Alors que Yaoundé espérait un nouvel accord synonyme d’un nouveau décaissement, la mission de l’institution en cours dans le pays n’a pas cette question à son ordre du jour.
Jean De Dieu Bidias
Le Minfi en conclave avec le Fmi.La précision est importante. La réunion tenue le 17 septembre 2026 à Yaoundé entre le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze, et une mission du Fonds monétaire international (Fmi) conduite par Christine Dieterich, n’est pas une revue de programme susceptible de déboucher sur un nouveau financement. D’après le ministère des Finances, la délégation est au Cameroun dans le cadre de la revue périodique du cadre macroéconomique et budgétaire national. « Les échanges porteront, notamment, sur l’évolution récente de l’économie camerounaise, les perspectives macroéconomiques, la situation des finances publiques, la soutenabilité de la dette, ainsi que les orientations budgétaires envisagées par le gouvernement », précise le ministère.
Cette nouvelle mission intervient 14 mois après l’achèvement, en juillet 2025, du programme économique et financier 2021-2025. Le conseil d’administration du Fmi avait alors conclu avec satisfaction les huitièmes revues des accords au titre de la Facilité élargie de crédit (Fec) et du Mécanisme élargi de crédit (Medc), ainsi que la troisième revue de la Facilité pour la résilience et la durabilité (Frd). Cette dernière étape avait permis au Cameroun d’obtenir 75,7 millions de dollars, soit environ 43 milliards Fcfa au titre de la Fec/Medc et 71 millions de dollars (40,6 milliards Fcfa) au titre de la Frd. Approuvé le 29 juillet 2021 pour trois ans, puis prolongé de 12 mois en décembre 2023 avec une augmentation des ressources, le programme Fec/Medc s’est achevé l’année dernière après quatre années de décaissements ayant atteint, au terme de la huitième et dernière revue, 593,4 millions de Dts (droits de tirage spéciaux), soit 793,8 millions de dollars (à environ 453,9 milliards Fcfa)
Entreprises publiques
Pour autant, Yaoundé espérait pouvoir ouvrir un nouveau cycle de coopération financière après ce programme. Les discussions des derniers mois laissaient toutefois apparaître plusieurs sujets sensibles. Le Fmi a, notamment, insisté sur la nécessité de poursuivre la consolidation budgétaire, d’accroître les recettes non pétrolières, de renforcer la gestion de la dépense publique et de réduire les risques liés aux entreprises publiques et aux arriérés intérieurs. Dans une évaluation qui date d’il y a quelques mois, l’institution de Bretton Woods relève d’ailleurs que les réformes structurelles ont progressé lentement, notamment en ce qui concerne la gouvernance des entreprises publiques et la gestion des finances publiques. Le dossier des subventions aux carburants constitue l’un des principaux points de tension. Le Fmi estime que leur coût budgétaire, même fortement réduit, continue de créer un risque pour les finances publiques. Il préconise la mise en place d’un mécanisme automatique d’ajustement des prix à la pompe et la poursuite du rapprochement entre les prix administrés et les coûts de revient, même le coût des subventions est passé d’environ 4% du Pib en 2022 à moins de 1% en 2024. Le Cameroun, pour sa part, a fait valoir les conséquences sociales et politiques d’une plus grande volatilité des prix des carburants.
La maîtrise de la masse salariale constitue un autre enjeu. Dans le cadre du précédent programme, le gouvernement s’était engagé à adopter une politique de recrutement prudente, consistant principalement au remplacement numérique des agents admis à la retraite, tout en apurant les arriérés de salaires. L’enjeu est d’autant plus important que le Cameroun a beaucoup été perfusé financièrement par les ressources du Fmi depuis 2017. Le premier programme, approuvé en juin 2017 au titre de la Fec, avait prévu 483 millions de Dts, soit à peu près 376 milliards Fcfa, mais, seuls 427,8 millions de Dts (334,7 milliards Fcfa) ont effectivement été décaissés avant l’expiration du programme en septembre 2020. Avec les 593,4 millions de Dts décaissés au titre du programme 2021-2025, les deux principaux programmes engagés depuis 2017 auront ainsi permis au Cameroun de mobiliser 1 021,2 millions de Dts, soit environ 583,9 milliards Fcfa.
À cela, s’ajoutent les financements d’urgence accordés en 2020 dans le cadre de la Facilité de crédit rapide, ainsi que les ressources de la Frd, qui relèvent d’instruments distincts. Du reste, la mission en cours ne ferme pas la porte à une future négociation. Mais elle confirme, à ce stade, que le Cameroun n’est plus sous-programme et qu’aucun nouveau décaissement n’est en discussion.



