Ils veillent, nourrissent, courent chercher des médicaments et ne quittent presque jamais le chevet des leurs. Mais lorsque la nuit tombe, les garde-malades de la capitale doivent aussi trouver où poser la tête. Ce qui n’est pas toujours une mince affaire. Dans cette édition, Mutations vous plonge dans la réalité de ces hommes et femmes parfois obliger de dormir à la belle étoile.
Coordonné par Rebara Habra

Hôpital de la Caisse : Des nuits à même le sol

Hawa Ali (Stagiaire)
La nuit approche à l’Hôpital de la Caisse de Yaoundé, à Essos. Au service des urgences, des proches de patients cherchent un endroit où s’installer. Une salle aménagée leur offre des places assises. Mais pour dormir, chacun doit trouver sa solution. Certains restent près du lit du malade. D’autres s’installent dans un coin de la salle, avec une nappe ou un tapis. Le confort reste limité. « Moi, je mets mon tapis au sol pour m’allonger un peu. Ce n’est pas si aisé », raconte Manuella. Comme elle, plusieurs garde-malades passent la nuit dans l’hôpital sans véritable espace pour dormir.
La situation n’empêche pas certains de relever les conditions d’accueil de l’établissement. Jeanne dit avoir fréquenté plusieurs hôpitaux de Yaoundé. Pour elle, l’Hôpital de la Caisse offre de meilleures conditions. « J’ai fait plusieurs hôpitaux de la ville et le constat que je fais, c’est que l’Hôpital de la Caisse est mille fois mieux. C’est propre et cela permet également aux gardes-malades de s’installer à l’abri du soleil et de la pluie », témoigne-t-elle.
Mais au-delà de ces appréciations, la question du repos reste posée. Les gardes-malades passent souvent plusieurs heures auprès de leurs proches. Ils doivent rester disponibles pour répondre à leurs besoins. Lorsque la nuit arrive, certains s’allongent alors comme ils peuvent.
Pour Jules, patient de l’établissement, la présence d’un proche reste importante pendant l’hospitalisation. Mais les conditions de séjour de ces accompagnateurs méritent également une attention. À l’Hôpital de la Caisse, les garde-malades disposent donc d’un espace pour s’abriter. Mais lorsqu’il faut passer toute une nuit auprès d’un proche, chacun doit encore trouver sa propre manière de se reposer.
Hôpital général de Yaoundé : Des nuits difficiles
Hawa Ali (Stagiaire)

La journée touche à sa fin à l’Hôpital général de Yaoundé. Dans les couloirs, les proches des malades restent auprès des patients. Certains sont là depuis plusieurs semaines. D’autres y passent des nuits entières. Séverin est garde-malade de son neveu. Le jeune homme a été opéré il y a plus de deux mois. Depuis, son oncle reste à ses côtés. Mais trouver un endroit où dormir n’est pas facile. « Il n’y a pas où poser la tête », explique-t-il.
Les gardes-malades peuvent s’asseoir au restaurant ou sur la terrasse. Mais ces espaces ne sont pas adaptés au repos nocturne. « Nous sommes exposés à l’air libre au niveau de la terrasse et, au restaurant, on ne peut pas dormir là-bas », ajoute-t-il. Pour ces proches, les journées sont longues. Ils doivent rester disponibles pour le malade. Ils peuvent aussi être appelés à acheter des médicaments ou de la nourriture. La nuit, la fatigue s’installe. Pourtant, il faut rester auprès du patient.
Benoît accompagne son frère aîné malade. Malgré les difficultés, il reconnaît les changements observés à l’Hôpital général de Yaoundé. « Avec tout ce que le directeur général a déjà fait, on espère qu’il va améliorer nos conditions ici », affirme-t-il. Il cite notamment la lutte contre les moustiques. « Déjà aujourd’hui, on n’a plus de moustiques qui nous dérangent la nuit », se réjouit-il.
Les proches des malades espèrent que le directeur général de ce centre hospitalier de référence poursuivra ses efforts. Ils souhaitent notamment disposer d’un espace adapté pour se reposer pendant leur séjour auprès des patients.
Centre hospitalier universitaire : Dans le quotidien des garde-malades
Bernie Ngono (stagiaire)

La nuit tombe sur le Centre hospitalier et universitaire (Chu) de Yaoundé. Dans les couloirs, les familles s’organisent. Ici, une personne veille auprès d’un malade. Là, un accompagnant cherche un coin où s’asseoir. Les soins sont assurés par le personnel médical. Mais autour des lits, les familles ont aussi leur rôle à jouer.
Les gardes-malades apportent les repas, achètent parfois les médicaments et restent disponibles au moindre besoin. Une présence qui peut durer des jours, voire des semaines. Mais lorsque vient l’heure de dormir, les difficultés commencent. Crystal est arrivée il y a trois jours pour épauler un membre de sa famille. Depuis, elle cherche comme elle peut un endroit pour passer la nuit. « Faute de place, nous sommes parfois contraintes de dormir directement sur les bancs », raconte-t-elle.
Les bancs ne sont pas les seuls obstacles. La nuit, les moustiques s’invitent aussi dans ce quotidien déjà éprouvant. Aboubakar, venu soutenir sa sœur hospitalisée, en a fait les frais. « Ça fait une semaine que je suis là pour m’occuper de ma sœur hospitalisée. Mais avec toutes ces nuits passées dehors à me faire piquer par les moustiques, je suis tombé malade à mon tour », témoigne-t-il. Au Chu, le problème est connu. Un espace est réservé aux garde-malades. Mais il ne suffit pas toujours à accueillir tout le monde. La forte fréquentation de l’établissement et la présence de plusieurs proches autour d’un même patient rendent rapidement l’espace exigu.
Émilie Françoise, infirmière au Chu, le reconnaît : « Un espace est bien prévu pour les gardes-malades. Cependant, cet espace reste limité en raison du nombre important de personnes qui accompagnent les patients. » Dans les couloirs du Chu, accompagner un proche ne se résume donc pas à rester à son chevet. Il faut aussi tenir sur la durée, trouver où s’asseoir, où dormir et parfois composer avec les moustiques. Pour ces familles, le repos devient à son tour une épreuve. Une réalité qui pose la question des conditions d’accueil réservées à ceux qui restent auprès des malades.
Hôpital de district de la Cité verte : La nuit entre lits de fortune
Bernie Ngono (stagiaire)

La détresse des familles ne s’arrête pas aux portes des salles de soins. À l’Hôpital de district de la cité verte, les garde-malades doivent composer avec le manque d’espace. Faute de structure dédiée, chacun improvise pour passer la nuit. Quelques-uns parviennent à occuper temporairement un lit inoccupé. La plupart cherchent refuge dans les espaces publics de l’établissement. la tombée de la nuit, les allées et la cour de l’hôpital changent de visage. Des matelas venus du domicile sont posés au sol. Des nattes sont déroulées à même le béton. Sur les bancs publics, certains tentent de trouver quelques heures de sommeil. Les conditions sont rudimentaires.
Sandrine est arrivée il y a deux jours pour rester au chevet de son frère. Elle ne cache pas son désarroi. « Je suis choquée de voir qu’il n’y a absolument aucun espace prévu pour nous. Cela fait deux jours que je dors sur une natte posée par terre. Le froid, les moustiques et les courbatures n’épargnent personne. C’est vraiment une épreuve difficile », confie-t-elle. Pour tenir, certaines familles s’organisent à tour de rôle. Latifa, présente depuis trois jours, a choisi cette solution. « C’est tellement pénible que je suis obligée d’appeler un membre de ma famille pour venir me remplacer quelques heures. C’est le seul moyen pour moi de rentrer me reposer un peu à la maison avant de revenir », explique-t-elle.
Malgré la fatigue et le manque de confort, ces proches restent auprès des malades. La nuit, ils dorment comme ils peuvent, sur une natte, un matelas ou un banc. Une situation qui met en lumière la question des conditions d’accueil réservées aux gardes-malades dans cet établissement.
Centre des urgences de Yaoundé : La nuit à la belle étoile
Bernie Ngono (stagiaire)

Au Centre des urgences de l’Hôpital central de Yaoundé (Cury), les patients ne sont pas les seuls à passer des nuits difficiles. À leurs côtés, les garde-malades cherchent où s’asseoir, où dormir, parfois simplement où attendre. Sur place, aucun espace n’est actuellement réservé aux accompagnants. Le personnel rencontré indique qu’aucune salle destinée aux gardes-malades n’est opérationnelle. Un chantier serait toutefois en cours pour répondre à ce besoin. Pour l’heure, aucune date de livraison n’est annoncée.
En attendant, les familles improvisent. Matelas posés à même le sol, bancs occupés dès la tombée de la nuit ou nuits passées dehors, exposées aux intempéries et aux moustiques. Chacun fait avec les moyens du bord.
Dieudonné, venu accompagner un proche, raconte : « Ce n’est vraiment pas évident pour nous. On vient pour soutenir un proche, mais on finit par épuiser notre propre santé. On dort où on peut. » Virginie connaît, elle aussi, ces longues heures d’attente. « Je passe l’essentiel de mes journées assise à l’extérieur, sous la chaleur. Ce n’est qu’aux heures de visite que j’essaie de m’assoupir quelques instants auprès de ma malade, avant de devoir libérer l’espace », explique-t-elle.
Pourtant, les gardes-malades sont indispensables au quotidien des urgences. Ils achètent les médicaments, apportent les repas, s’occupent parfois de la toilette et restent disponibles auprès du patient. Au Cury, accompagner un proche malade signifie donc supporter deux inquiétudes à la fois : celle liée à son état de santé et celle de savoir où passer les prochaines heures. En attendant la fin des travaux annoncés, les familles continuent de s’organiser comme elles peuvent.



