La question a animé les échanges lors de la dédicace du livre « La fiscalité camerounaise au scalpel », le 24 septembre 2026 au Hilton de Yaoundé.
Ulrich Enyegue

En modérateur de ce jour, le journaliste Steeve Tchiega Eke Mbengue doit interrompre les échanges. Le débat est passionné. Les questions fusent de toutes parts. Chacun vient avec son interrogation. De cette effervescence, une maxime populaire revient en boucle : « trop d’impôt tue l’impôt ». Alain Symphorien Ndzana Biloa prend la parole. Il ne partage pas cette lecture. « Il n’y a pas trop d’impôts au Cameroun », affirme l’auteur. Il recadre alors la réflexion et pose une autre question : « Le Cameroun a-t-il besoin de 165 prélèvements obligatoires pour atteindre ses objectifs ? ». Sa réponse tient en un mot : « Non ». Pour lui, l’État peut parfaitement remplir ses caisses sans étouffer les entreprises, à condition de clarifier la situation.
Publié le 19 mai 2026 aux éditions du Panthéon, ce volumineux ouvrage de 690 pages, table des matières comprise, s’attaque justement à l’opacité et au manque d’information qui paralysent le système fiscal camerounais. L’universitaire Pierre Alaka Alaka, qui en a dressé la note de lecture, est séduit. Sur la forme, il salue « un travail documenté aux annexes qui parlent, renseignent et qui forment ». Sur le fond, il estime que le livre « allie trois qualités rares : l’exhaustivité du chercheur, la précision du praticien et le courage du réformateur ». Un courage nécessaire pour proposer de nettoyer le maquis fiscal. « L’objectif de cet ouvrage, c’est effectivement de sensibiliser. Le premier travail a été de recenser tous les prélèvements obligatoires en vigueur, afin que chacun sache l’impôt qu’il est supposé payer », explique Alain Symphorien Ndzana Biloa.
Pour y parvenir, l’auteur milite pour une relecture profonde du Code général des impôts. « Est-ce que nous ne pouvons pas dépoussiérer, nettoyer un peu et retenir vraiment l’essentiel pour recouvrer un maximum de revenus ? », s’interroge-t-il. Le défi majeur reste d’élargir l’assiette fiscale pour capturer toutes les opérations économiques, y compris celles du vaste secteur informel. « Il faut adapter réglementairement notre législation fiscale à l’évolution économique que nous imposent notamment les nouvelles technologies », insiste-t-il. Cette digitalisation va « permettre à l’administration fiscale de traquer les contribuables récalcitrants jusqu’à leur dernier retranchement ». Malgré cette rigueur affichée envers la fraude, la cérémonie s’est achevée sur une note poétique. À travers un texte de slam, l’artiste Victoire Tede a habilement adouci la matière fiscale pour résumer l’esprit de l’ouvrage : « l’impôt n’est pas un fardeau, que l’on porte sur son dos, l’impôt est un beau cadeau, qu’on offre comme contribution, pour la construction de notre nation… ». Si l’impôt est donc un cadeau, reste à savoir qui l’emballe… et surtout, qui le déballe.
Réactions
Pierre Alaka Alaka, universitaire : La seule chose qui peut sauver ce pays, c’est l’impôt

Le Cameroun aujourd’hui est à la croisée des chemins. Tout le monde sait que le pays est endetté. Et tout le monde sait également que la seule chose qui peut sauver ce pays, c’est l’impôt. Parce que jusqu’ici, tout ce qui est comme or et autre, on ne sait pas où ça part. Donc, la seule réforme aujourd’hui qui peut permettre au Cameroun de retrouver sa croissance. Sur le plan de la rentabilité de l’impôt, c’est la réforme de la fiscalité foncière. Parce que lorsque vous regardez le Cameroun, il y a tellement de biens immobiliers, de biens fonciers, que si tous ces gens payaient, je crois qu’en un temps record, nous pouvons récolter plus de 1 000 milliards d’impôts. Et c’est suffisant pour relancer notre économie et pour régler certains problèmes sociaux dont nous n’ignorons pas la teneur en ce moment.
Armand Claude Abanda, Écrivain : Un document de référence pour la fiscalité camerounaise

C’est une véritable mine d’or qu’Alain Symphorien Ndzana Biloa vient d’offrir aux acteurs du développement. Il faut dire que ce que nous avons vécu aujourd’hui est une véritable école de la vie ; on comprend que l’on en apprend tous les jours. La fiscalité est un instrument fondamental pour le développement d’un pays. Évidemment, nous avons aussi réalisé qu’il y a beaucoup de choses que nous ignorons en la matière. Ce que nous avons vu aujourd’hui est donc extrêmement important, et je sors pleinement satisfait de cette dédicace. L’auteur, Alain Symphorien Ndzana Biloa, vient de livrer un véritable document de référence pour la fiscalité camerounaise.


