2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral camerounais).

Ce phénomène traduit également une certaine banalisation de l’acte de candidature, qui tend à devenir un outil d’expression personnelle, voire un acte de contestation politique, plutôt qu’un véritable projet de gouvernance nationale. Plusieurs dossiers semblent avoir été déposés par des individus motivés par la visibilité médiatique, la quête de reconnaissance ou l’espoir d’obtenir un positionnement ultérieur dans l’espace politique, et non par une vision cohérente du leadership présidentiel. Ce que l’on observe ici, c’est un décalage entre le désir de participer à la vie politique et la réalité des contraintes institutionnelles (cf. Mbembe, 1992).

Cependant, l’ensemble de la responsabilité ne saurait être imputé uniquement aux aspirants. Il convient de souligner le rôle ambivalent d’Elecam, organe chargé d’organiser, de superviser et de réguler les scrutins électoraux. En l’espèce, l’institution semble s’être limitée à une lecture techniciste et formaliste des textes, sans avoir rempli pleinement son devoir de pédagogie électorale, d’accompagnement et de clarification en amont du processus. Dans une démocratie réellement inclusive, les organes électoraux ne se contentent pas de trancher ; ils informent, sensibilisent et facilitent la participation dans le respect des règles du jeu (cf. IDEA, 2021).

Autrement dit, la rigueur administrative exigée ne devrait pas se transformer en piège juridique, encore moins en instrument de sélection dissimulée. Lorsque la majorité des candidatures est rejetée pour des motifs souvent techniques — défaut de signature, absence de parrainages en bonne et due forme, ou erreurs de forme — cela interroge l’accessibilité réelle du processus électoral. Cela évoque une démocratie d’accès limité, où la complexité procédurale devient un filtre d’exclusion plus qu’un gage de transparence (Fombad, 2018).

En définitive, cette vague de rejets massifs appelle à une réforme en profondeur du processus de dépôt des candidatures, qui devrait allier exigence de qualité, accessibilité et transparence. À défaut, le Cameroun risque de perpétuer un modèle où l’offre politique est appauvrie non par manque d’ambition, mais par excès de contraintes opaques.

 

En réponse au rejet de la candidature de Maurice Kamto pour « pluralité d’investiture », selon Elecam, ses partisans dénoncent un acharnement et le deux poids deux mesures dans l’application de la loi, cat le même sort aurait dû être réservé à Paul Biya, le candidat du Rdpc. Qu’en pensez-vous

La décision d’Elecam de rejeter la candidature de  Maurice Kamto au motif de « pluralité d’investiture » suscite une vague de contestations légitimes au sein de l’opinion publique. Elle alimente un sentiment de deux poids deux mesures dans l’interprétation et l’application des règles électorales, renforçant l’idée d’un traitement politique des candidatures, où la neutralité de l’arbitre est gravement mise en cause.

Sur le plan strictement juridique, le motif invoqué  s’avère hautement discutable. Le Code électoral camerounais ne prévoit pas explicitement une interdiction formelle de ce type, et sa formulation sur l’unicité de l’investiture reste ambiguë (cf. Loi n°2012/001, art. 121). En droit électoral comparé, cette zone d’ombre aurait dû bénéficier à la candidature, dans l’esprit de préservation du pluralisme démocratique (cf. IDEA, Global Electoral Justice, 2021).

Pire encore, un précédent direct existe : en 2011, l’Union des Populations du Cameroun (UPC) avait présenté plusieurs candidats issus de factions rivales, notamment Augustin Frédéric Kodock et Pierre Baleguel Nkot, sans que cela ne soulève la moindre objection de la part d’Elecam. Cette jurisprudence informelle met en évidence l’incohérence et l’irrégularité dans l’application des textes, donnant du crédit à l’argument selon lequel certaines candidatures sont écartées non en vertu du droit, mais au gré d’opportunités politiques (cf. Rapport Elecam, 2011 ; Fombad, 2020).

Les partisans de Kamto dénoncent à juste titre un acharnement politique, et l’argument est difficile à balayer d’un revers de main. Depuis la crise post-électorale de 2018, ponctuée par de nombreuses arrestations et une répression judiciaire ciblée du MRC, les institutions électorales ont rarement été perçues comme impartiales. La disqualification de Kamto renforce cette impression d’instrumentalisation des procédures pour disqualifier les opposants les plus sérieux, dans un contexte où la compétition politique reste asymétrique, dominée par le Rdpc et son candidat historique, Paul Biya.

Le contraste entre la sévérité appliquée à Kamto et la tolérance dont bénéficie le candidat du pouvoir, régulièrement investi par des partis satellites sans objection, accentue ce sentiment d’injustice. Cela renvoie à une forme de « démocratie dirigée », où le droit devient un outil de filtrage politique plus qu’un levier d’équité (cf. Bayart, Le gouvernement du politique, 1992).

En définitive, cette affaire n’est pas anodine. Elle fragilise davantage la légitimité du processus électoral, déjà miné par des années de suspicions, d’abstention croissante et de défiance institutionnelle. En excluant Kamto sur une base aussi contestable, Elecam ouvre la voie à une élection sans véritable concurrence, dont les résultats seront perçus comme entachés d’iniquité, quel qu’en soit l’issue.

Dr Fabilou, politologue

Le régime estime que l’ex-président du Mrc est victime de ses erreurs, notamment par sa décision de boycotter les élections locales de février 2020. Est-ce un argument valable au vu des efforts qu’il a fait pour répondre aux conditions d’éligibilité ?

Qualifier la disqualification de Maurice Kamto par Elecam comme la conséquence naturelle de sa décision de boycotter les élections locales de février 2020 relève d’une lecture à la fois réductrice et tendancieuse. Certes, le boycott fut un choix politique controversé, notamment parce qu’il a privé le Mrc d’une implantation locale plus formelle, et donc de la possibilité de présenter des élus locaux éligibles au parrainage requis pour la présidentielle. Toutefois, ce choix s’inscrivait dans un contexte bien précis de contestation du système électoral, jugé biaisé et verrouillé par de nombreux observateurs nationaux et internationaux (cf. International Crisis Group, 2020 ; Fombad, 2021).

Assimiler cette décision à une erreur stratégique irréversible revient à confondre liberté d’expression politique et sanction institutionnelle. Une démocratie authentique repose sur la pluralité des choix politiques, y compris celui de ne pas participer à une élection jugée inéquitable. La participation électorale ne saurait être un critère de fidélité au système, encore moins une condition de recevabilité d’une candidature future. Autrement dit, boycotter une élection n’invalide pas le droit de concourir à la suivante, si toutes les autres conditions légales sont remplies.

Or, selon les éléments disponibles, Maurice Kamto aurait satisfait aux exigences administratives et légales fixées par le Code électoral : dossier de candidature complet, parrainages requis collectés via le Manidem, et dépôt effectué dans les délais. Le motif retenu pour son exclusion — la pluralité d’investiture — reste, comme indiqué précédemment, juridiquement discutable. Par conséquent, lier de manière causale le boycott de 2020 à la disqualification de 2025 relève davantage d’un récit politique que d’un argument juridique recevable.

Cette posture gouvernementale s’apparente à une forme de punition différée, qui instrumentalise les règles pour sanctionner une dissidence politique assumée. Elle s’inscrit dans une logique plus large de représailles symboliques contre ceux qui contestent la légitimité du système électoral, en marginalisant progressivement les opposants par des mécanismes indirects. Cette dynamique est incompatible avec les principes d’un État de droit, où les candidatures doivent être évaluées sur la base de critères objectifs, et non en fonction de l’histoire politique des individus (cf. Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, 2019).

En définitive, la démocratie ne peut reposer sur la rétribution des loyautés ni sur la sanction des ruptures politiques. Elle doit au contraire offrir un cadre où la critique, la contestation et même le boycott sont reconnus comme des formes légitimes de participation politique. Le recours à ces instruments comme des fautes politiques expose une conception autoritaire de la compétition électorale, où l’inclusion devient conditionnelle à l’adhésion au système dominant.

 

Est-ce que le scrutin présidentiel du 12 octobre 2025 sans Maurice Kamto pourrait entacher la crédibilité de l’élection ?

L’exclusion de Maurice Kamto de la présidentielle de 2025 constitue bien plus qu’un incident de parcours ou une simple décision administrative : elle altère profondément la substance démocratique du scrutin à venir. Kamto n’est pas un candidat marginal. Il est l’un des très rares leaders de l’opposition camerounaise à conjuguer une assise électorale nationale, une structuration partisane solide à travers le Mrc, et un leadership charismatique, forgé à la fois dans les institutions (ancien ministre délégué à la Justice) et dans la rue, notamment à travers ses mobilisations post-électorales en 2019 (cf. International Crisis Group, 2019 ; Le Monde Afrique, 2020).

En l’écartant de la compétition, l’élection présidentielle perd l’un de ses pôles dynamiques. Elle devient un espace déséquilibré, où l’alternance cesse d’être une possibilité crédible, et où la compétition se vide de son enjeu central : permettre une confrontation équitable de projets politiques distincts. Une élection sans Kamto, dans le contexte camerounais, équivaut à une joute électorale amputée de sa voix discordante la plus articulée. Cette réalité nuit à la vitalité du débat public et à l’intérêt même du processus électoral pour une partie non négligeable de l’électorat (cf. Dahl, Polyarchy, 1971 ; Fombad, 2020).

Au-delà de l’atteinte à la compétition, le risque de polarisation sociale et politique est bien réel. Déjà marquée par une forte abstention, une fragmentation de l’opposition, et une désaffection des jeunes à l’égard des institutions, la société camerounaise pourrait interpréter cette éviction comme une confirmation que les dés sont pipés d’avance, et que le jeu démocratique est verrouillé. L’éviction d’un candidat populaire comme Kamto pourrait exacerber la méfiance envers Elecam et le Conseil constitutionnel, dont l’indépendance est régulièrement remise en question (cf. Freedom House, 2024 ; Afrobarometer, 2023).

Enfin, et peut-être surtout, cette exclusion fragilise en profondeur la légitimité du futur vainqueur, quel qu’il soit. Une victoire obtenue en l’absence d’un adversaire crédible n’a pas la même portée symbolique ni politique. Elle risque d’être perçue comme le produit d’un filtrage stratégique, et non comme l’expression libre et éclairée du suffrage universel. Dans toute démocratie authentique, la légitimité électorale ne repose pas uniquement sur la régularité du scrutin, mais sur la qualité et l’inclusivité de la compétition (cf. Diamond, Developing Democracy, 1999).

En définitive, priver les Camerounais d’une candidature comme celle de Kamto revient à dévaluer l’acte électoral lui-même, à le réduire à une procédure vide de sens démocratique. Ce n’est pas seulement une erreur juridique ou politique : c’est un symptôme du déficit démocratique structurel qui mine la confiance dans les institutions du pays.

Si le Conseil constitutionnel ne réhabilite pas sa candidature, que devra faire Maurice Kamto pour rester dans le jeu politique ? Soutenir un autre candidat, rester au Manidem ou retourner au Mrc ?

L’exclusion de Maurice Kamto de la présidentielle de 2025 ne marque pas nécessairement la fin de son influence politique. Mais elle l’oblige à recalculer ses marges de manœuvre, à redéfinir sa stratégie et à repositionner son discours dans un paysage politique fragmenté et verrouillé. Trois grandes options s’offrent à lui, chacune comportant des risques et des opportunités.

La première possibilité serait de soutenir un autre candidat de l’opposition, afin de peser indirectement sur le scrutin. Un tel choix supposerait une stratégie d’alliance mûrie, concertée et crédible, avec un acteur capable d’incarner une alternative sérieuse au régime. Cela pourrait redorer le blason de l’unité de l’opposition, souvent accusée de dispersion chronique (cf. Konings & Nyamnjoh, Journal of Contemporary African Studies, 2003). Toutefois, ce geste risquerait aussi de brouiller l’image de Kamto comme figure principale de l’alternative politique, surtout si le candidat soutenu ne partage pas totalement sa vision ou son style. Ce type de ralliement, mal préparé, pourrait être perçu comme un recul ou une compromission.

La deuxième option consisterait à maintenir une posture d’opposant intransigeant, dans une logique de dénonciation systématique du système électoral et de ses institutions. Ce choix s’inscrirait dans la continuité du positionnement radical adopté après 2018, et viserait à préparer les prochaines échéances sur le long terme, en capitalisant sur une base militante fidèle. Mais cette stratégie, si elle reste non articulée à un projet de transformation institutionnelle concret, pourrait conduire à un isolement politique, voire à un affaiblissement progressif de sa légitimité, comme cela a été observé chez d’autres figures politiques ayant opté pour le retrait prolongé du processus électoral (cf. Bratton & van de Walle, Democratic Experiments in Africa, 1997).

Une troisième voie, plus complexe mais potentiellement structurante, serait de capitaliser sur le Manidem — le parti qui l’a officiellement investi en 2025 — pour reconstruire une plateforme politique nouvelle, en y intégrant les militants déçus du MRC, d’autres acteurs de la société civile, voire certains jeunes leaders en quête de représentativité. Cette option pourrait permettre à Kamto de réaffirmer son leadership dans un cadre institutionnel renouvelé, à condition de clarifier ses intentions, d’apaiser les tensions internes et de présenter une vision stratégique cohérente (cf. Nguifo, Politique africaine, 2020).

Dans tous les cas, s’il veut rester un acteur politique central, Kamto devra impérativement reformuler son offre politique, en évitant le piège de la victimisation ou du silence stratégique. Il lui faudra bâtir un récit mobilisateur, porteur d’espoir et de justice, articulé autour d’un projet républicain fort, qui dépasse la seule critique du régime en place. Cela implique également de conserver une forte présence dans l’espace public, de continuer à structurer ses réseaux sur le terrain, et de préserver son image d’homme d’État capable, demain, d’incarner l’alternance.

Comme le rappelait Alain Touraine, une figure politique ne reste crédible que si elle parvient à conjuguer résistance à l’ordre établi et capacité de proposer un autre ordre possible (La voix et le regard, 1978). Le défi de Maurice Kamto, aujourd’hui, est précisément de ne pas se contenter de la posture du refus, mais de préparer l’après, de manière stratégique, inclusive et visionnaire.