Crises constitutionnelles : Kamto charge les universitaires africains

L’ex-président du Mrc accuse une partie de l’élite académique d’Afrique francophone de contribuer, par leur soumission au pouvoir, au maintien de régimes tyranniques.

Jean De Dieu Bidias

Maurice Kamto en veut aux universitaires.

Maurice Kamto remet les universitaires au cœur du débat sur les crises constitutionnelles en Afrique francophone. Dans sa dernière livraison de la « Pensée de MK », l’ex-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) s’en prend vivement à une partie de l’élite académique, à laquelle il reproche de mettre son savoir au service du pouvoir politique. « Ils sont allés chercher la lumière, parfois jusqu’à l’étranger, pour venir plonger leurs pays dans les ténèbres ! », lance-t-il d’emblée. Derrière cette formule, le sémillant universitaire voit une responsabilité particulière de ceux qui, après avoir acquis une reconnaissance scientifique, participeraient à la justification juridique et politique des pratiques contestées des régimes en place. Le candidat malheureux à la présidentielle d’octobre 2018 cible, notamment, les débats autour des Constitutions et de leur modification. « La plupart des universitaires d’Afrique dite francophone recherchent la notoriété scientifique pour aider leurs dirigeants véreux à instaurer ou perpétuer des régimes tyranniques », assène-t-il. Une accusation générale, qui vise particulièrement les constitutionnalistes et autres spécialistes du droit public appelés à éclairer les décisions des pouvoirs publics.

Maurice Kamto dénonce surtout les interprétations teintées du vernis scientifique qui, d’après lui, permettent de contourner les mécanismes prévus par les Constitutions. Il évoque ainsi « les changements constitutionnels fondamentaux par de simples révisions parlementaires, sans recours au référendum ». À ses yeux, cette pratique participe d’une dénaturation de la loi fondamentale lorsque la modification touche à des dispositions considérées comme essentielles à l’équilibre institutionnel. L’ancien challenger de Paul Biya candidat revient également sur la question de la limitation des mandats,  regrettant le fait que les garde-fous introduits dans plusieurs Constitutions africaines au début des années 1990 aient progressivement été neutralisés. « Toutes les limitations du nombre de mandats présidentiels insérées dans les constitutions des années 1990 ont été supprimées par de simples manipulations constitutionnelles », affirme-t-il. Là où ces limitations ont été maintenues dans les textes, poursuit-il, elles ont ensuite été mises à l’épreuve par la volonté de dirigeants de briguer un troisième, voire un quatrième mandat.

Dans son analyse, Maurice Kamto ne réduit cependant pas le problème aux seules modifications formelles des textes. Il met en cause une conception de la souveraineté qui, estime-t-il, place la volonté présidentielle au-dessus de celle des citoyens. Il pointe ainsi « les changements anticonstitutionnels de gouvernement au nom de la souveraineté du président de la République qui serait supérieure à la souveraineté du peuple ». Cette question renvoie à un débat récurrent dans plusieurs pays africains : jusqu’où peut aller le pouvoir de révision constitutionnelle et à partir de quel moment une modification du texte fondamental remet-elle en cause son architecture initiale ? Pour Maurice Kamto, la réponse ne peut être dissociée du principe selon lequel « le peuple » constitue la source de la souveraineté dans une République. En désignant les universitaires comme « comptables » d’une partie des dérives politiques du continent, l’ex-président du Mrc interpelle directement l’élite intellectuelle africaine. « Au total, il y a eu dans nos pays plus de coups d’Etat constitutionnels que de coups d’Etat militaires au cours des quatre dernières décennies », soutient-il.

En clair, les ruptures de l’ordre constitutionnel ne sont pas seulement l’œuvre des militaires prenant le pouvoir par la force. Sa conclusion est sans concession : « assurément, nombre d’universitaires africains ne sont pas moins comptables de nos malheurs que les gouvernants ».