Immersion au sein de la rédaction de ce journal départemental français qui cumule avec son supplément ‘‘L’Eclair’’, un total de 120 000 lecteurs sur une zone de diffusion de 400 000 habitants. A cela, s’ajoute une présence montante sur le web avec 100 000 visiteurs par jour.
Par Cyril Essissima, de retour de Pau
Non, il ne s’agit pas d’une République dans une République. Quotidien départemental français, diffusé principalement en Béarn et Soule, la République des Pyrénées, éditée par Pyrénées Presse, est, au fil du temps, devenue une forteresse imprenable et imbattable dans le département des Pyrénées Atlantiques.
Dans la ville de Pau où se trouve son siège (6, rue Despourrins), tout le monde (français comme expatriés, autorités politiques et judiciaires) connaît ce canard local qui a pignon sur rue. Normal pour un journal tiré à 25 000 exemplaires par jour (à raison de 1,20 euro/exemplaire) et qui consacre l’essentiel de ses 44 bonnes feuilles aux informations du terroir. Seule la rubrique « France & Monde » fait exception avec des contenus urbi et orbi comme cela s’entend. Ce tirage représente environ quatre fois celui de l’ensemble des quotidiens privés camerounais réunis. Et dire que La République des Pyrénées est en baisse régime parlant du format print par rapport aux années antérieures.

Au sein de la rédaction, la parité genre est presque atteinte avec 11 femmes sur 34 journalistes. Le gros de l’effectif (tous les services) oscille entre 60 et 80 personnels. Tous travaillent à la fois pour La République des Pyrénées et L’Eclair qui cumulent un total de 120 000 lecteurs sur une zone de diffusion de 400 000 habitants.
Affaire rocambolesque
Une journée d’immersion dans les locaux de ce journal, le 15 octobre dernier, a permis à trois journalistes africains respectivement du Rwanda, du Gabon et du Cameroun de découvrir les coulisses de la fabrique de l’information et de s’entretenir avec les membres de la rédaction. Ce mardi était justement jour de conférence de rédaction sous la direction du rédacteur en chef (Rec), Nicolas Rebière. Chaque desk fait le point des sujets et déroule son menu. Pour l’édition en préparation porte sur la filière miel, avec en vedette Marie Michaud, directrice générale de la « Famille Michaud Apiculteurs ».
Mais une affaire rocambolesque à Pau sera servie aux lecteurs. Une Paloise (habitante de Pau) de 25 ans, se plaignant de violences conjugales et c’est plutôt elle qui termine en cellule, suite à une autre plainte de son ex-compagnon. Alors même que ce dernier venait d’enfoncer sa porte. Une affaire suivie de près par Sébastien Lamarque qui a une appétence particulière pour les faits divers.
Au bandeau supérieur de la Une du mercredi 16 octobre, on peut lire en page 4 (rubrique « Faits du jour ») : « Pau : elle appelle la police pour violences conjugales et finit en garde à vue pour vol ». Maria, la victime, est scandalisée par ce retournement de situation. Elle dénonce une garde à vue « abusive ». Le fait est qu’au moment où la dame déposait sa plainte, elle était déjà sous coup d’une autre dénonciation de son ex-partenaire qui dit avoir vu sur un site de vente en ligne que son ex-compagne y proposait un bien lui appartenant.
Elle est remise en liberté le jour suivant (mardi 8 octobre vers 15h45) grâce à l’assistance de Me Maripierre Massou-dit-Labaquère. L’avocate pense qu’« il y a eu un loupé » et que « cette affaire n’a pas eu de traitement normal » car la victime n’a pas été protégée.
A la première heure, le procureur de la République du tribunal de Pau, Rodolphe Jarry, qui a ordonné le placement en garde à vue, détient déjà une copie du journal. Sous le feu des critiques, le magistrat justifie cette procédure « par la nécessité, dans le cadre de la plainte pour vol, de mener une perquisition au domicile de la jeune femme », rapporte Sébastien. Et le commissaire divisionnaire David Book, directeur interdépartemental de la police nationale explique que « la mesure de garde à vue concernant la jeune femme était parfaitement justifiée et juridiquement fondée ».
Numérique
La République des Pyrénées ce n’est pas seulement un journal imprimé. Depuis deux ans, l’offre numérique du groupe s’est considérablement améliorée grâce à la plateforme CUE (conçu par Stibo DX), un système d’édition danois. Plus besoin de se casser la tête avec ce logiciel qui mesure efficacement le nombre de signes. « Chaque journaliste édite ses papiers », confie Nicolas Rebière. Il y a une rationalisation du flux des contenus de façon à harmoniser le print et le web média. Le trafic sur le site internet de La République des Pyrénées atteint les 100 000 visiteurs par jour avec une formule équilibrée de 50% d’accès gratuit et 50% d’accès payant.
Pessimiste quant à l’avenir du papier, le rédacteur en chef (Rec) a compris l’enjeu du numérique. Il considère notamment que « la disparition du papier est une course contre la montre ». Alors il concentre son énergie pour le basculement total, même si au début certains puristes attachés à l’odeur de l’encre ont eu du mal à prendre le train en marche. « On a fait beaucoup de formations spéciales pour s’adapter au numérique », affirme le Rec.

Tous les jours, il consulte son tableau de bord pour contrôler l’évolution du trafic grâce aux outils comme Google Research, Google News, etc. Ce qui lui permet de savoir avec certitude que « 85% du trafic provient de l’internet mobile ». Il sait aussi quels sont les articles les plus lus, les sujets les plus recherchés, la tranche d’âge moyenne des visiteurs… La fidélisation des internautes habitués au site se fait grâce à ce qu’il appelle le « tunnel d’abonnement à travers les réseaux sociaux ». Un service marketing s’attèle, entre autres, à lancer des sondages, des concours, des petits jeux à l’intention des abonnés. Par exemple, pour gagner des places dans des spectacles, ou pour aller regarder un match de rugby, le sport roi ici à Pau.
Intelligence artificielle
Cette présence en ligne est également boostée par une intelligence artificielle. Notamment Echobox qui est une entreprise britannique qui permet aux éditeurs de journaux, chaînes de télévision et autres médias d’automatiser leurs publications sur les réseaux sociaux. Echobox compte plus de 1000 clients dans une centaine de pays à travers le monde. Parmi eux, des mastodontes tels que Le Monde, Le Figaro, The Times, The Guardian, Newsweek, Radio France, France Télévisions…
Bientôt, « La Rép’ des Pyrénées TV » sera pleinement opérationnelle. D’ailleurs elle émet déjà sur internet (www.larepubliquedespyrenees.fr). Le matériel est en cours d’acquisition pour un fonctionnement optimal.
Ce quotidien ne diffuse pas que des sujets crispants. Il y a aussi « Pyrénées Sports » ; « Courses » pour des jeux hippiques ; « Carnet » et « Carnet & Officielle », respectivement pour les avis de décès et les annonces administratives, les rencontres, l’horoscope, etc. « Gens d’ici » met en lumière des personnalités du territoire. Tandis que « Sortir » fait la part belle aux rendez-vous de spectacle, les expositions, le cinéma, entre autres. « Détente » et « Météo » vont de soi.
En parcourant les pages, non seulement elles sont diversifiées, mais on ressent véritablement que les contenus sont conformes à la lettre et à l’esprit de chaque rubrique.
Créée en 1944, La République des Pyrénées est de tendance gauche contrairement à son supplément L’Eclair d’obédience droite. Le journal que dirige Christophe Galichon (le directeur général) fait partie intégrante du Groupe Sud-Ouest (Gso) comme le quotidien Sud-Ouest (basé à Bordeaux) qui opère principalement dans la région de la Nouvelle-Aquitaine. La concurrence entre les deux est plutôt saine et confraternelle. Chacun respecte son territoire, même si Sud-Ouest a plus de moyens.



