L’entomologiste en service à l’Organisation de coordination pour la lutte contre les endémies en Afrique centrale et à l’association panafricaine de lutte contre les moustiques parle des défis qui plombent la lutte contre le paludisme. Il voit la naissance récente de l’Alliance francophone des médias et journalistes contre le paludisme en Afrique (Afrimpa) comme une clé d’accélération de la lutte.
Guy Martial Tchinda

L’Alliance francophone des médias et journalistes contre le paludisme en Afrique a officiellement été lancée à Brazzaville du 9 au 11 septembre 2026. Quelle est, selon vous, l’importance d’une telle organisation ?
Cette alliance vient à point nommé parce que la lutte contre le paludisme a besoin de tout le monde, et les journalistes encore plus. La communication est très importante dans la lutte contre le paludisme. Cette alliance intervient dans la sensibilisation des communautés pour passer les bons messages. Dans ce sens, il est important que les journalistes puissent se retrouver, pour travailler avec les chercheurs, les décideurs, les communautés et les Ong dans le cadre de la lutte contre cette maladie. La bonne information doit être passée au bon moment et à la bonne audience pour que les résultats attendus puissent être meilleurs.
Quelle est la situation actuelle du paludisme ?
Le paludisme dans le monde reste préoccupant. Plus de 247 millions de cas ont été recensés l’année dernière, avec plus de 600 000 décès dans le monde. Et au Cameroun, je pense que nous sommes, pratiquement, 26 % de la population qui fait un accès palustre chaque année. C’est une grande partie de la population qui fait un accès palustre chaque année. En termes de mortalité, même si les efforts sont faits dans le cadre de la lutte, et qu’on assiste à une réduction de la mortalité, il est toujours important que l’on continue de travailler. Parce qu’un enfant qui meurt, c’est regrettable . Pourtant, on peut éviter les morts liées au paludisme. On devrait faire en sorte qu’il y ait zéro mort associé au paludisme.
La situation que vous présentez est vraiment préoccupante. Mais pourquoi autant de personnes continuent de mourir d’une maladie évitable ?
C’est vrai qu’il y a une réduction des décès qu’on constate au fil des années, mais il y a également des défis qui plombent la lutte contre le paludisme. La résistance des vecteurs aux insecticides, la résistance des parasites aux médicaments… sont autant de facteurs. Au Cameroun, par exemple, il y a des zones enclavées. Les formations sanitaires sont loin des villages et autres, et cela fait en sorte que certaines personnes meurent parce qu’elles ne peuvent pas avoir accès aux soins. On devrait trouver des moyens pour que ces populations-là puissent avoir accès aux soins en temps opportun pour que le contrôle de la maladie soit une réalité.
Les moyens dont vous parlez, ce sont lesquels ?
Il faut plusieurs moyens : les moyens financiers et les ressources humaines par exemple. En plus, il faut une bonne répartition des ressources disponibles. Vous allez voir que la plupart des médecins, infirmiers et autres personnels sont plus dans les grandes villes, et très peu dans les zones reculées. Pourtant, c’est dans ces zones-là qu’on a le plus grand nombre de cas de la maladie. Et il est important que ces acteurs de la santé, qui peuvent prendre en charge les cas graves, y soient également disponibles. Même les hôpitaux qui sont bien équipés sont dans les grandes villes pour la plupart, alors qu’on en a le plus besoin dans les villages. Ce qui fait que le diagnostic est moins accessible dans les villages. Il en est de même pour les médicaments. On a parfois de la peine à apporter tous ces intrants-là dans des zones reculées.
A quoi serviraient les moyens financiers auxquels vous faites allusion ? Est-ce que le Cameroun n’en a pas assez ?
Non, le Cameroun en a peut-être, mais est-ce que c’est utilisé comme cela se devrait d’être utilisé ? C’est aussi ça le problème. Parce que, comme je vous ai dit, par exemple, les grands hôpitaux qui doivent aider sont plus concentrés dans les grands centres urbains, alors que certaines zones rurales sont situées à des centaines de kilomètres des villes. Quand en plus la route est mauvaise, vous faites comment pour arriver dans le grand centre pour être pris en charge en cas de maladie ? Il est important que les petits centres de santé dans les villages soient également équipés pour pouvoir prendre en charge ces cas-là, et que les ressources humaines qualifiées y soient envoyées.
Pourquoi les zones rurales sont-elles les plus touchées ?
Les zones rurales sont les plus touchées par le paludisme simplement parce qu’il y a les conditions propices au développement des moustiques dans ces zones-là. Et d’autre part, ce sont des zones qui connaissent une forte transmission de la maladie comparée aux zones urbaines. Du coup, les populations y sont plus vulnérables. En plus, les enfants en bas âge sont les plus affectés par le paludisme, et dans ces zones-là, on en a beaucoup.
Vous travaillez depuis plusieurs années à tuer les moustiques, pourquoi en a-t-on encore autant?
Je pense que la lutte contre le paludisme n’est pas une lutte où un seul acteur peut dire qu’il est en mesure d’éliminer la maladie à lui seul. Nous devons tous nous mettre ensemble pour lutter contre cette maladie. C’est vraiment un problème important. Et à tous les niveaux, tout le monde doit contribuer. Si un acteur contribue et que les autres ne contribuent pas, la maladie va continuer à sévir. C’est pour ça que nous pensons aujourd’hui qu’avec le déploiement de l’alliance des médias qui vient d’être lancée, la bonne information va être transmise aux communautés et aux décideurs, et cela va faire en sorte que l’on se mette ensemble, que l’on travaille ensemble, parce qu’ensemble, on peut progresser vers l’élimination de la maladie.
Quelles sont les attitudes des communautés qui contribuent à la prolifération des moustiques ?
Il y en a beaucoup. Par exemple, le fait de ne pas nettoyer son environnement, le fait de laisser des mares d’eau autour des habitations, le fait de faire de la riziculture ou de l’agriculture irriguée sans tenir compte des impacts de ces pratiques sur les moustiques, et même sans prendre des mesures pour contrôler les moustiques. Par exemple, en Chine, quand on fait de la riziculture, on élève en même temps des poissons larvivores. Et cela fait en sorte que, alors que les moustiques trouvent un milieu propice pour se développer, les alevins qui sont dans ces milieux s’en servent pour se nourrir.
En ville, les pneus sont jetés n’importe comment, les latrines sont créées n’importe où ; les gens jettent les ordures dans les cours d’eau, ce qui retient l’eau de ces rivières, et cela devient des gîtes favorables pour les moustiques. Pourtant, quand l’eau s’écoule normalement, elle ne favorise pas le développement des moustiques. Ce sont autant de facteurs qui justifient la présence de moustiques autour de nous, et nous devons vraiment travailler pour éliminer ces moustiques et la transmission de la maladie.
Je voudrais dire que la lutte contre le paludisme doit s’attaquer à la source, et non aux effets qui résultent du fait qu’on n’a pas contrôlé la source. Si on lutte efficacement contre les moustiques, on n’aura pas de paludisme, et on dépensera moins d’argent. Donc la prévention vaut mieux que le traitement.



