Le ministère public a interjeté appel après la condamnation de Patrick Mengue à six mois d’emprisonnement ferme pour outrage au président de la République.
Rebara Habra

Condamné à six mois de prison ferme pour outrage au président de la République, Patrick Mengue devra désormais défendre sa liberté devant la cour d’appel du Centre. Le ministère public a interjeté appel de la décision rendue en première instance, contraignant la défense à faire appel à son tour. Son avocat dénonce un « acharnement » et entend reprendre devant la juridiction d’appel les arguments fondés notamment sur les libertés d’expression, de conscience et de culte.
Détenu provisoirement depuis le 26 avril dernier, Patrick Mengue avait été interpellé à la suite d’une publication sur sa page Facebook devenue virale : « Seigneur, tu te rapproches de la cible, encore un effort. » Devant le tribunal, l’ingénieur avait expliqué que cette phrase faisait référence à ses projets personnels. Il disait notamment prier pour obtenir des marchés afin de subvenir à ses besoins.
Pour son avocat, Me Batang Nkolong, cette publication ne présente aucun caractère injurieux, diffamatoire ou menaçant. « Quand vous prenez sa publication, quand vous prenez la définition de l’outrage telle que prévue par la loi, il faudrait que cette publication soit injurieuse, menaçante ou diffamatoire », soutient-il.
L’avocat s’interroge également sur le caractère outrageant des propos, alors que son client s’adressait à Dieu. « En quoi cette publication est-elle outrageante, diffamatoire ou menaçante ? D’autant plus qu’il s’adresse à Dieu », plaide-t-il.
Pour étayer son argumentaire, Me Batang Nkolong rappelle une déclaration faite par le président de la République en 2004, à son retour d’un séjour à l’étranger, en réponse aux spéculations sur sa mort : « Beaucoup de gens s’intéressent à mes obsèques. Je leur donne rendez-vous dans 20 ans. »
Le conseil de Patrick Mengue estime ainsi que la condamnation de son client mérite d’être réexaminée. « Compte tenu de tout cela, nous avons interjeté appel de cette décision afin qu’il retrouve sa liberté, sa famille et puisse passer à une autre étape de sa vie », conclut-il. L’affaire sera désormais examinée par la juridiction d’appel.
Me Batam Nkolong : Nous espérons que les magistrats vont rendre une décision conforme au droit
L’avocat dénonce un acharnement contre son client et entend réaffirmer, devant la cour d’appel, les arguments développés en première instance sur les libertés d’expression, de conscience et de culte.
Rebara Habra

Votre client a été condamné à 6 mois d’emprisonnement ferme le 27 juillet 2026. Pourquoi le ministère public a-t-il fait appel de la décision rendue en première instance ?
Lors de ses réquisitions sur la peine, le ministère public avait indiqué ne disposer d’aucun élément sur son passé pénal et avait demandé que soient prises en compte sa qualité de délinquant primaire et sa bonne conduite à la barre. Nous disposions d’ailleurs de son extrait de casier judiciaire. Dans ces conditions, nous ne comprenons pas pourquoi le ministère public, qui avait eu l’occasion de requérir la peine qu’il souhaitait voir appliquer, revient ensuite faire appel. C’est ce qui nous amène à parler d’un acharnement.
Comment votre client vit-il cette situation ?
Il se porte bien sur le plan de la santé, par la grâce de Dieu. Nous n’avons pas constaté de maladie particulière, malgré les conditions carcérales. En revanche, il est épuisé. Les audiences qui se tenaient toutes les deux semaines ont été particulièrement éprouvantes. Aller à la barre, parler devant les magistrats et défendre sa liberté n’est pas une chose anodine. Le box des accusés est un endroit lourd à porter et tout prévenu redoute de s’y retrouver. Lorsqu’il a appris que l’affaire allait être examinée à nouveau devant la cour d’appel, il a été profondément déçu.
Pourquoi avez-vous finalement décidé de faire appel à votre tour ?
Notre client, qui continue de croire en son innocence, avait initialement décidé de ne pas faire appel. Il me l’avait officiellement fait savoir. Mais, dans le cadre de mes diligences de routine, je me suis rendu au greffe et j’ai constaté que le ministère public avait déjà interjeté appel. J’ai donc fait appel à mon tour, à titre conservatoire. Je lui ai expliqué que, si nous ne faisions pas appel, le ministère public aurait la possibilité, devant la Cour, de demander l’aggravation de la sanction prononcée en première instance. De notre côté, nous n’aurions pas la possibilité de demander son maintien, sa réduction ou son annulation.
En faisant également appel, nous permettons à la Cour d’examiner à nouveau l’ensemble de l’affaire. Elle pourra confirmer la décision, l’infirmer en réduisant ou en annulant la peine, ou encore l’infirmer pour l’aggraver. Notre démarche vise donc à préserver les droits de la défense et l’égalité des armes dans le procès.
Quelle sera votre stratégie devant la cour d’appel du Centre ?
Les arguments que nous avons développés en première instance seront les mêmes que nous présenterons devant la Cour d’appel du Centre. Nous espérons que les magistrats de cette juridiction, qui disposent d’une plus grande expérience, auront le courage de faire triompher le droit et la vérité. Il s’agit d’une affaire qui concerne une infraction mettant en cause le président de la République, qui est également le patron de la magistrature. Nous espérons néanmoins que les magistrats sauront rendre une décision conforme au droit.
Estimez-vous que la condamnation porte atteinte à la liberté de culte et à la liberté d’expression ?
Nous avons soutenu devant le tribunal que notre client avait été condamné pour avoir prié. Dans notre pays, qui peut vivre sans prier ? La Bible recommande de veiller et de prier en tout temps et en tout lieu. Quelle que soit notre religion, nous sommes tous confrontés à la prière. Il existe des groupes, des pages sur les réseaux sociaux et même des chaînes de télévision consacrés à la parole de Dieu.
Selon nous, condamner quelqu’un pour avoir exercé sa liberté de culte, sa liberté de conscience et sa liberté d’expression en s’adressant à Dieu appelle une réflexion approfondie. Nous espérons donc que la cour d’appel rendra une décision qui fera avancer le droit et consacrera les libertés garanties par la Constitution. Nous savons que la loi réprime les débordements dans l’exercice de ces libertés. Mais, en ce qui nous concerne, nous estimons qu’il n’y a eu aucun débordement dans l’exercice de la liberté d’expression, de la liberté de culte ou de la liberté de conscience.



