Plutôt que creuser sa dette, le pays organise un Roadshow à Londres pour tenter d’attirer les investissements étrangers.
Jean De Dieu Bidias

En lieu et place d’un Roadshow obligataire classique pour capter des eurobonds comme cela a été le cas depuis 2015, le Cameroun s’est rendu les 09 et 10 septembre 2026 à Londres, rencontrer des investisseurs, des institutions financières et des partenaires du Commonwealth dans le cadre d’un « Market Sounding » (sondage de marché) co-organisé avec le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC). La délégation conduite par le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze, est allée comprendre ce que le marché londonien attend du pays avant de lui soumettre des opérations susceptibles d’être financées.
La démarche intervient dans un contexte où le recours à l’endettement public ne peut plus constituer la réponse automatique aux besoins de financement. Plutôt que de rechercher de nouveaux emprunts et continuer à creuser la dette qui représente déjà un peu plus de 43% de son produit intérieur brut (Pib), le Cameroun veut désormais présenter des projets dont la structuration, la rentabilité et le niveau de risque peuvent intéresser des investisseurs privés. Le principe est de faire correspondre la nature du financement à celle du projet, et non de faire systématiquement porter le financement par le bilan de l’État.
Les discussions ont porté, notamment, sur les paramètres susceptibles de conditionner l’entrée des investisseurs, c’est-à-dire, un niveau de risque acceptable, des garanties, des instruments financiers appropriés ou encore des conditions permettant d’assurer un engagement sur le long terme. Ces échanges doivent permettre au gouvernement d’adapter la structuration de ses projets aux exigences du marché. Le gouvernement montre à travers cette stratégie que les besoins du Cameroun ne se limitent pas à la recherche de capitaux. Il cherche également à mobiliser l’expertise technique et financière des investisseurs, ainsi que des mécanismes de garantie, de partage des risques et de financement mixte. L’idée est de répartir le risque entre plusieurs acteurs afin de rendre certains projets suffisamment attractifs pour déclencher des investissements privés. Des informations non confirmées par le ministère des Finances font état de ce que les projets présentés à Londres représentent 40 000 milliards Fcfa d’investissements, soit la moitié des besoins en financements de la Stratégie nationale de développement (Snd-30).
L’approche qu’explorent désormais les autorités camerounaises vise également à favoriser des montages associant plusieurs partenaires autour d’un même projet, élargissant ainsi le champ des solutions disponibles pour financer les infrastructures et les secteurs porteurs de l’économie, sans faire de l’endettement souverain l’unique levier. Le ministère des Finances présente cette orientation comme une manière de « mieux financer le développement », en mobilisant davantage les capitaux privés. Les informations recueillies auprès de la communauté financière londonienne doivent pouvoir servir à affiner les projets, choisir les mécanismes de financement les plus adaptés et poursuivre les discussions avec les partenaires intéressés.



