Environ 70 % des conflits dans les tribunaux sont liés au foncier. Pourtant, la terre demeure le principal actif économique des populations rurales. Mais à cause de ces conflits, les institutions financières restent prudentes face aux risques liés à la consistance, à la stabilité et à la valeur économique des garanties qui leur sont proposées. Grâce au forum organisé ce 29 septembre 2026 par l’Association foncière du Cameroun (Asfocam), qui réunit les banques et les financiers, l’objectif est de transformer ce bien en support de financement. Le président de l’Association et initiateur de ce forum « Banque-foncier-financement » présente les passerelles entre les propriétaires terriens et les institutions financières.
Michel Enony

Vous présentez Asfocam comme un tiers de confiance capable de réduire l’asymétrie d’information entre les propriétaires terriens et les institutions financières. Concrètement, comment fonctionne cette passerelle ?
Asfocam se positionne comme un accompagnateur, une véritable passerelle entre le propriétaire terrien et les institutions financières. Nous ne sommes ni une banque ni une microfinance. Notre rôle consiste à accompagner les porteurs de projets et à sécuriser les différentes étapes de l’opération foncière et agricole. Prenons l’exemple d’un propriétaire qui dispose de 60 hectares de terrain et qui souhaite valoriser cette superficie. Asfocam peut solliciter un financement auprès d’une banque afin de mettre en œuvre une activité agricole sur ce terrain pendant une période de cinq ou six ans.
Durant cette période, l’activité permet de générer des revenus et de rembourser progressivement le financement bancaire. Parallèlement, nous pouvons accompagner la régularisation foncière du terrain afin qu’au terme de l’opération, le propriétaire dispose de son titre foncier. À l’issue des cinq ou six années, la banque aura récupéré son financement, le propriétaire aura sécurisé juridiquement son terrain et Asfocam pourra tirer une plus-value de l’accompagnement réalisé.
Pourquoi les banques restent-elles prudentes lorsqu’il s’agit de financer des projets reposant sur des terrains, et quelles garanties exigent-elles ?
Les banques évoluent dans un système soumis à des règles et à des pratiques de gestion du crédit qui sont largement partagées au niveau international. Lorsqu’elles accordent un financement, elles recherchent des garanties permettant de maîtriser le risque. Lorsqu’il s’agit d’un terrain, la garantie de référence demeure généralement le titre foncier. Mais nous estimons que le titre foncier, à lui seul, ne permet pas toujours d’apprécier toute la bancabilité d’un terrain.
Les microfinances ont déjà commencé à apporter certaines réponses à cette problématique. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous souhaitons davantage les associer à cette réflexion. Elles pourraient être particulièrement adaptées à certains projets portés par des propriétaires terriens.
Vous évoquez justement l’« indice de bancabilité foncière ». En quoi cet outil peut-il compléter le titre foncier ?
Le titre foncier apporte une sécurité juridique. Il permet de reconnaître et de sécuriser les droits du propriétaire sur son terrain. Mais il ne renseigne pas nécessairement sur l’ensemble des éléments qui permettent d’évaluer la capacité de ce terrain à soutenir un financement.
C’est pour cette raison que nous avons développé le concept d’indice de bancabilité foncière. Nous considérons que les banques et les microfinances pourraient disposer, en complément du titre foncier, d’un outil leur permettant de mieux apprécier le risque lié au terrain qui sert de support à une demande de financement. L’objectif est de permettre au financier de mieux connaître le terrain, son potentiel et les différents paramètres susceptibles d’influencer sa bancabilité.
Quelles solutions proposez-vous concrètement, en tant qu’expert du secteur foncier ?
En tant qu’expert international en information foncière, en bornage foncier et en évaluation foncière, j’ai travaillé à la mise en place de cet outil que nous appelons l’indice de bancabilité foncière.
L’idée est que les institutions financières puissent éventuellement s’appuyer sur cet indice pour apprécier plus précisément le niveau de risque avant d’accorder un crédit. Cela permettrait de dépasser une approche fondée uniquement sur l’existence ou non d’un titre foncier et d’avoir une lecture plus complète de la bancabilité du terrain.
L’Asfocam a-t-elle déjà expérimenté concrètement ce dispositif auprès de propriétaires ou de porteurs de projets ?
Nous n’avons pas encore produit l’indice de bancabilité foncière en tant que tel. En revanche, nous avons déjà accompagné de nombreuses personnes dans leurs démarches foncières. Nous avons notamment des collaborateurs qui maîtrisent les procédures et accompagnent les opérations sur le terrain. L’objectif est de permettre aux personnes qui souhaitent investir dans le foncier de suivre des procédures correctes et sécurisées.
Il ne faut d’ailleurs pas rejeter systématiquement la responsabilité sur l’administration chargée des domaines lorsqu’il y a des difficultés dans le secteur foncier. Il existe des opérateurs qui travaillent correctement et qui parviennent à mener leurs opérations sans difficulté majeure, dès lors qu’ils respectent les procédures. L’Asfocam veut donc accompagner ceux qui souhaitent s’engager dans un foncier correct, ce que nous appelons aussi un foncier propre, afin de contribuer à des pratiques foncières plus sécurisées et à un climat foncier apaisé.



