L’arrondissement de Douala 5e a été particulièrement touché par les crues enregistrées dans la capitale économique dans la nuit de jeudi dernier, au terme desquelles une dame a été retrouvée morte.
Blaise Djouokep

Le doute pèse sur les circonstances réelles de la mort de Joséphine Sandjon. La jeune dame de 33 ans, enceinte et presque à terme, a été retrouvée sans vie dans son domicile au quartier Bonabo, dans l’arrondissement de Douala 5e, après que les eaux qui ont inondé les maisons dans la nuit du jeudi 10 au vendredi 11 septembre 2026 ont considérablement baissé. Seule l’autopsie qui sera réalisée par les médecins légistes qui sont descendus sur les lieux pourra faire la lumière sur les causes réelles de son décès.
Comme ce quartier, de nombreux autres de l’arrondissement de Douala 5e se sont réveillés les pieds dans l’eau. Certains habitants n’ont pas fermé les yeux et ont assisté, impuissants, à la montée progressive de l’eau dans leurs domiciles. Au quartier Makepe-Missoke, l’inondation a commencé vers minuit, à peine une heure après le début de la pluie. Les populations, encore éveillées pour certaines, ont protégé les documents et leurs biens qui pouvaient l’être. À 3h, l’eau était déjà à plus d’un mètre de hauteur. Sans électricité, les populations s’éclairaient à la lumière du téléphone pour sortir de leurs domiciles et trouver.
« C’est depuis 2h30 que nous sommes debout. C’est la catastrophe. Tout est dans l’eau dans la maison », regrette maman Odile. Dans certaines maisons, l’eau atteint le niveau des fenêtres. Des véhicules sont presque entièrement submergés. « Nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit, il fallait surmonter les matelas, les appareils électroniques et électroménagers, les documents imposants de la famille. Personnellement, je suis debout depuis minuit, quand j’ai ressenti la violence de la pluie sur le toit, j’ai su qu’il y allait avoir des inondations. Mais, je ne savais pas que ce serait aussi grave », déroule papa Paul. Dans la maison d’Alain, tout a été mouillé. Absent de son domicile pour des raisons professionnelles, c’est le cœur lourd qu’il constate les dégâts de l’eau dans son domicile quand il parvient à ouvrir sa porte aux environs de 11h.
Au pont Mbanya au lieu-dit Sable, la chaussée est submergée par les eaux, rendant impossible la circulation. Rien ne circule. Des centaines de personnes, parmi lesquelles des élèves, sont immobilisées de part et d’autre du pont. Impossible pour les habitants de Douala 5e passant par Bonamoussadi de rallier le reste de la ville. Pour traverser et vaquer à leurs occupations, certains se font porter sur le dos de certains hommes contre la somme de 500 Fcfa.
D’autres choisissent d’entrer dans un conteneur transporté par un camion. Vers 10h, certains élèves, résignés, retournent à la maison. Le blocus au niveau du pont Mbanya dure des heures. La situation est identique à Makepe-Missoke. « Même à Missoke, c’est toujours bloqué. Je reviens de là et le niveau d’eau est encore plus élevé. Je suis venu ici dans l’espoir d’avoir une meilleure situation. Et je constate que c’est légèrement mieux ici », renseigne un conducteur de moto-taxis.
C’est à plus de 10h, lorsque l’eau est descendue à un niveau acceptable, que la circulation reprend timidement, pour les véhicules qui ont un certain gabarit. Las d’attendre, certains retroussent pantalons, jupes, robes, chaussures en main, s’empressent alors de rejoindre l’autre rive du pont pour vaquer à leurs occupations. Certains véhicules et motos, longtemps immobilisés dans l’eau, peinent à démarrer. L’eau a également créé d’importants dégâts dans les boutiques et dans un centre d’imagerie médical situé à Sable. La baisse du niveau d’eau a favorisé la reprise des activités et permis aux sinistrés d’entrevoir le nettoyage de leurs maisons.
Inondations : Le cocktail fortes pluies et marée haute
À en croire la Communauté urbaine de Douala, la coïncidence a provoqué la montée importante des eaux enregistrée dans l’arrondissement de Douala 5e.
Blaise Djouokep

Bonamoussadi, Sable, Denver et Makèpè-Missokè, quatre quartiers de l’arrondissement de Douala 5e ont été touchés par les fortes précipitations enregistrées dans la nuit du 10 au 11 septembre 2026, à l’origine de la montée importante des eaux. Dans un document dans lequel il présente les raisons de ces inondations, le maire de la ville de Douala, Roger Mbassa Ndine, explique que « Cette montée des eaux est intervenue alors que les fortes pluies coïncident avec une marée haute de 2,25 m à 4 h 59, limitant temporairement l’évacuation des eaux pluviales vers le fleuve durant les heures les plus critiques ». Mais, peu avant ces inondations, le dispositif d’alerte précoce de la Communauté urbaine de Douala (Cud) a enregistré un dépassement du seuil haut sur la Ngonguè (2,803 m) ainsi qu’à l’exutoire de Tongo’a Bassa (3,107 m), où l’alarme s’est déclenchée à 2 h 31.
« Dans cette partie de la ville, les eaux sont notamment évacuées par le bassin du Tongo’a Bassa, la Ngonguè et le drain de Denver », explique la Cud. Sous l’effet des importants volumes de pluie reçus en quelques heures et de la contrainte exercée par la marée, plusieurs zones basses ont ainsi connu des débordements. La Cud dit pourtant avoir travaillé pour éviter ces inondations, à travers les « importantes » opérations de curage des drains et des ouvrages d’assainissement conduits par la Ville. Malheureusement, « lorsque de fortes précipitations coïncident avec une marée haute, les capacités d’évacuation des eaux peuvent momentanément être fortement réduites », précise Roger Mbassa Ndine.
La décrue, apprend-on, a été favorisée par la marée basse attendue dans la matinée, bien qu’une nouvelle marée haute soit attendue dans la soirée. Le maire de la ville fait observer que face à cette situation, les services de la Communauté Urbaine de Douala sont mobilisés et la surveillance hydrologique est renforcée. Il appelle par ailleurs les populations à la prudence.
Didier Yimkoua : Il faut libérer le lit des cours d’eau
Le militant écologiste propose également la construction d’un grand drain et la plantation des arbres, une forêt urbaine qui va favoriser l’infiltration des eaux et éviter l’inondation.
Blaise Djouokep
Le maire de la ville de Douala indique que les inondations sont dues à la coïncidence entre les fortes pluies et la marée haute. Qu’en dites-vous ?
C’est un phénomène connu. Néanmoins on peut identifier des facteurs moteurs qui aggravent cette situation. Les quartiers Missoke, Denver…sont situés dans une plaine inondable dont le sol est constamment gorgé d’eau, et le sol mouillé ne facilite pas l’infiltration. Après de fortes précipitations, mal drainées les eaux stagnent et s’ensuivent les inondations. C’est le 1er facteur aggravant. Le lieu- dit « Sable » est la jonction de deux cours d’eau, le Tongo’o Bassa et le Mbanya, dont les versants ont subi plusieurs agressions engendrées par des travaux de remblai et d’occupation anarchique des versants (des maisons en désordre) sans système viable de drainage d’eau. C’est le deuxième facteur aggravant. Sous le pont submergé d’eau, les bouteilles plastiques vides obstruent l’écoulement des eaux vers le Wouri en marée haute. C’est le 3e facteur aggravant.
Ces explications suffisent-elles pour justifier ces inondations ?
J’ai eu le privilège de lire le rapport d’un ancien sous-préfet de Douala 5e portant sur cette problématique récurrente adressée aux hauts responsables qui n’ont pris aucune disposition d’anticipation afin de réduire les vulnérabilités des habitants, des routes, des écoles, des marchés, des banques, des hôpitaux…face aux phénomènes météorologiques extrêmes tels que les fortes précipitations suivies d’inondations. 24 heures de perturbation de la circulation à Douala entraînent une perte sèche évaluée à environ 8 milliards Fcfa, selon l’Institut national de la statistique {Ins).
Que faut-il faire pour éviter pareille situation ?
« Pour dompter la nature il faut lui obéir », dixit la maxime populaire. Dans son rapport, l’ancien « chef de terre » propose la construction d’un grand canal bien dimensionné à mesure de contenir et drainer les eaux après de fortes pluies. Toutefois, je pense qu’il faudra tôt ou tard libérer les berges de ces cours d’eau. Il est inadmissible de construire à la lisière d’un cours d’eau qui déborde juste après 1 heure de pluie. Une fois que les berges seront libérées, à cet endroit seront plantés des arbres pour faciliter l’infiltration des eaux, la forêt urbaine créée va stabiliser les berges et cette alternative permet d’éviter que les lits des cours d’eau soient chargés de sédiments. Si ces mesures préventives sont respectées, qu’il pleuve abondamment et que le Wouri soit en marée haute, il n’y aura plus d’inondation spectaculaire à « Sable« .



