Disparition : Hadja Haoua a-t-elle été tuée ?

Une lettre ouverte adressée au chef de l’État relance les interrogations sur le sort de cette militante du Rdpc, dont les proches disent être sans nouvelles.

Jean De Dieu Bidias

Hadja Haoua où es-tu ?

 

Le ton est grave, les accusations lourdes et les interrogations nombreuses. Dans une lettre ouverte datée du 14 septembre 2026, Hassana Tchiroma, président de l’Association pour la défense des droits des opprimés (Addo), et des habitants de Garoua, interpellent directement le président de la République, Paul Biya, sur le sort de Hadja Haoua, militante « de longue date » du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), établie à Yaoundé. Ils signalent en effet l’absence prolongée de nouvelles de cette femme, que lui et  ses proches affirment ne plus parvenir à localiser. Les signataires parlent de « kidnapping d’État », une qualification qu’ils imputent à une autorité qu’ils décrivent comme « très haut perchée » et suffisamment influente pour échapper, selon eux, aux mécanismes judiciaires ordinaires. Hadja Haoua, femme de réseaux originaire de la région du Nord, a défrayé la chronique il y a près de deux ans en livrant sur la place publique des secrets, réels ou fantasmés, concernant plusieurs gros bonnets de la République. Depuis, elle s’est comme évaporée dans la nature alors qu’elle était au plus fort de ses révélations et annonçait une nouvelle salve de confidences.

Dans sa lettre, l’Addo demande fermement que la lumière soit faite sur sa situation. « Ses parents, ami(e)s et connaissances ont le droit de savoir tout de même sous quel toit réside leur fille, quelle est la sentence retenue contre elle et pourquoi ? », écrivent-ils, ajoutant que l’incertitude autour de sa situation nourrit toutes les hypothèses. Les auteurs reconnaissent pourtant que Hadja Haoua avait tenu publiquement des propos virulents à l’encontre de certaines personnalités et autorités. Ils évoquent des « invectives » et la divulgation de « secrets intimes », susceptibles, selon eux, d’être assimilées à des injures publiques. Auquel cas, les personnes égratignées, estiment-ils, auraient simplement dû recourir à la justice. « Ainsi se manifeste la cour dans un État de droit », ironisent-ils. C’est, en effet, un témoignage attribué à l’écrivaine Calixthe Beyala qui donne à la lettre sa dimension la plus inquiétante. Les signataires rapportent qu’elle aurait affirmé publiquement que « l’on s’est débarrassé du corps de Haoua du haut d’un hélicoptère survolant la forêt de l’Est, à Bertoua ». Une affirmation particulièrement grave que la lettre ne présente pas comme établie par une enquête.

Pour étayer leurs craintes, les auteurs établissent également un parallèle avec l’affaire de l’évêque Jean-Marie Benoît Balla, retrouvé mort dans les eaux de la Sanaga, en juin 2017. S’ils s’interrogent sur le crédit à accorder à de tels témoignages, ils ne balaient pas pour autant du revers de la main ces propos, dans un contexte, selon eux, où les enquêtes publiques ont la réputation de n’aboutir que très rarement. La demande adressée au président de la République n’est ni plus, ni moins qu’une exigence de clarification. « Votre réaction salutaire est vivement attendue pour dissiper le brouillard de l’arbitraire et le doute », écrivent les signataires, qui souhaitent que soit officiellement établie « l’existence réelle et effective de Mme Hadja Haoua et d’où qu’elle se trouve ».