Année scolaire 2026/2027 : Jour de rentrée sur fond de défis

Si des millions de jeunes camerounais sont attendus dans les salles de classe ce jour, plusieurs parents restent confrontés, entre autres, à un faible pouvoir d’achat, aux défis sécuritaires dans certaines parties du pays.

Arnaud Kuipo

La petite Esther et son frère Mardochée, tous deux enfants de Séverin Olooko, comptent parmi les élèves attendus dans les salles de classe dès ce lundi 7 septembre 2026. Ce jour marque le coup d’envoi de l’année scolaire 2026/2027 au Cameroun. Élèves du primaire et de la maternelle, Esther et Mardochée vont débuter les classes, malgré le fait que leur père ne se soit pas entièrement acquitté de son devoir de parent. Rencontré le 4 septembre à Yaoundé, Séverin Olooko confie ceci : « Mes enfants seront à l’école lundi parce que les tenues, les sacs et certaines fournitures sont prêts. Ils vont se rendre à l’école avec cela et le reste va suivre. » « Ma petite chance est que j’ai commencé depuis et j’y vais progressivement, mais c’est très dur », explique, dans une librairie de Yaoundé, François Ateba.

En effet, le discours sur le faible pouvoir d’achat en cette période de rentrée scolaire 2026/2027 est partagé par une grande partie des parents. Plusieurs enfants ne pourront pas reprendre le chemin des classes ce jour, au regard de cette situation. À cette difficulté, il faut ajouter la non-disponibilité de tous les manuels dans les librairies. « Je suis à ma quatrième librairie, je n’arrive pas à en trouver ; mais on va faire comment ? », se désole François Ateba, parent d’élèves. Ces propos sont confirmés par Joseph Njiaza, responsable d’une librairie au quartier Nsimeyong. La liste des manuels non disponibles comprend notamment le livre de physique-chimie-technologie de la seconde C, ainsi que certains ouvrages du primaire. « On attend l’arrivage », confie ce commerçant, qui précise néanmoins que la majorité des livres est disponible.

Sécurité

Depuis la survenue de la crise sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la période de rentrée scolaire est toujours particulière dans cette partie du pays. Cette année ne va pas échapper à la règle. D’après International Crisis Group, le conflit a fait plus de 6 500 morts. Le nombre de déplacés s’élève à 584 000 personnes.

C’est en vue d’assurer une reprise des classes sans heurts sur toute l’étendue du territoire que s’est tenue, le 26 août dernier à Yaoundé, une « réunion d’évaluation sécuritaire spéciale ». Présidée par le ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense, cette rencontre a permis, relève le Mindef, « d’évaluer l’ensemble des points de vigilance sur le territoire ». Il s’agit précisément de « la persistance de quelques incursions de prédation terroriste dans l’Extrême-Nord, le maintien résiduel de mots d’ordre de “villes mortes” le lundi dans certaines localités du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, malgré la reprise des activités socio-économiques, ainsi que les phénomènes de prises d’otages avec demande de rançon signalés dans le Septentrion ».

Rappelons que, d’après l’arrêté conjoint du Minedub et du Minesec fixant le calendrier de l’année scolaire 2026/2027, ladite année débute le 7 septembre à 7 h 30 et s’achève le 30 juillet 2027 à 15 h 30.

 

 

Edward Ngefack : Le gouvernement doit mettre les moyens consistants pour l’éducation

Le secrétaire général à la coordination du Collectif des organisations des enseignants du Cameroun (Corec) s’exprime sur ce début d’année scolaire.

Arnaud Kuipo

 La rentrée du 07 septembre 2026 intervient alors que de nombreux parents se plaignent de leur faible pouvoir d’achat face aux frais de scolarité et aux fournitures. Quel est votre commentaire ?

Une grande partie de la population active dépend de l’informel, où les gains quotidiens se situent souvent en deçà des moyennes officielles. 37,7% des Camerounais vivent en dessous du seuil national de pauvreté qui est fixé à 24 724 Fcfa par personne et par mois, ce qui représente environ 813 Fcfa. Avec ces chiffres  de l’Ins (Institut national de la statistique, ndlr) nous comprenons pourquoi la rentrée scolaire est une période de stress pour beaucoup de parents. L’organisation du Forum national de l’éducation serait une occasion rêvée pour réfléchir profondément sur le financement de l’éducation au Cameroun et soulager les nombreuses  familles démunies.

Plus de 2 000 cas de choléra sont signalés dans l’Extrême-Nord. Quelles mesures sanitaires urgentes doivent être prises dans les écoles primaires et secondaires pour protéger les élèves dès lundi ?

Le choléra sévit où il y a manque d’eau potable. Le gouvernement actuel a malheureusement choisi de donner du champagne à quelques privilégiés et de priver la majorité d’eau potable. Les mesures d’hygiène comme le lavage régulier des mains, garder l’environnement propre et consommer des aliments sains, seront toujours insuffisantes en l’absence d’eau potable.

Où en est-on avec la pétition nationale pour l’éducation ?

Le sujet qui doit dominer dans les échanges entre enseignants dès la rentrée scolaire 2026/2027  c’est comment faire pour avoir au moins 200 000 signatures pour envoyer ce message clair au chef de l’Etat : nous voulons la signature et l’application immédiate du statut spécial des enseignants auquel sera adjoint le statut des enseignants d’Eps (Education physique et sportive, ndlr) ; l’organisation du Forum national de l’éducation, la signature de la convention nationale collective pour les enseignants du secteur privé, la régularisation administrative et le paiement des primes des animateurs pédagogiques et des conseillers d’orientation …

Quel message souhaitez-vous adresser aux acteurs du monde éducatif ?

Nous demandons aux enseignants d’utiliser leur nombre et leur intellect pour changer leur situation. Tout repose sur une action collective. Les enseignants ne peuvent pas passer le temps à se comparer aux personnels des corps dits privilégiés  au point de chercher le détachement ou choisir l’émigration.

Aux parents, nous leur conseillons de travailler avec l’école pour le suivi  de leurs enfants. Ils accompagnent déjà les écoles à travers les Apee (Association des parents d’élèves et enseignants, ndlr) et doivent veiller à ce que ces fonds soient utilisés pour l’éducation de leurs enfants.

Au gouvernement, nous demandons de mettre les moyens substantiels pour l’éducation de la jeunesse, car comme c’est stipulé dans la Loi d’orientation de 1998, l’éducation est une grande priorité au Cameroun. Le gouvernement doit aussi cesser d’utiliser l’Apee pour augmenter indirectement les frais exigibles.

 

 

L’école au révélateur des réalités socio-économiques

Par Jean De Dieu Bidias

Le Cameroun reprend le chemin de l’école ce 07 septembre, mais pas dans les mêmes conditions pour tous. Derrière les images convenues de rentrée, avec cartables neufs et salles de classe qui se remplissent, se joue la réalité des familles qui doivent arbitrer, parfois au jour le jour, pour permettre à leurs enfants de reprendre les cours. Le faible pouvoir d’achat s’impose comme l’un des premiers obstacles. Uniformes, fournitures, manuels et frais d’écolage constituent une addition que la plupart des parents camerounais peinent à solder. Le témoignage de ceux qui achètent progressivement le nécessaire ou parcourent plusieurs librairies à la recherche d’un manuel donne une mesure concrète de cette pression. Au-delà du terrain économique, la  rentrée de ce lundi se joue aussi, cette année encore, sur le front sécuritaire. La région de l’Extrême-Nord continue de faire face aux incursions terroristes de la secte Boko Haram et au phénomène de prises d’otages, tandis que le Nord-Ouest et le Sud-Ouest restent marqués par la guerre imposée depuis 10 ans par les sécessionnistes anglophones, qui viennent d’ailleurs de décréter des opérations « villes mortes » (lockdowns) à partir de ce lundi.

La rentrée est donc incertaine de ce côté, malgré les assurances données par les autorités à l’issue de la réunion spéciale d’évaluation sécuritaire organisée le 26 août dernier pour préparer la reprise des cours, réunion présidée par le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo. À ces difficultés s’ajoutent celles qui concernent les principaux acteurs de l’école. Les enseignants réclament de meilleures conditions de travail et dénoncent, notamment, ce qu’ils considèrent comme une dégradation de leur situation. Leurs revendications portent principalement sur la signature et l’application d’un statut spécial de l’enseignant, la revalorisation salariale et des indemnités, l’apurement de leurs droits, notamment les rappels de salaires, les avancements, les allocations et différentes primes. Cette dette se chiffre en plusieurs dizaines de milliards Fcfa.

Cette rentrée est donc un révélateur des tensions qui traversent l’école camerounaise. La question est de savoir si les autorités sont capables de trouver des réponses durables à ces difficultés. Une année scolaire réussie ne se mesure pas uniquement au respect du calendrier. Elle se mesure aussi à la capacité de l’État à garantir à chaque enfant les conditions minimales pour apprendre.